MISSION VILLES : FINANCER L’ATTÉNUATION ET L’ADAPTATION, UN DÉFI MAJEUR POUR LES TERRITOIRES
Accélérer la transition climatique suppose un changement d’échelle des investissements dans les territoires. Les échanges qui se sont tenus lors de l’évènement dédié à la Mission Villes et ses enseignements les 3 et 4 mars derniers ont mis en évidence un constat partagé : les collectivités sont en première ligne, mais les besoins financiers sont considérables.
Selon les travaux d’I4CE en 2024, les collectivités devraient investir 19 Md€ par an à horizon 2030, soit un peu plus du double de ce qu’elles investissent actuellement dans la décarbonation des bâtiments, des transports et de l’énergie pour atteindre les objectifs nationaux et européens.
Mieux chiffrer les besoins pour mieux agir
Plusieurs Villes Mission ont ainsi partagé les démarches de chiffrage de leurs stratégies climat afin de mieux articuler ambitions climatiques et capacités financières. Les métropoles de Nantes et de Grenoble ont pu mentionner leur chiffrage financier en cours des actions de leur PCAET, et la ville de Paris son étude publiée en 2025 sur le financement du cout de la décarbonation pour le territoire (réalisée avec l’OFCE).
Ces travaux permettent d’évaluer les besoins d’investissement liés à l’atténuation et à l’adaptation, d’intégrer progressivement les enjeux climat dans les programmations budgétaires, ainsi que de renforcer le dialogue entre directions “climat” et “finances”.
Le « budget climat » et la programmation pluriannuelle d’investissement alignée climat, présentés par I4CE, illustrent une évolution vers un pilotage plus structuré de la transition climatique. France urbaine suit également de près ces méthodes avec plusieurs collectivités pilotes.
L’adaptation : un enjeu financier croissant
Les ateliers ont également souligné la montée en puissance des besoins financiers liés à l’adaptation au changement climatique. Canicules, sécheresses, inondations ou tensions sur les ressources, génèrent déjà des coûts importants pour les territoires. Les collectivités doivent désormais anticiper des investissements dans la végétalisation et la renaturation ; les infrastructures de résilience ; la gestion de l’eau, ou encore, la protection des populations vulnérables face aux conséquences du changement climatique.
Sur l’adaptation, bien que les estimations restent moins précises que pour l’atténuation, les besoins d’investissement convergent autour de 10 Md€ par an d’ici 2030 à l’échelle nationale. Une somme colossale qui reste néanmoins inférieure aux coûts de l’inaction, comme l’ont rappelée plusieurs intervenants.
À noter, une étude prospective sur les coûts de l’adaptation vient de débuter avec la Ville de Marseille et la Banque Européenne d’Investissement ; la Ville de Paris est également intéressée.
Un besoin de visibilité et de coordination
Au-delà des montants, les collectivités insistent sur la nécessité de disposer de financements plus lisibles et plus pérennes, capables de soutenir à la fois l’investissement, mais aussi les besoins d’ingénierie. En ce sens, France urbaine soutient par exemple depuis de nombreuses années la mise en place d’un Fonds territorial climat (Fonds vert) destiné, pour les territoires dotés de PCAET, à territorialiser les crédits de manière globalisée, pluriannuelle et prévisible.
Les échanges ont mis en avant l’importance d’une meilleure coordination entre financements européens, nationaux, régionaux et locaux, d’outils de planification financière adaptés, et d’un accompagnement renforcé pour structurer les projets.
Des collectivités au cœur de l’investissement climatique
Les enseignements de la Mission Villes confirment ainsi le rôle central des collectivités dans la transition climatique. Toutefois, pour transformer les ambitions en réalisations concrètes, et accélérer la transition, les territoires devront pouvoir s’appuyer sur des moyens renforcés, des outils adaptés et une visibilité financière de long terme (pour la planification tant des dépenses d’investissement que des dépenses de fonctionnement).
Afin de financer leurs projets, les collectivités mettent en place ou réfléchissent à de nouveaux modes de financement qui sont partagés ou explorés dans le cadre de la Mission Villes (obligations vertes/durables, partenariats publics-privés, investisseurs privés…). Ils feront l’objet d’un prochain article.
Depuis 2022, la Mission Villes, lancée par la Commission européenne dans le cadre du programme de recherche et innovation Horizon Europe et accompagnée par NetZeroCities, rassemble 112 villes européennes qui cheminent vers un objectif de neutralité carbone d’ici 2030. Cet engagement les positionne comme des laboratoires d’expérimentation et des démonstrateurs, visant à inspirer l’ensemble des territoires européens, afin d’être collectivement au rendez de la neutralité carbone en 2050.
La Mission Villes est ouverte, des villes jumelles l’ont déjà rejoint, l’objectif étant d’essaimer sur ces retours d’expérience, et les travaux et outils produits sont accessibles sur la plateforme de NetZeroCities.
Pour retrouver les articles précédents sur la Rencontre Mission Villes des 3 et 4 mars 2026 à Saint-Ouen :
Mission Villes : Renforcer le pouvoir d’agir des collectivités dans la transition climatique