CONSIGNE POUR RECYCLAGE DES BOUTEILLES EN PLASTIQUE : POUR FRANCE URBAINE, C’EST TOUJOURS « NON » !
Alors que l’exécutif relance une concertation sur la consigne des bouteilles pour boisson en plastique, France urbaine rappelle une position constante depuis 2019 : « oui » à une consigne pour réemploi, « non » à une consigne pour recyclage qui fragiliserait le service public de gestion des déchets et détournerait l’ambition de la réduction du plastique à la source et mis en marché.
Une concertation relancée sous pression européenne
Le 19 mai 2026, lors du Conseil de la planification écologique, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement d’engager une concertation pour améliorer en France le recyclage du plastique. La consigne pour recyclage (nommée la « fausse consigne » par les associations d’élus) pourrait faire partie des leviers étudiés pour atteindre les objectifs européens. Cette annonce intervient dans un contexte de pression budgétaire et réglementaire : la France paie près d’un 1,5 milliard d’euros par an à l’Union européenne (la « taxe plastique ») en raison de ses performances insuffisantes sur les emballages plastiques non recyclés (il est à noter toutefois que les bouteilles pour boisson en plastique en constituent une part mineure).
Les objectifs européens sont de 77 % de collecte en vue du recyclage des bouteilles pour boisson en plastique en 2025 et de 90 % en 2029. À défaut de progrès suffisants, le règlement européen sur les emballages et les déchets d’emballages (entré en vigueur en 2025) fait peser un risque d’imposition de la consigne pour recyclage au 1er janvier 2029.
Pour France urbaine, et l’ensemble des associations d’élus et de collectivités, cet impératif ne doit pas conduire à inverser la hiérarchie de traitement des déchets. La priorité doit rester la prévention : produire moins d’emballages, réduire les plastiques à usage unique et limiter les déchets à la source, tout en favorisant le réemploi. Le recyclage est nécessaire, mais il ne peut pas devenir l’argument principal, qui ne fait que maintenir in fine les volumes de bouteilles pour boissons en plastique mis sur le marché, alors que dans la loi Anti-Gaspillage et Economie circulaire (2020), « la France se donne pour objectif de réduire de 50 % d’ici à 2030 le nombre de bouteilles en plastique à usage unique pour boisson mises sur le marché » (article 66).
C’est pourquoi France urbaine défend le développement de filières locales de réemploi, en particulier lorsque les contenants (notamment en verre) peuvent être réutilisés. Ces filières créent de la valeur dans les territoires, soutiennent des emplois non délocalisables et renforcent la résilience économique locale. Elles répondent à l’esprit de l’économie circulaire et à la hiérarchie de traitement des déchets : prévenir et réduire d’abord, réemployer et réutiliser ensuite, recycler lorsque cela s’avère nécessaire.
Une mobilisation constante des collectivités depuis 2019
Depuis 2019, France urbaine se mobilise avec le collectif des associations d’élus et de collectivités pour défendre une autre voie. Cette ligne reste la même : préserver le geste de tri unique, renforcer le service public de gestion des déchets, réduire les emballages à la source et accélérer le réemploi. Cela a abouti en 2023 à un plan alternatif en 14 points, pour atteindre les objectifs nationaux et européens, qui n’a pas reçu l’appui escompté du gouvernement pour sa bonne mise en œuvre.
Le communiqué de presse commun du 19 mai 2026 de l’AMF, d’Intercommunalités de France et de France urbaine s’inscrit dans cette continuité. Les associations y maintiennent leur opposition totale à la consigne pour recyclage, qualifiée d’« aberration environnementale et financière ».
Préserver le geste de tri, soutenir le réemploi et prendre en compte les réalités urbaines
Le risque est triple avec la consigne pour recyclage : brouiller le message adressé aux habitants, alors que tous les emballages en plastique vont désormais dans le bac jaune pour le tri sélectif, payer plus cher la bouteille en plastique consignée, et priver le service public de gestion des déchets d’une partie de la valeur issue des matières collectées et triées (soutien à la tonne et revente de la matière), ce qui pourrait en augmenter son coût pour les usagers au final.
Dans les grandes villes, agglomérations et métropoles, la réponse doit tenir compte des réalités du terrain : habitat collectif et vertical, forte densité, consommation nomade, flux importants dans l’espace public. Les efforts doivent donc également porter sur la collecte hors foyer, les rues, les gares, les équipements publics et les lieux de passage…
Pour France urbaine, l’enjeu est aussi sanitaire : réduire les plastiques à la source, c’est limiter l’exposition des usagers aux substances préoccupantes et aux pollutions diffuses, dont les perturbateurs endocriniens et les PFAS.
Ce que demande France urbaine
- Ecarter la consigne pour recyclage des bouteilles pour boisson en plastique (la « fausse consigne » ;
- Mettre en œuvre les propositions alternatives portées par les associations de collectivités dans leur plan alternatif proposé en 2023 ;
- Mieux répondre aux enjeux de réduction du plastique et de l’impact en matière de santé environnementale et humaine ;
- Faire de la prévention le premier levier : moins d’emballages, moins de plastiques inutiles, moins d’exposition aux pollutions diffuses ;
- Accélérer le réemploi, dans la continuité des actions de réduction à la source ;
- Renforcer le service public de gestion des déchets, notamment la collecte hors foyer et les solutions adaptées à l’urbain dense.
France urbaine ne s’oppose pas au recyclage, qui reste nécessaire, avec des activités et des filières à développer au niveau local. L’association conteste cependant que la consigne pour recyclage soit présentée comme la solution centrale, alors qu’elle risque de complexifier le geste de tri, de fragiliser le service public de gestion des déchets – avec un impact sur l’usager -, et de maintenir le modèle du plastique jetable. La priorité doit rester la prévention et la réduction à la source, le réemploi et l’appui aux collectivités pour atteindre les objectifs nationaux et européens.
Les principales positions portées par l’association depuis 2019 :
- 2019 – Consigne sur les bouteilles plastiques : les associations de collectivités saluent la solution de consensus proposée par le gouvernement et souhaitent lever toute ambiguïté (lien)
- 2019 – Consigne pour recyclage des bouteilles plastiques : les collectivités actent leur désaccord avec l’amendement gouvernemental (lien)
- 2023 – Consigne pour recyclage des bouteilles en plastique : France urbaine s’y oppose et dénonce un non-sens écologique (lien)
- 2023 – Consigne pour recyclage sur les bouteilles en plastique : les associations font bloc pour préserver le geste de tri unique (lien)
- 2023 – Fausse consigne sur les bouteilles en plastique : les élus locaux dévoilent 14 propositions pour lutter efficacement contre la pollution des emballages plastiques (lien)
- 2023 – Consigne des bouteilles plastiques : dites non lors des concertations régionales ! (lien)
- 2023 – De la fausse consigne sur les bouteilles en plastique à la fausse concertation : appel au retrait du projet de consigne pour recyclage (lien)
- 2023 – Plan d’accélération de la prévention, du tri et du recyclage des emballages et abandon de la fausse consigne (lien)
- 2023 – Contribution conjointe avec Intercommunalités de France pour l’audition de l’Assemblée nationale – table ronde « Consigne »
- 2025 – La fausse consigne sur les bouteilles plastique : appel à confirmer l’opposition et à prendre de vraies mesures contre le plastique jetable
- 2025 – Soutien au Plan national plastique, avec des mesures fortes attendues en faveur de la réduction et du recyclage des plastiques (lien)
- 2026 – Consigne pour recyclage des bouteilles en plastique : les collectivités opposées au projet gouvernemental, véritable aberration environnementale (lien)