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RETOUR SUR LE WEBINAIRE “L’IMPACT SANITAIRE DES POLLUANTS ÉTERNELS : QUE SAVONS-NOUS AUJOURD’HUI ?”

Le jeudi 11 janvier dernier, France urbaine a organisé un webinaire relatif à l’impact sanitaire des polluants éternels, auquel 75 personnes ont pris part au pic de l’affluence. La journaliste d’investigation du Monde Stéphane Horel, l’universitaire de l’Université Paris-Cité et chef d’équipe à l’INSERM, Xavier Coumoul, ainsi que Pauline Cervan et Yoann Coulmont, toxicologue et chargé de plaidoyer à Générations futures, ont ainsi apporté des éclairages complémentaires sur cet enjeu majeur et encore méconnu.

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Grégory Doucet, maire de Lyon et co-président de la commission Santé de France urbaine, a ainsi ouvert ce webinaire en insistant sur les questions démocratiques afférentes.
Ce sujet soulève en effet la question de la bonne échelle d’intervention, a fortiori face à la préoccupation légitime de nos concitoyens en demande de réponses.
La prise en compte de cet enjeu à l’échelle locale semble donc indispensable, a-t-il indiqué.
Ce webinaire avait pour objectif de faire partager un niveau commun de connaissance, afin de permettre une acculturation nécessaire, avant de déterminer la nature de la réponse à apporter, en tant que responsables locaux.

Françoise Schaetzel, vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, et Patrick Michaud, adjoint au maire de Saint-Étienne, ont ensuite animé le webinaire en leur qualité de co-présidents du groupe de travail “Santé environnementale”, récemment crée par France urbaine.

Xavier Coumoul : “Il ne faut pas opposer l’économie et l’environnement, puisque l’inaction a aussi un coût en matière sanitaire”

Xavier Coumoul, professeur en toxicologie à l’Université Paris-Cité et chef d’équipe à l’INSERM, a apporté un précieux éclairage scientifique concernant les polluants éternels.
Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) désignent toute molécule contenant une chaîne d’atomes de carbone et de fluor, 9 000 composés ayant été fabriqués depuis les années 50.
La contamination se produit principalement par ingestion d’aliments contaminés, et par l’air inspiré. Leur toxicité induit des effets cancérigènes, reprotoxiques, immunotoxiques, de perturbation endocrinienne et métabolique, mais également hépatotoxiques, thyroïdiens. Cette toxicité dépend de la nature des PFAS. Ces composés relèvent en effet d’une chimie complexe et un peut avoir un effet très différent de l’autre, l’importance de l’exposition humaine, la persistance constituant d’autres paramètres à prendre en compte.
La vulnérabilité accrue des jeunes enfants et des personnes âgées est à noter.

Stéphane Horel : “La société n’a pas les moyens de se payer le coût de l’inaction”

Stéphane Horel, journaliste d’investigation au Monde et auteure du dossier paru en février 2023 concernant les polluants éternels (Forever Pollution Project), a expliqué la méthodologie retenue pour constituer la base de données socle de l’enquête. Elle a ensuite évoqué les trois types de sites de contamination présumée.

La journaliste a rappelé que les effets sur la santé sont difficiles à évaluer, car monumentaux : certains scientifiques estiment qu’il s’agit de la plus grave crise de pollution de l’histoire de l’humanité, et les coûts induits en seraient fortement sous-estimés :
12 000 personnes décèderaient chaque année d’une exposition aux PFAS, puisque l’hypertension, induite par ces mêmes PFAS, causerait la mort de 12 000 personnes chaque année,
entre 1995 et 2015, il y aurait eu aux États-Unis 382 000 décès annuels dus aux PFAS, soit 15,4% des décès totaux sur la période.
La journaliste a insisté sur la nécessité d’une culture scientifique plus solide, pour mettre en évidence le lien des PFAS avec certaines pathologies.

Pauline Cervan et Yoann Coulmont, respectivement toxicologue et chargé de plaidoyer de l’ONG Générations futures, ont évoqué ensuite les sources d’émission des PFAS, le travail initié par l’État pour identifier les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) émettrices de PFAS.
Il est à noter que depuis un arrêté pris le 20 juin 2023, la recherche de polluants éternels est obligatoire ; elle l’est cependant pour 20 substances alors qu’il en existe plus de 9 000 (sans compter les sous-produits liés à la fabrication desdites substances).

S’agissant des PFAS, la surveillance de l’eau potable sera obligatoire pour 20 substances en 2026 ; cette décision ayant été prise via un arrêté en date du 30 décembre 2022.

Pour les élus locaux, les leviers face à cet enjeu sanitaire majeur sont les suivants :

  • en matière de surveillance, demander les données disponibles et dialoguer avec les services déconcentrés de l’État,
  • agir sur le traitement de l’eau potable (parmi les méthodes efficaces, le charbon actif et l’osmose inversée, très chères cependant),
  • l’achat public, s’agissant d’ustensiles de cuisine, de mobilier, de peinture, d’EPI des agents,
  • la question des fournisseurs de repas dans les établissements publics et scolaires, l’alimentation étant la première voie d’exposition.

L’ONG a insisté en conclusion, en ligne avec les préconisations de France urbaine, sur l’importance des Contrats Locaux de Santé (CLS) et des Plans Régionaux Santé Environnement (PRSE).

France urbaine continuera, au sein du groupe de travail “Santé environnementale” et en transversalité avec d’autres groupes de travail, à explorer ce sujet ainsi que les leviers à actionner sur nos territoires, au bénéfice de nos concitoyens.

Le sujet fait par ailleurs partie du plaidoyer adopté par notre association en vue des élections européennes de juin prochain.

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