Actualité Transition écologique

MISSION VILLES : LES COLLECTIVITÉS EXPÉRIMENTENT DE NOUVEAUX LEVIERS DE FINANCEMENT

Face à l’ampleur des investissements nécessaires pour la transition climatique, les collectivités explorent de nouveaux outils de financement et de nouvelles formes de coopération.

Environmentally Sustainable Transport

Face à l’ampleur des investissements nécessaires pour la transition climatique, les collectivités explorent de nouveaux outils de financement et de nouvelles formes de coopération. 

Les ateliers de la Rencontre Mission Villes à Saint-Ouen les 3 et 4 mars ont mis en lumière une évolution importante : le financement climat ne relève plus uniquement des budgets publics traditionnels. Il devient un levier de transformation des méthodes de travail, de gouvernance (pilotage interne et coopération territoriale), de structuration de projets et d’une meilleure articulation entre stratégies climatiques et choix financiers. 

Les obligations vertes comme levier de transformation 

Plusieurs collectivités ont partagé leurs retours d’expérience sur les obligations vertes et durables. 

Au-delà de la levée de fonds, ces dispositifs permettent : 

  • de structurer un portefeuille de projets climat traduit dans le langage des investisseurs – c’est-à-dire ici, dans le cas des obligations durables, des projets alignés avec la taxonomie européenne ; 
  • d’améliorer le suivi des impacts grâce à la définition d’indicateurs d’impact propres à chaque catégorie de projet, qui structurent le rapport d’impact annuel ; 
  • de renforcer le dialogue entre directions finances, climat et services opérationnels via la constitution d’une équipe transversale dédiée, chargée de statuer sur l’éligibilité des projets et de faire circuler les informations entre les directions opérationnelles et la direction des finances ; 
  • d’accroître la visibilité et la crédibilité des collectivités auprès des investisseurs en obligations durables. 

Le cas de Marseille, accompagné par le Climate City Capital Hub (CCCH) dans le cadre du programme NetZeroCities, illustre concrètement cette trajectoire. Portée par une ambition  claire, la Ville a structuré son cadre obligataire durable en s’appuyant sur un accompagnement technique et opérationnel continu du CCCH : montée en compétences des équipes, intervention d’un investisseur en obligations durables pour partager directement les attentes des investisseurs, échange avec une autre municipalité sur son expérience d’émetteur, aide à l’identification des projets éligibles et à leur alignement avec la taxonomie européenne, appui à la rédaction du document-cadre. L’évaluation externe conduite par une agence de notation extra-financière a souligné la solidité du document cadre et la qualité des sept catégories vertes (énergies renouvelables, bâtiments, mobilité propre, eau, adaptation climatique, biodiversité, prévention de la pollution) et huit sociales (logement abordable, santé, éducation, accessibilité, sécurité alimentaires, culture, sport, sécurité) éligibles, reflet des ambitions fortes de la ville.

L’emprunt vert ne consiste pas uniquement en l’émission d’obligations sur les marchés, qui n’est pas accessible à tous les niveaux de collectivité et ne correspond pas à tous les montants d’investissements. L’association avec des acteurs bancaires privés spécialisés dans les emprunts verts peut aider une collectivité à identifier ces ressources maximisant l’impact climat de ses projets

Structurer des projets “investissables”

Les échanges ont également mis en avant le rôle croissant d’outils comme le Climate City Capital Hub dans le cadre de l’accompagnement NetZeroCities pour aider les collectivités à rendre leurs projets plus facilement finançables.

Le principal enjeu identifié n’est pas tant le manque de capitaux que la capacité à :

  • structurer des projets suffisamment matures ;
  • construire des modèles économiques crédibles ;
  • agréger plusieurs opérations dans une logique de portefeuille.

Cette approche permet de mieux mobiliser investisseurs publics et privés autour des stratégies territoriales de transition.

Des coopérations public-privé pour accélérer les projets

Les ateliers ont aussi illustré l’intérêt de montages hybrides associant collectivités, investisseurs et acteurs économiques.

Le développement de sociétés d’économie mixte ou de portefeuilles de projets mutualisés permet notamment :

  • de partager les risques ;
  • d’attirer des financements privés ;
  • de conserver une cohérence stratégique à l’échelle du territoire.

Ces modèles sont mobilisés dans des domaines variés : énergies renouvelables, réseaux de chaleur ou infrastructures territoriales. Ils supposent toutefois un portage politique clair, une gouvernance solide et une capacité à inscrire les projets dans le temps long.

Le cas de Dijon Métropole en offre une illustration concrète : face à un objectif ambitieux de production ENR défini dans son Schéma Directeur des Énergies, la Métropole a co-créé la SEM Énergies avec Meridiam, société d’investissement spécialisée dans les infrastructures à long terme. Le modèle repose sur une logique de portefeuille (photovoltaïque, réseaux de chaleur biomasse, géothermie) qui permet de mutualiser les risques entre projets et d’attirer des financements privés sur des opérations qui, prises isolément, ne seraient pas finançables. La collectivité conserve le contrôle politique des infrastructures de son territoire sans immobiliser ses ressources financières dans des projets que le secteur privé est prêt à porter. Le portage politique local reste néanmoins décisif : maîtrise foncière, introductions auprès des acteurs du territoire, résolution des blocages réglementaires.

D’autres territoires expérimentent des formes plus communautaires. À Courcy (Grand Reims), une coopérative foncière citoyenne porte la reconversion d’une ancienne base militaire en micro-ville ENR, sur un modèle d’autofinancement progressif et d’implication structurelle des habitants.

Ces expériences convergent vers un même constat : le principal obstacle au financement des projets climatiques n’est pas toujours le manque de capitaux, mais aussi la capacité des collectivités à structurer des projets suffisamment matures et à proposer des modèles économiques crédibles.

Une montée en compétences des collectivités

Enfin, les échanges ont montré que ces nouveaux outils transforment progressivement les administrations locales elles-mêmes.

Les directions financières sont amenées à intégrer davantage les enjeux climatiques dans leurs pratiques, tandis que les équipes climat développent une culture plus économique et financière.

Cette évolution traduit une dynamique plus large : faire du financement un outil au service de la transformation territoriale et de l’accélération de la transition.

Depuis 2022, la Mission Villes, lancée par la Commission européenne dans le cadre du programme de recherche et innovation Horizon Europe et accompagnée par NetZeroCities, rassemble 112 villes européennes qui cheminent vers un objectif de neutralité carbone dici 2030. Cet engagement les positionne comme des laboratoires dexpérimentation et des démonstrateurs, visant à inspirer l’ensemble des territoires européens, afin d’être collectivement au rendez de la neutralité carbone en 2050.

La Mission Villes est ouverte, des villes jumelles l’ont déjà rejoint, l’objectif étant d’essaimer sur ces retours d’expérience, et les travaux et outils produits sont accessibles sur la plateforme de NetZeroCities.

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