Sécurité-Justice

DAVID MARTI : « LE TRAFIC DE DROGUE EST UNE VÉRITABLE ORGANISATION QUI SERT UNE VÉRITABLE ÉCONOMIE »

Le Maire du Creusot, président de la communauté urbaine Creusot Montceau et co-président de la commission « Sécurité » de France urbaine a accordé un entretien à France urbaine HEBDO.

FRANCE URBAINE : Après avoir touché les grandes villes en France, c’est désormais dans les villes moyennes que s’enracine le trafic de drogue. Confirmez-vous cette tendance ?

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DAVID MARTI : Absolument. On observe un déplacement des gros réseaux de trafic de drogue vers les villes moyennes depuis environ quatre ans. Le trafic existait déjà dans ces villes mais ce qui est nouveau, c’est sa forme. La notion de grand banditisme s’installe, avec tout ce que cela comporte, comme l’utilisation d’armes lourdes, des guerres de territoire et des victimes. Les enquêtes prennent plusieurs mois. Nos concitoyens s’interrogent et viennent nous voir, nous maires, pour nous demander pourquoi on agit pas. Nous faisons ce travail de compréhension, de pédagogie et d’invitation à la patience. Mais la lutte contre le trafic de drogue n’est pas dans le champ de compétences des maires ! Il y a urgence à ce que l’Etat se saisisse de ce phénomène.

« La notion de grand banditisme s’installe. » David Marti

Comment l’expliquez-vous ?

D.M : Pour les trafiquants, les villes moyennes répondent à plusieurs de leurs critères. D’abord, ils viennent s’installer dans des villes réputées calmes. Il est plus facile de s’implanter là où il n’y a pas de trafic de cette nature et donc, pas de concurrence, moins de forces de police et de dispositifs de surveillance. Il est également plus facile de s’appuyer sur les réseaux de petits dealers pour faire le travail, avec des rémunérations parfois importantes et avec un turn-over possible.

« Jamais l’offre de drogue en Europe n’a été aussi importante qu’aujourd’hui. » David Marti

Malgré des saisies régulières et importantes réalisées par les services de douane, jamais l’offre de drogue en Europe n’a été aussi importante qu’aujourd’hui. Pour écouler les stocks, il faut dépasser les grandes villes et les métropoles, pour aller vers de nouveaux marchés et de nouveaux publics. Enfin, certaines villes moyennes sont facilement accessibles depuis Paris, Lyon ou Marseille. Elles sont bien connectées aux voies ferrées, aux autoroutes. Voilà les ingrédients qui font que les trafiquants, qui opèrent au niveau européen voire international, s’y installent et créent leurs marchés. Ne nous y trompons pas : on ne parle pas seulement de cannabis mais aussi de cocaïne et d’héroïne en masse. C’est une véritable organisation qui sert une véritable économie.

Comment agir efficacement pour lutter contre les réseaux ?

D.M : Je veux être très clair : les maires n’ont pas de prérogatives pour lutter contre le trafic de drogue. Je suis consterné quand j’entends qu’il faudrait recruter plus de policiers municipaux et les former à cela. Nous n’avons pas le droit et ce n’est pas leur métier. A court terme, les maires sont déjà et doivent continuer à être à l’écoute de la police et de la justice en étant en appui quant à leurs besoins pour installer des dispositifs et faciliter leur travail. Il faut aussi s’assurer que les enquêtes soient bien menées pour éviter que les trafiquants notoires soient relâchés pour vice de procédure, principal écueil recherché par leurs avocats.

Mais la lutte contre le trafic de drogue ne prend pas quinze jours. C’est un travail minutieux, qui mobilise beaucoup de ressources et qui prend du temps. C’est un travail de long terme.
Dans l’absolu, pour tuer l’offre, il faut faire chuter la demande. Cela passe par la prévention. Je ne veux pas choisir entre prévention, éducation et fermeté. Il faut mettre énormément de moyens et mobiliser l’ensemble des leviers, notamment l’Education nationale, les professionnels de santé, les associations, les services de protection de l’enfance et les parents. Donnons aussi aux personnes elles-mêmes sous emprise de la drogue les moyens de s’en sortir. Facilitons par exemple l’accès aux produits de substitution.

Ensuite, il faut aller plus loin sur la saisie des avoirs criminels en ajoutant aux maisons, voitures ou bijoux, les sommes phénoménales générées par ces trafics. Enfin, un plan national et européen de lutte contre le trafic de drogue, qui s’intéresse aux gains financiers, leur rentabilité et leur traçabilité, est indispensable. France urbaine a des propositions concrètes. Le Gouvernement doit s’en saisir.

« Un plan national et européen de lutte contre le trafic de drogue est indispensable. » David Marti

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