CARTE SCOLAIRE : FRANCE URBAINE APPELLE À FAIRE DE LA BAISSE DÉMOGRAPHIQUE UN LEVIER DE RÉUSSITE ÉDUCATIVE
Auditionnée à l’Assemblée nationale dans le cadre de la mission d’information sur le maillage scolaire à l’épreuve du défi démographique, France urbaine, représentée par Charlotte Brun, adjointe au maire de Lille et co-présidente de la commission « Éducation », a appelé à dépasser une approche exclusivement comptable de la carte scolaire.
Pour l’association, la baisse durable de la natalité ne doit pas conduire à une réduction mécanique des moyens. Elle constitue une opportunité de renforcer la qualité du service public d’éducation, de mieux répondre aux besoins des enfants et d’adapter les écoles aux transformations démographiques, sociales et climatiques.
« Derrière la carte scolaire, c’est bien sûr une question d’aménagement, mais c’est aussi un projet de société que nous travaillons et que nous dessinons ensemble », a rappelé Charlotte Brun.
Une approche plus territorialisée de la carte scolaire
Si la baisse démographique est une réalité nationale, ses effets sont très contrastés selon les territoires, voire selon les quartiers d’une même ville. Les projections nationales doivent donc être complétées par les données de terrain dont disposent les collectivités, qui connaissent les dynamiques de logement, de renouvellement urbain et d’attractivité de leur territoire.
France urbaine demande ainsi une méthode plus transparente et plus territorialisée, permettant aux collectivités de comprendre les critères retenus par la direction générale de l’enseignement scolaire, de discuter les hypothèses et d’enrichir les projections.
« Une trajectoire démographique, ce n’est pas seulement un taux de fécondité, et peut-être encore moins en ville », a souligné Charlotte Brun.
L’association refuse également toute opposition entre territoires urbains et ruraux. Les besoins éducatifs existent partout et les villes ne doivent pas devenir la variable d’ajustement de la baisse démographique, les fermetures de classes pouvant entraîner des conséquences importantes sur les effectifs, la mixité sociale, les transports, le périscolaire ou encore l’attractivité des quartiers.
« Il ne faut pas que les territoires plus urbains payent le prix d’une approche extrêmement comptable de la traduction de la baisse démographique dans la carte scolaire », a insisté Charlotte Brun.
Un outil à construire avec les collectivités à la bonne échelle
France urbaine salue l’expérimentation conduite dans dix-huit départements, mais estime qu’elle ne sera utile que si elle permet une véritable co-construction de la carte scolaire.
Les collectivités, qui assument les conséquences des décisions sur les bâtiments, les transports, le périscolaire, la restauration, la petite enfance ou encore l’aménagement urbain, doivent être pleinement associées à l’élaboration des scénarios et non simplement consultées une fois les arbitrages arrêtés.
Par ailleurs, la carte scolaire doit être pensée à la bonne échelle : celle de l’école et de la commune, mais également de l’intercommunalité, du bassin de vie et, avant tout, de l’enfant.
L’échelle académique, voire départementale, apparaît trop large pour rendre compte de la diversité des réalités locales. À l’inverse, l’école prise isolément ne constitue pas toujours une maille pertinente. L’analyse doit pouvoir être menée à une échelle correspondant aux bassins de vie, aux dynamiques résidentielles et aux parcours réels des familles qui ignorent souvent le découpage administratif de la circonscription de l’Éducation nationale qui fait aujourd’hui référence.
Faire du « dividende démographique » un levier de réussite éducative
« Les villes comme les villages ne sont pas seulement des gestionnaires du bâtiment scolaire. Nous nous posons comme de véritables partenaires de la politique éducative », a affirmé Charlotte Brun.
Pour France urbaine, moins d’élèves ne doit pas signifier moins d’école. La baisse démographique doit permettre d’améliorer le taux d’encadrement, de renforcer les moyens dans les territoires où les besoins sont les plus importants et de mieux accompagner les élèves relevant de l’éducation prioritaire, les enfants en situation de handicap, les élèves allophones et, plus largement, tous les publics à besoins éducatifs particuliers.
« Il serait incohérent de fermer un poste au motif de la baisse des effectifs tout en laissant les classes restantes confrontées à des besoins d’accompagnement croissants », a souligné Charlotte Brun.
L’association plaide également pour une actualisation plus régulière de la carte de l’éducation prioritaire, afin de mieux tenir compte des évolutions sociales des quartiers et de la situation des écoles dites « orphelines ».
« La carte de l’éducation prioritaire n’est pas assez dynamique. Elle n’épouse pas suffisamment rapidement l’évolution sociologique des territoires et elle n’est pas suffisamment fine », a-t-elle ajouté.
Une invitation à transformer les écoles plutôt que les fermer
La baisse démographique doit également être l’occasion de transformer le patrimoine scolaire. France urbaine appelle à mieux articuler la carte scolaire avec les stratégies locales de rénovation, d’adaptation au changement climatique et d’ouverture des écoles sur leur quartier.
Les espaces disponibles peuvent accueillir de nouveaux usages — petite enfance, accueils périscolaires, associations, activités culturelles ou sportives — afin de renforcer la continuité éducative et les services rendus aux familles.
En somme, France urbaine plaide pour faire de la carte scolaire un véritable outil de politique publique coconstruit par l’Éducation nationale et les élus locaux qui détiennent une connaissance fine des réalités et des dynamiques locales, au service de la réussite éducative.