3 QUESTIONS À JEAN-BAPTISTE BONEU, DIRECTEUR MARKETING B2B & INNOVATION DE RATP DEV
Pourquoi avoir réalisé l’étude « Les tendances de la mobilités : une boussole pour 2030 » et en quoi peut-elle être utile aux membres de France urbaine ?
« Face à l’urgence climatique, au virage de l’intelligence artificielle ou au vieillissement de la population, le transport public doit s’adapter pour rester attractif et permettre aux territoires de construire la mobilité de demain.
Nous avons souhaité mener cette étude pour aider les autorités organisatrices de la mobilité à décrypter les changements en cours et à venir. L’horizon 2030 n’est plus lointain : il s’agit donc d’agir dès maintenant pour adapter les villes et les réseaux de transport, anticiper les évolutions et orienter les investissements.
Cette étude identifie huit tendances qui impactent en profondeur le secteur de la mobilité. Dans les grandes villes, métropoles, communautés et agglomérations urbaines, plusieurs enjeux ressortent particulièrement : absorber des flux croissants, accélérer la transition énergétique, renforcer la résilience des réseaux face aux aléas climatiques, renforcer l’attractivité des réseaux de transport public en répondant aux nouvelles attentes des voyageurs, tirer parti des technologies basées sur l’intelligence artificielle, le tout avec de fortes contraintes budgétaires.
Le rapport met en lumière des initiatives et solutions innovantes déjà déployées dans plusieurs territoires pour relever ces défis : transition énergétique des flottes, bien sûr, mais aussi hubs multimodaux réinventés, logistique urbaine repensée, nouveaux modèles de financement, exploitation avancée des données, ou encore nouveaux services aux voyageurs ».
Dans un contexte budgétaire contraint, comment l’innovation peut-elle accompagner ces différentes tendances de la mobilité ?
La logique du « faire plus avec moins » s’impose aujourd’hui à tous les territoires. Les autorités font face à des besoins d’investissements croissants pour financer l’augmentation de l’offre de transport, la transition énergétique, le déploiement de nouveaux services aux voyageurs, ou encore le renouvellement et l’entretien des infrastructures, alors même que la contribution publique est sous tension.
A mon sens, l’innovation offre plusieurs leviers intéressants pour garantir la soutenabilité des politiques de mobilité. Le premier consiste à améliorer l’allocation des ressources et l’efficacité opérationnelle. Grâce à l’exploitation des données, les réseaux peuvent être pilotés de manière plus fine pour adapter l’offre au plus juste et ainsi optimiser chaque euro investi. L’automatisation de certaines opérations et la maintenance prédictive contribuent également à réduire les coûts de fonctionnement. Par exemple, nous avons développé chez RATP Dev, Opserve, une solution digitale data pour piloter l’ensemble de l’exploitation et de la maintenance.
Le deuxième levier consiste à mobiliser des sources de financement complémentaires grâce à des montages contractuels innovants. Les partenariats public-privé – largement utilisés à l’international – en sont un bon exemple, mais on observe aussi des mécanismes de captation de la valeur foncière, qui consistent à réinvestir dans les transports une partie de la valorisation immobilière générée par l’arrivée d’une nouvelle ligne ou l’amélioration d’une infrastructure.
Enfin, l’innovation passe par des partenariats visant à proposer de nouveaux services aux voyageurs sans coût supplémentaire pour la collectivité ni pour l’opérateur de transport. Nous avons, par exemple, déployé du Wi-Fi gratuit sur certains réseaux en partenariat avec des opérateurs télécoms. Le coût de déploiement est alors porté par le partenaire.
Quels enseignements tirez-vous des nouvelles attentes des usagers pour orienter la transformation des mobilités ?
Trois transformations redéfinissent les exigences des voyageurs en matière d’offre de mobilité.
D’abord, le vieillissement de la population : en 2030, la France comptera 20 millions de personnes de plus de 60 ans, dont 8 millions de plus de 75 ans, soit le double d’aujourd’hui. L’OMS estime par ailleurs que 14 % des personnes âgées de 60 ans et plus vivent avec un trouble mental. Cette mutation implique d’innover sur l’accessibilité, les aménagements, l’accompagnement et la lisibilité des parcours. Cela concerne aussi bien les infrastructures (cheminements, signalétique, confort) que les services (information, assistance, transport à la demande et TPMR).
Ensuite, le besoin de sécurité : 46 % des voyageurs ne se sentent pas en sécurité dans les transports publics et, selon une enquête RATP Dev, 17 % ont cessé de les utiliser pour cette raison. Renforcer la confiance demeure un impératif pour préserver l’attractivité des réseaux. Les réponses doivent être globales : présence humaine renforcée, aménagements rassurants, dispositifs technologiques intelligents et capables de détecter, prévenir et mieux gérer les situations sensibles.
Enfin, l’expérience de la mobilité devient un critère déterminant. Les voyageurs attendent des services plus simples, intégrés, personnalisés, et veulent pouvoir naviguer sans rupture entre les modes. L’intermodalité doit se vivre comme un parcours continu, enrichi par le digital, et non comme une succession de contraintes.
Pour les villes, adapter l’offre revient à innover pour concilier inclusivité, sécurité et expérience, en construisant des réseaux capables d’accompagner durablement les évolutions de la société.