CONSIGNE POUR RECYCLAGE DES BOUTEILLES EN PLASTIQUE : LES COLLECTIVITÉS DÉFENDENT UNE AUTRE VOIE
Réunis le 5 juin à l’occasion d’une conférence de presse commune, des associations d’élus, des associations de défense des consommateurs, des associations environnementales ainsi que des fédérations d’industriels du recyclage – parmi lesquelles France urbaine, l’AMF, Intercommunalités de France, Villes de France, l’APVF, Régions de France, le Cercle National du Recyclage ou encore France Nature Environnement – ont exprimé leur opposition au projet de consigne pour recyclage des bouteilles en plastique à usage unique remis au cœur du débat par le Gouvernement. Cette mobilisation inédite a permis de porter une position commune sur les limites de ce dispositif et sur les alternatives à privilégier pour réduire durablement la consommation de plastique.
Philippe Bolo, vice-président d’Angers Loire Métropole et représentant de France urbaine pour cette conférence de presse, a rappelé l’engagement des collectivités en faveur de l’économie circulaire et de la réduction des déchets plastiques. Il a notamment souligné que les collectivités ont massivement investi ces dernières années dans l’amélioration du tri et du recyclage.
Une réponse qui ne s’attaque pas à la source du problème
Les intervenants ont souligné que la consigne envisagée ne relève pas du réemploi mais du recyclage. Contrairement à la consigne historique sur les bouteilles en verre, les emballages collectés ne seraient pas lavés puis réutilisés mais détruits puis recyclés pour produire de nouvelles matières plastiques.
Pour les associations mobilisées, l’enjeu prioritaire reste la réduction du plastique à usage unique. Alors que la loi AGEC prévoit une diminution de 50 % des bouteilles plastiques mises sur le marché d’ici 2030, près de 15 milliards d’unités continuent d’être commercialisées chaque année en France.
Les collectivités estiment qu’une politique ambitieuse doit d’abord agir sur la réduction des volumes produits et sur l’amélioration de la recyclabilité des emballages. Elles rappellent que les bouteilles en plastique ne représentent qu’une partie du problème et que les efforts doivent porter sur l’ensemble des emballages mis sur le marché.
Un dispositif aux conséquences concrètes pour les consommateurs
Les associations alertent également sur le’impact budgétairepotentiel pour les consommateurs. Avec une consigne qui pourrait atteindre 20 centimes par bouteille, le coût d’achat augmenterait sensiblement, notamment pour les produits les moins chers.
À titre d’exemple, un foyer consommant un pack de six bouteilles d’eau par semaine pourrait perdre jusqu’à 62 euros par an si les emballages ne sont pas systématiquement rapportés dans un point de collecte. Une situation qui pourrait pénaliser davantage les habitants des territoires éloignés des dispositifs de reprise ou les personnes moins mobiles.
Les organisations réunies soulignent également que le financement du dispositif reposerait en grande partie sur les consignes non récupérées, faisant peser une charge supplémentaire sur les consommateurs tout en remettant en question le principe du « pollueur-payeur ».
Les collectivités déjà engagées pour améliorer les performances de recyclage
Les élus rappellent que les collectivités ont largement investi ces dernières années dans l’extension des consignes de tri, la modernisation des centres de tri et l’amélioration de la collecte sélective.
Selon les analyses présentées lors de la conférence, un levier particulièrement efficace consisterait à agir sur la conception même des emballages. Aujourd’hui encore, une part importante des plastiques mis sur le marché demeure difficilement recyclable. Si l’ensemble des emballages plastiques devenait recyclable, les collectivités pourraient capter jusqu’à 240 000 tonnes supplémentaires de déchets valorisables.
Pour les participants, cette réalité démontre que les marges de progression les plus importantes se situent en amont, au niveau de l’écoconception et de la production des emballages, davantage que dans la création d’un nouveau dispositif de collecte dédié aux seules bouteilles plastiques.
Quatorze propositions pour accélérer la transition
Plutôt qu’un système de consigne pour recyclage, les associations défendent un plan d’action complet autour de quatorze propositions. Parmi les priorités figurent la généralisation du tri hors domicile, la réduction du nombre de bouteilles plastiques mises sur le marché, le renforcement de la lutte contre les déchets abandonnés ou encore l’arrêt progressif des emballages non recyclables.
Cette mobilisation collective marque une nouvelle étape dans le débat sur l’avenir de la gestion des emballages en France. Les organisations signataires appellent désormais le Gouvernement à privilégier des solutions structurelles permettant à la fois de réduire la consommation de plastique, d’améliorer la recyclabilité des emballages et de soutenir les investissements déjà engagés par les collectivités territoriales. Les associations d’élus locaux ont obtenu un rendez-vous avec le ministre le 15 juin afin de lui présenter les quatorze propositions qu’elles portent conjointement, en amont de la réunion d’échange prévue le lendemain avec l’ensemble des parties prenantes. France urbaine participera également, le 24 juin, aux travaux de la mission d’information de l’Assemblée nationale consacrée aux éco-organismes et aux éco-contributions, en intervenant lors d’une table ronde dédiée à la question de la consigne.