TROIS QUESTIONS À EDWARD JOSSA, PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’UGAP
Première centrale d’achat public généraliste française, l’Union des groupements d’achats publics (UGAP) propose aux acheteurs de l’Etat, des collectivités territoriales et du secteur de la santé une offre très étendue de fournitures et de services, immédiatement disponible car accessible sans qu’il leur soit nécessaire de mettre en place une quelconque procédure d’achat public.
Son Président-directeur général, Edward Jossa, a répondu aux questions de France urbaine.
Crédit photo : Alexandre Alloul
L’UGAP connaît depuis plusieurs années une forte croissance, qui plus est dans un environnement de plus en plus concurrentiel. Vous dites fréquemment que l’UGAP est un levier et un accélérateur de la mise en place des politiques publiques, mais de quelle manière ?
Edward Jossa : « L’UGAP a enregistré, en 2025, plus de 6,3 milliards d’euros de commandes auprès d’environ 20 000 acheteurs publics de toutes les catégories de structures publiques de toutes tailles. Depuis sa création, l’établissement public a toujours été sollicité pour faciliter la mise en œuvre de ces politiques dès lors qu’elles concernent l’achat de fournitures ou de services. Cela lui a d’ailleurs valu d’obtenir, dès 2013, Le label « Relations fournisseurs et achats responsables ».
Depuis près de 25 ans, la croissance continue du montant des commandes enregistrée par l’UGAP démontre sa capacité à intégrer pleinement les politiques publiques. La vocation d’une centrale d’achat n’est pas seulement de proposer des prix performants : c’est d’articuler efficacité économique, responsabilité environnementale et sociale, innovation et aussi comme le met en évidence l’actualité, de contribuer aux enjeux de résilience industrielle et de souveraineté.
La totalité des offres de l’UGAP intègrent désormais des exigences environnementales, avec un engagement fort en faveur de l’économie circulaire, dans les domaines, notamment, des copieurs, des matériels informatiques, de la téléphonie ou du mobilier scolaire.
Nous contribuons également à l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, en accompagnant nos fournisseurs et en se mettant en situation de fournir à nos clients l’empreinte carbone des achats qu’ils réalisent auprès de l’UGAP. C’est un travail qui fait écho aux réflexions de France urbaine sur la décarbonation des achats, auxquelles nous participons par ailleurs.
Nous sommes également mobilisés sur la prise en compte de critères sociaux, 73 % de nos marchés intègrent des dispositions relatives à l’insertion. Ils ont d’ailleurs généré, en 2025, plus de 745 000 heures d’insertion. Pour en venir à notre rôle de soutien à l’économie nationale : 53 % des titulaires de nos marchés sont des PME, 68 % même si l’on intègre leurs sous-traitants. Nous accompagnons enfin les 900 start-ups référencées dans notre catalogue et sommes partenaires de la French Tech depuis 2017. »
La commission d’enquête sénatoriale sur « les coûts et les modalités effectifs de la commande publique et la mesure de leur effet d’entraînement sur l’économie française » présidée par le sénateur Uzenat, propose notamment de faire de l’UGAP un outil de souveraineté industrielle et numérique. Elle suggère de lui fixer un « objectif d’appui à la structuration des filières françaises et européennes, notamment dans le secteur du numérique, avec la diffusion de solutions souveraines en matière de logiciels et d’hébergement en nuage ». Que pensez-vous de cette orientation et comment comptez-vous la mettre en œuvre concrètement ?
« Nous souscrivons à cet objectif. La souveraineté industrielle et numérique est un enjeu stratégique pour les collectivités territoriales autant que pour l’État. L’UGAP participe activement aux Comités stratégiques des filières logicielles et numériques de confiance et veille à mettre en avant, dans ses marchés, des solutions souveraines en matière de solutions logicielles comme d’hébergement de données. Elle a d’ores et déjà procédé à des évolutions significatives en ce sens dans la présentation des solutions sur son site Ugap.fr.
La mise en œuvre concrète de cette orientation requiert une grande vigilance, notamment aux évolutions capitalistiques des entreprises qui peuvent modifier leur nationalité ou leur contrôle. Elle nécessite aussi une expertise technique approfondie pour évaluer la performance et la robustesse des solutions logicielles proposées.
La proposition visant à étendre la loi relative à la souveraineté numérique (SREN) afin de mieux encadrer l’hébergement des données sensibles des collectivités territoriales peut contribuer à une meilleure prise de conscience et de la montée en maturité sur la nécessité de mieux protéger ses données numériques et son patrimoine applicatif. L’UGAP peut être un outil au service de cette ambition. Son expertise doit en effet permettre une bonne articulation des objectifs de souveraineté, de sécurité juridique et d’efficacité économique. »
L’UGAP a connu en 2025 une forte exposition médiatique et s’est trouvée interpellée au sujet de ses prix. Au-delà, c’est la performance de l’achat public, dans son ensemble, qui s’est trouvée questionnée. Comment l’UGAP aborde-t-elle de tels sujets ? et comment cela s’articule-t-il selon vous avec les enjeux de durabilité et de souveraineté qui constituent aussi de fortes attentes des collectivités » ?
« La question des prix est légitime, mais j’ai été frappé par le nombre de comparaisons biaisées qui ont été faites. Les comparaisons doivent être faites à périmètre comparable, qu’il s’agisse de la qualité du produit (public ou non), ses conditions de vente, ses conditions de livraison, ses conditions de garantie, ou encore ses destinations si elle est destinée à un établissement recevant du public. Enfin, il ne faut pas oublier que l’on compare parfois des prix qui varient tous les jours chez des acteurs privés à des prix issus de marchés publics, dont la plus grande stabilité est aussi gage de sécurité budgétaire pour les entités clientes.
Enfin et comme France urbaine, nous considérons que la performance de l’achat public ne peut se réduire au seul prix. Il est important de prendre en compte les impacts du RSE, de durabilité des matériels, de préservation de la capacité des PME à concourir aux appels d’offres, de réindustrialisation et bien sûr de souveraineté. Ces exigences traduisent une ambition plus large, au service de l’intérêt général.
Grâce à la mutualisation et à la massification des volumes, les centrales d’achat comme l’UGAP sont en mesure de satisfaire ces objectifs multiples tout en maintenant des prix très compétitifs. D’ailleurs, la toute dernière enquête de satisfaction menée sur un panel de 900 clients actifs de l’UGAP montre que 87 % de nos clients estiment l’offre de l’UGAP compétitive en coûts complets. »