ASSISES DU FINANCEMENT DES UNIVERSITÉS : FRANCE URBAINE PLAIDE POUR UNE GOUVERNANCE TERRITORIALE PLUS JUSTE ET PLUS LISIBLE
Une journée des assises consacrée à l’ancrage territorial des universités
Le 7 avril 2026, dans le cadre des assises consacrées au financement des universités, Avignon Université a accueilli une journée thématique dédiée à l’ancrage territorial. Organisée à mi-parcours de cette démarche de concertation sur les ressources des établissements publics d’enseignement supérieur, cette séquence a structuré les échanges autour de trois enjeux étroitement imbriqués : l’impact des universités sur la vie étudiante, leur rôle économique et social dans les territoires, ainsi que l’articulation entre cet ancrage local et leurs missions de formation et de recherche.
Ces assises interviennent dans un contexte de forte tension sur le modèle économique de l’enseignement supérieur : contraintes budgétaires durables, besoins d’investissement massifs, enjeux de transition écologique et numérique, fragilités de la vie étudiante et fortes attentes des territoires. France urbaine y a porté une ligne claire : l’enseignement supérieur est un investissement stratégique pour le pays comme pour ses territoires ; son financement structurel relève d’abord de l’État ; les collectivités sont des partenaires déterminants, mais elles n’ont pas vocation à devenir des financeurs de substitution.
Le financement ne peut plus être abordées uniquement sous un angle administratif, descendant ou sectoriel. Plusieurs interventions ont en effet montré que les effets du financement universitaire sont profondément territorialisés. À Avignon, agglomération principale d’un des départements les plus pauvres de France, il a ainsi été rappelé combien l’université constitue, pour une grande partie des jeunes du territoire, la principale voie d’accès à l’enseignement supérieur, tout en jouant un rôle structurant pour l’économie locale, la vie culturelle, l’innovation et l’ouverture de la ville sur ses quartiers.
Les échanges ont largement porté sur la vie étudiante, désormais considérée comme une véritable politique publique conditionnant la réussite des parcours avec des enjeux tels que logement, l’alimentation, la santé mentale, le transport, l’accès aux droits ou encore l’intégration dans la vie locale. Ils ont aussi souligné la très forte diversité des situations étudiantes selon les territoires. C’est pourquoi la gouvernance de la vie étudiante doit s’adapter aux écosystèmes locaux et ne peut être pensée de manière uniforme ou strictement cloisonnée.
L’après-midi a prolongé cette réflexion en mettant en avant l’impact économique, social et sociétal des universités sur leur territoire d’implantation. Les exemples évoqués à Toulon, Avignon ou Nice ont montré que l’université, plus qu’un simple opérateur académique, est aussi un employeur, un moteur d’attractivité, un levier de transformation économique, un acteur culturel et un partenaire de développement territorial. Les coopérations entre universités, métropoles et agglomérations apparaissent ainsi comme un élément central de la soutenabilité et de la compétitivité des sites.
Pour un nouvel équilibre entre responsabilité nationale et ancrage territorial, une gouvernance plus territorialisée de l’enseignement supérieur reconnaissant le rôle des intercommuanlités
C’est précisément sur ce point que France urbaine apporte une contribution forte aux assises en rappelant que si les collectivités consacrent un effort important à l’enseignement supérieur et à la recherche, elles ne peuvent pas compenser un sous-financement structurel de l’État. Les financements directs des collectivités ne représentent qu’une part limitée des ressources totales des établissements, même si leur rôle est souvent décisif à l’échelle des sites. Cette réalité appelle non pas un désengagement local, mais une clarification des responsabilités et une meilleure organisation de la complémentarité entre l’État, les universités et les territoires.
France urbaine défend ensuite la reconnaissance pleine et entière des EPCI et des métropoles comme partenaires stratégiques des politiques de site. En pratique, ces derniers agissent déjà sur l’immobilier universitaire, les équipements, la vie étudiante, les mobilités, le logement, l’innovation, l’attractivité des campus et plus largement l’insertion des étudiants dans la cité. Cette implication concrète justifie qu’ils soient davantage associées aux choix structurants qui engagent l’avenir des sites universitaires.
L’association appelle également à une territorialisation plus aboutie de la gouvernance de l’enseignement supérieur. Les décisions relatives à l’offre de formation, aux implantations, à la trajectoire immobilière ou à l’évolution des campus ne peuvent plus être conçues sans les collectivités qui cofinancent, aménagent, desservent et accompagnent ces sites au quotidien. Dans cette perspective, France urbaine regarde avec intérêt les contrats d’objectifs, de moyens et de performance (COMP), à condition qu’ils permettent une meilleure lisibilité stratégique sans créer une couche contractuelle supplémentaire ni organiser, même implicitement, un transfert de charges vers les collectivités.
Autre point fort des positions de France urbaine : la vigilance sur les inégalités territoriales, les écarts entre sites peuvant se creuser sous l’effet des appels à projets, des différences de capacité d’ingénierie ou de la fragilité particulière des campus de proximité. France urbaine défend donc une approche attentive au maillage territorial universitaire, considérant que les antennes, campus délocalisés et sites de proximité ne peuvent être traités comme de simples variables d’ajustement budgétaire, tant leur utilité sociale, géographique et économique est forte.
Enfin, France urbaine propose d’ouvrir plus franchement le chantier des outils et de l’ingénierie de financement. Cela passe par un meilleur usage des financements européens, par des coopérations d’ingénierie entre collectivités et établissements, mais aussi par l’assouplissement d’outils immobiliers innovants permettant d’accompagner plus efficacement les projets universitaires de site. Sur ce terrain aussi, les collectivités peuvent être des partenaires de structuration, et pas seulement des cofinanceurs ponctuels.
Au total, cette journée des assises a confirmé une conviction portée de longue date par France urbaine : l’avenir du financement des universités ne se jouera ni dans la recentralisation abstraite, ni dans un désengagement de l’État compensé par les territoires, mais dans une articulation plus explicite, plus juste et plus stratégique entre responsabilité nationale et réalités territoriales. C’est cette ligne d’équilibre que notre association continuera de défendre dans la suite des travaux.