RAPPORT GOUVERNEMENTAL SUR LA SÛRETÉ DES MUSÉES : FRANCE URBAINE POINTE DES BESOINS PLUS GÉNÉRAUX DES ÉQUIPEMENTS MUSÉAUX
Le rapport du député en mission, Christophe Marion, rendu récemment à la ministre de la Culture, avait donné lieu à une audition de France urbaine assortie d’un travail de contribution au préalable. Le rapport liste une série de 24 propositions qui ouvre la voie à un travail de fond avec les villes et métropoles françaises.
Les équipements muséaux des villes et métropoles sensibilisés et conscients des enjeux de « sûreté »
Le cambriolage du Louvre le 19 octobre 2025 a suscité une réflexion sur la sûreté des musées, en particulier des Musées de France. La mission gouvernementale de « Sécurisation des établissements culturels conservant des collections publiques d’une sensibilité ou valeur particulière, relevant de la loi-musées ou protégés au titre des monuments historiques » a ainsi souhaité mobiliser France urbaine pour recueillir un ensemble d’appréciations sur les musées municipaux et métropolitains.
Si le vol au musée du Louvre a déclenché une série de saisine des services des Musées de France, portant principalement sur des actions préventives, la mise en application de la « sûreté » des musées par les villes et métropoles correspond bien à la doctrine générale existante, bien connue des services, avec des dispositifs de sûreté connexes à de nombreux réseaux de musées municipaux ou métropolitains (gestion des armoires à clé ou électroniques, caméras de vidéoprotection, PC de sécurité, recours au systèmes RAMSES, etc.). France urbaine a également répertorié les masses financières moyennes mobilisées par les collectivités locales pour la sûreté et la sécurité des musées.
Si les musées municipaux et communautaires répondent aux attendus en matière de sûreté par une mobilisation financière et organisationnelle importante, certaines marges d’évolution sont clairement identifiées
Le débat actuel sur la sécurisation des musées fait apparaître des injonctions parfois contradictoires, partagée entre une doctrine de « sécurité » (allouée à la sécurisation des œuvres et des publics, notamment en matière d’évacuation (alerte incendie) et une doctrine de « sûreté » (alerte attentat, dégradation des biens, intrusion et vols). La principale contradiction porte sur la logique « ouverte » du volet « sécurité » (faciliter la sortie des œuvres en cas d’incendie) contre la logique « fermée » du volet « sûreté » (protéger les collections, les œuvres et les personnes de vols, vandalisme et effraction). Une demande de clarification de la doctrine d’ensemble est sollicitée, notamment de la part de la Mission sécurité, sûreté et d’audit (MISSA) créée en 2020, placée auprès de la Direction générale des Patrimoines et de l’Architecture (DGPA) du ministère de la Culture.
La mutualisation des dispositifs de sûreté répond aux préconisations émises par le ministère de la Culture après le vol du Louvre, qui prévoient par l’élaboration d’un nouveau schéma directeur de sécurité la création d’un PC de sécurité (lorsque la taille de l’établissement le justifie), la mise en place de détections périmétriques et le déploiement de caméras nouvelle génération.
Les villes et métropoles financent les coûts d’adaptation requis avec une participation de l’Etat relative (certaines collectivités ont recouru à la Dotation de soutien à l’investissement local), voire inexistante : cette situation plaide pour un renforcement substantiel de l’aide financière de l’Etat. Un « fond sûreté » doté de 30 millions d’euros lors de la dernière loi de finances bienvenu mais insuffisant d’autant que, depuis le vol du Louvre, plusieurs prêteurs d’œuvres (particuliers et musées prêteurs) mais aussi la MISSA et le ministère de la Culture, exigent un gardiennage pendant les heures de fermeture des musées, exposant les collectivités à des coûts de sécurité difficiles à assumer.
La doctrine relative à la sûreté des musées a ainsi donné lieu à de récents mouvements de mutualisation des fonctions sécurité : un PC centralisé a parfois été mis en place pour l’ensemble des établissements culturels municipaux, portant le renforcement de la protection des collections, des visiteurs et des agents par une supervision en temps réel. Un poste centralisé de sûreté et de surveillance pour les musées de la ville a été créé à Bordeaux, Strasbourg, Clermont-Ferrand, Rouen…. qui disposent d’un coordinateur sécurité-sureté expressément dédié au service muséal pour une plus grande cohérence dans l’approche globale des équipements.
La sûreté doit rester un moyen au service de la valorisation des œuvres
A l’occasion du Salon International des musées au Carrousel du Louvre, une table-ronde sur la sûreté des musées a permis de rappeler qu’un point d’équilibre était nécessaire afin d’assurer une valorisation des œuvres (l’une des missions des musées) sans s’engager dans une surenchère sécuritaire. La politique de sécurisation relève de la discrétion des directeurs des musées, dont certains estiment nécessaires de garder un rapport direct à l’œuvre sans obstruction de la mise sous verre qui pourrait réduire la couleur ou encore la profondeur d’un tableau.
Outre les moyens, la formation et la mobilisation des agents s’inscrivent enfin comme l’un des rouages essentiels. A cet égard, certains professionnels déplorent la dépréciation de la fonction et relèvent l’urgence de reconsidérer et valoriser le métier de gardien de musées, de travailler ces fonctions RH au sein des musées afin de reconsidérer l’importance d’un édifice muséal, le rapport aux publics, à leur accueil, à la régulation des lieux, aux œuvres et aux biens… Cette philosophie rappelle les musées à leur fonction d’accueil, d’hospitalité et d’ouverture, communément à l’évolution de leurs attributions et de leur importance au sein d’un territoire : les corpus de formation sur leur rôle culturel, social, éducatif et leurs correspondances avec les enjeux précités devraient engager une plus grande porosité des parcours entre administrateurs territoriaux et conservateurs du patrimoine. Il conviendrait par ailleurs de reconsidérer le corpus de formation proposé aux élus en matière de politiques muséales.
Equipements muséaux : des enjeux et des besoins plus généraux
France urbaine a élaboré une note qui s’émancipe de l’unique cadre consacrée à la sûreté des musées pour viser des enjeux plus généraux en matière d’investissement majeurs pour la pérennité des musées, dont certains, hébergés dans des lieux classés monuments historiques, sont déclarés « en péril ». Elle relève également plusieurs initiatives visant à la coopération avec les musées nationaux, ruraux ou d’autres équipements à vocation culturelle. Elle soulève l’enjeu de la gestion des collections et des réserves, ou encore les évolutions auxquelles convenir sur un ensemble de sujets (convention d’objectifs et de moyens, projet scientifique et culturel, inaliénabilité et imprescriptibilité, etc.).
Le nouveau mandat local et les nombreux enjeux afférents aux équipements culturels devraient ouvrir une séquence de réflexion au sein du réseau, en lien direct avec ICOM France et le ministère de la Culture.
Les musées, maillon du service public local de la culture
Les collectivités locales sont propriétaires et gestionnaires directs de nombreux musées (musées municipaux ou métropolitains), parfois autorités de tutelle uniques, parfois en tutelle partagée avec l’État, qui exerce par ailleurs un contrôle scientifique et technique sur la majorité des 1220 musées français. Le musée n’est pas seulement un lieu de conservation, mais un outil de rayonnement, d’attractivité et de cohésion territoriale : on observe une mise en réseau des musées ces dernières années (Paris Musées, Musées de Marseille, Musées de Strasbourg, Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie…) à des degrés variables, de la coordination municipale à l’intégration métropolitaine.
L’accessibilité des musées comme prérequis de l’action culturelle des villes et métropoles n’a cessé de se renforcer, en conceptualisant les collections sous une bannière de « musées engagés » par des actions sociales, éducatives et environnementales, et ce dans une large dynamique territoriale (du local à l’international).
Une réussite qui se traduit par la hausse de fréquentation en 2025, et notamment à Saint-Étienne : 47.155 visiteurs au Musée d’arts moderne et contemporain en 2025 (+ 5% par rapport à 2022) / Marseille : 200.000 visiteurs supplémentaires dans les 15 musées municipaux qui comptabilisent 884.000 visiteurs sur l’année 2025 (+ 30% par rapport à 2024) tandis que le MUCEM (musée national) comptabilise 1 375.147 visiteurs en 2025 ( + 9,1% par rapport en 2024), niveau de fréquentation plus atteint depuis 2016 / Lyon : 375.000 visiteurs au Musée des Beaux-Arts en 2025 (+ 17%) / Angers : 276.000 visiteurs, hausse de fréquentation portée par le musée des Beaux-arts (99.343 visiteurs, + 23% par rapport à 2024), etc.