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Culture

Réouverture des lieux culturels : France urbaine reçue par la ministre de la Culture

22/04/2021

Le 20 avril, la présidente Johanna Rolland et les co-présidents de la commission « Culture » de France urbaine ont échangé avec la ministre Roselyne Bachelot-Narquin.

Le 20 avril, la présidente Johanna Rolland et les co-présidents de la commission « Culture » de France urbaine, Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand, président de Clermont Auvergne Métropole, et François de Mazières, maire de Versailles, président de la Communauté d’agglomération Versailles Grand Parc, ont échangé avec la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot-Narquin. 

Réouverture des équipements culturels : quelle visibilité ? 


Quelques jours après un appel au président de la République, du Premier ministre et de la ministre de la Culture par un courrier signé par plus de 60 maires de grandes villes, présidents de grandes agglomérations et métropoles, lequel appelait à une sortie de crise culturelle, un échange a permis de faire valoir auprès de la ministre les points de préoccupations qui y figuraient. 

Parmi eux, la forte demande de visibilité sur la réouverture des équipements culturels et la connaissance des paramètres pour une reprise de la programmation culturelle : comment, ensemble, préparer dans les meilleurs conditions la réouverture des équipements culturels et la reprise culturelle ? La présidente de France urbaine a, en outre, fait valoir la nécessaire concertation qui devait prévaloir entre l'Etat, les professionnels de la Culture et les collectivités territoriales. 

La ministre de la Culture, sans donner de précisions sur les modalités de réouverture, en a esquissé les principales orientations, en lien avec les informations qui sont ressorties de la réunion d'élus locaux avec le président de la République : une reprise de la culture en 3 phases, chacune définie par un temps de 3 voire 4 semaines, par des paramètres sanitaires propres et régie par plusieurs indicateurs (nombre de lits de réanimation, progression de la vaccination sur le territoire, tendance et les projections de l’épidémie, etc.). La contribution "Pour une sortie de crise culturelle" de France urbaine, fruit d'un travail de la commission « Culture » de l'association, motivait un travail visant à définir un rétroplanning et à convenir de propositions opérationnelles qui "mérite de s’inscrire dans une échelle de vigilance qui, selon les paramètres sanitaires locaux, permettrait de moduler l’ouverture et l’occupation des équipements culturels, et d’adapter la programmation culturelle et événementielle.​"

Dans ce prolongement, la présidente de France urbaine et les co-présidents de la commission Culture ont réaffirmé l'intérêt de pouvoir « territorialiser » les mesures et d’outrepasser la logique visant à l’uniformisation des équipements culturels et à une unique approche nationale. La territorialisation, tout comme la logique de différenciation des équipements culturels, ne sont pas encore arbitrées et donneront lieu ces prochains jours à de nouveaux échanges. En la matière, Roselyne Bachelot-Narquin et Johanna Rolland ont acté un travail visant à définir la logique de territorialisation en matière de culture, à la fois pour ces prochaines semaines, ainsi qu'à moyens et longs termes. 

Il était en question, en tout état de cause, de pouvoir désormais disposer d’une doctrine claire et étayée en matière de réouverture des équipements culturels et la reprise de la programmation culturelle. Il en va notamment du maintien des festivals en mai et juin, lesquels ont été réfléchis et reconfigurés dans la perspective de fortes restrictions sanitaires, et suspendus aux annonces qui pourront être rapidement convenues. La configuration "hors les murs" est préférée mais doit désormais être assortie par l'Etat de précisions, notamment en matière d'occupation de l'espace public. 

Un soutien aux acteurs culturels 


Le courrier adressé au président de la République mentionnait la "très grande détresse des professionnels de la Culture, de plus en plus vive chaque jour". La président de France urbaine, à l'occasion de l'entrevue avec la ministre, a de nouveau relayé les demandes des acteurs culturels, portant notamment sur la reconduction de l'année blanche pour les intermittents. Fort du rapport d'André Goron et de la concertation fin avril avec les partenaires sociaux, les élus de France urbaine ont souligné qu'il fallait donner des signes de soutien économique au acteurs de la Culture. 

En effet, les élus locaux appellent à la vigilance afin de ne pas être dans la rupture d’égalité et d'être attentif à maintenir une capacité d’aides aux structures fragilisés, quand bien même elles auront rouvert. Les dispositifs d’aide doivent être pérennisés dans le contexte de reprise de la vie culturelle. La contribution de France urbaine dédiée à la sortie de crise culturelle motive la mise en place de "plusieurs Fonds de secours dédiés aux différents secteurs culturels (musique, arts visuels, etc.) et en soutien à la création". En outre, un soutien financier de l’État à la programmation culturelle, propice à étoffer des offres culturelles dès ces prochaines semaines, paraît essentiel dans la perspective de mettre en place partout sur les territoires des résidences artistiques et mettre en tension la création artistique et culturelle. 

En matière de financement, France urbaine salue l'éligibilité des théâtres publics, cinémas municipaux et musées, dont les fermetures entraînent des pertes de recettes significatives pour les budgets des collectivités locales, au système de compensation des pertes de recettes des collectivités locales pendant la crise. En cours d'arbitrage, les modalités de compensation méritent d'être réfléchies en termes de "pertes réelles". France urbaine, dans les derniers échanges avec l'Etat et différentes institutions, a fait valoir le volontarisme des grandes villes et métropoles pendant la crise sanitaire pour maintenir le tissu associatif culturel et mettre en place un ensemble de dispositifs financiers, malgré la forte contraction budgétaire des exécutifs locaux. De manière plus structurelle, le concours des territoires urbains en matière de financement de la Culture est central, en dénote la récente étude de l'Observatoire des politiques culturelles, publiée en février dernier, qui observe une tendance à la hausse des budgets culturels dans la plupart des grandes villes de plus de 100.000 habitants, "dont on rappelle qu’elles sont celles qui ont la part la plus élevée de dépenses culturelles dans leur budget général".

"L'union sacrée"  


La ministre de la Culture a convoqué ce 22 avril un Conseil des territoires pour la Culture (CTC), lequel associe aux côtés de la ministre les représentants des associations de collectivités territoriales. Elle a exprimé "l'union sacrée" qui devait symboliser les travaux communs entre l'Etat et les collectivités territoriales dans la perspective de reprise culturelle, et plus largement sur les politiques culturelles à l'orée d'une impulsion de la territorialisation des politiques culturelles. 

Cette "territorialisation" se matérialise, outre par la création de la Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle, par la publication de l'arrêté portant création des "Conseils locaux des territoires pour la Culture" (CLTC). Chacun de ces CLTC, présent sur l’ensemble des périmètres administratifs régionaux, permettra de réunir les collectivités territoriales et représentants de l’Etat (DRAC, mais également Rectorat, ANCT, etc.) afin d’échanger localement des enjeux inhérents aux politiques culturelles. En outre, ces CLTC seront importants dans la perspective de réouverture des équipements culturels et de reprise de la programmation culturelle. Chacune des associations de collectivités territoriales dûment représentée au sein des CLTC, à l'instar de France urbaine, devront désigner 3 représentants titulaires et 3 suppléants. 

France urbaine, représentée à cette occasion par François de Mazières, a rappelé les différents points déjà portés à la connaissance de la ministre deux jours plus tôt. Dans l'attente de précisions sur l'organisation des événements cultures en général et sur la configuration des festivals en particuliers, les collectivités territoriales ont exprimé depuis plusieurs semaines déjà leur volontarisme à pouvoir réenclencher une programmation culturelle globale dès lors qu'elles en auraient la possibilité. C'est dans cet esprit que France urbaine a accueilli positivement la "Déclaration commune" dédiée aux festivals, laquelle symbolise un engagement de l'Etat et des collectivités territoriales à la bonne organisation des festivals ces prochaines semaines. L'association a rappelé derechef la nécessité de disposer le plus tôt possible de visibilité sur l'application du cadre global pour la saison 2021, tandis qu'elle restera vigilante à ce que le surcoût généré par les restrictions et les configurations dégradées des festivals ne soient pas à la seule charge des collectivités locales. La seconde édition des Etats généraux des festivals (EGF), prévue le 22 juin prochain à Bourges, sera l'occasion de faire un point à date des organisations de festivals, en marge d'échanges sur la place structurelle des festivals dans l'action culturelle territoriale. 
 

Vers une généralisation du Pass Culture


Enfin, le CTC a permis de présenter le Pass Culture, lequel devrait bénéficier très prochainement d'une généralisation à l'échelle nationale. Noël Corbin, délégué général à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle a présenté la démarche d'ensemble, en précisant les condition de la réussite de la mise en oeuvre du Pass, à savoir son atterrissage territorial (agrégation des offres culturelles locales, géolocalisation et portée à connaissance auprès des jeunes de la programmation culturelle...) et son accès aux jeunes les plus éloignés de l'offre culturel. Aujourd'hui, plus de 3 800 acteurs culturels sont présents sur l'application, avec un travail de diversification des offres encore en cours. Sur 1 200 musées de France, seuls 220 sont agrégés pour l'heure. Il y a un enjeu important pour tous les acteurs de la culture, notamment les collectivités locales. L'ambition est de créer, sur le long terme, une communauté de jeunes, avec le souhait de maintenir le Pass Culture pour les jeunes, qu'ils puissent continuer de l'utiliser pour souscrire à des offres, à des événements culturels.​

Crédit photo : Ville de Nantes