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Culture
Post-Covid-19

Quelles perspectives et dynamiques culturelles dans un monde post-Covid ?

13/10/2021

L'atelier "Culture" des Journées Nationales de France urbaine s'est penché sur les perspectives pour la culture dans un monde post-Covid.

Les Journées nationales de France urbaine organisées cette année à Nantes coïncidaient avec la rentrée politique des exécutifs locaux et un calendrier à la fois propice à une synthèse de l’actualité des derniers mois et à l’identification de perspectives d’avenir.  

Culture : un constat sans appel, assorti de tonalités positives pour l’avenir  

L’organisation d’un atelier consacré aux politiques culturelles à l’occasion des Journées Nationales de France urbaine était en premier lieu prétexte à un retour sur l’actualité des derniers mois, et à un travail de synthèse auquel se sont employés les co-présidents de la commission "Culture" de France urbaine, Olivier Bianchi, Maire de Clermont-Ferrand, président de Clermont Auvergne Métropole, et François de Mazières, Maire de Versailles, président de la Communauté d'agglomération Versailles Grand Parc. Porte-paroles des expressions territoriales ces derniers mois auprès des parlementaires et de l’exécutif, ils ont rappelé les travaux d’interpellation et de contribution de la commission "Culture", parmi lesquels le courrier adressé au président de la République le 7 avril dernier par les maires de grandes villes, présidents de grandes agglomérations et métropoles, assorti d’une proposition "Pour une sortie de crise sanitaire".  
 
La commission "Culture", qui a relayé l’expression des acteurs culturels locaux, a mobilisé des élus et leurs équipes à une dimension culturelle qui nous est commune. Olivier Bianchi a rappelé qu’il y a eu une effervescence pour « l’objet » Culture malgré la fermeture voire l’ouverture dégradée des équipements culturels. La mobilisation des acteurs publics, incarnée par les collectivités locales, s’est traduite par le maintien d’un service public culturel minimum, versant dans le « coûte que coûte » et faisant valoir tout le volontarisme et les marges de manœuvre possibles pour faire vivre la culture dans les territoires.  

Culture et crise sanitaire : traduire les enseignements 

François de Mazières a souligné la façon dont la crise sanitaire a mis un peu plus en lumière le rôle central des grandes villes et métropoles pour la culture, que ce soit de l’ordre de l’ouverture des équipements ou du soutien et du financement à la programmation. Les élus locaux, en responsabilité, ont fait valoir autant que faire se peut l’envoi de signaux forts au monde de la culture, et ont pleinement facilité la logique visant à combiner vigilance sanitaire et reprise culturelle.   
 
La montée en puissance de la dimension politique de la culture est un élément à prendre en compte par ailleurs, François de Mazières estimant primordial de capitaliser sur cette dimension, de maintenir une stimulation et d’emporter l’ensemble des acteurs politiques et culturels pour concevoir ensemble les politiques culturelles que nous voulons à court, moyen et long termes.  
 
Le bloc local revêt une dimension particulière dans cette affirmation politique de la Culture puisque, en tant qu’échelon de proximité, il justifie pleinement la montée en compétence qui est la sienne pour faire de la culture un objet de réflexion, en lien avec les enjeux du quotidien et les défis contemporains. Il incombe ainsi à l’ensemble des pouvoirs publics d’accompagner la bascule vers la territorialisation des politiques culturelles. L’esprit du Plan de Relance, et ses enveloppes afférentes à la Culture, rappelle que les politiques culturelles se déclinent dans les territoires, tandis que la Culture peut devenir un vecteur propice à une nouvelle forme de contractualisation entre l’Etat et les grandes villes et métropoles, en dépassant le cadre de l’appel à projet, là où une greffe de financement de l’Etat pourrait s’opérer sur les projets culturels initiés et menés par nos grandes collectivités. La création, au sein du ministère de la Culture, d’une grande « Délégation aux territoires », ou encore la création d’instances territoriales de la Culture que sont les « Conseils locaux des territoires pour la Culture » (CLTC) dénotent bien cette propension à se déporter vers plus de territorialisation.  

En miroir de l’affirmation des grandes villes et métropoles : tisser des liens structurels avec les organismes culturels  

François de Mazières et Olivier Bianchi l’ont mentionné : la crise sanitaire a permis d’engager des échanges plus constants et rapprochés avec des syndicats, des organisations ou encore des opérateurs culturels. A l’occasion de cet atelier, Régine Hatchondo, présidente du Centre national du livre (CNL), est intervenue pour restituer en préambule les effets de la crise sanitaire sur la chaîne du livre, et les mesures de soutien dédiées. Ce soutien du CNL aux éditeurs, aux libraires ou encore aux bibliothèques est intervenu alors que les collectivités urbaines apportaient elles aussi leurs contributions à la chaîne du livre, notamment aux éditeurs indépendants et aux libraires.  
 
La présence de la présidente du CNL symbolisait également la volonté de rapprochement de l’opérateur du livre avec France urbaine : la signature d’une convention de partenariat entre les deux organismes dans le cadre du dispositif BD20>21, ayant permis la mise en place de résidences d’auteurs dans 7 collectivités, constitue une première brique à une collaboration d’ensemble qui continue de prendre forme, et ce dès ces prochaines semaines. Une collaboration qui se justifie dans le cadre de la lecture « Grande cause nationale », et plus structurellement en lien avec la compétence « lecture publique » des EPCI, des « contrats territoires lectures » et de la place du livre dans le volet « EAC » qui sera de nouveau investi par la commission Culture de France urbaine.  
 
Quelles coopérations pour quelles perspectives ? La question a également été posée à Michaël Aloïsio, directeur de cabinet de Tony Estanguet, président du Comité organisationnel des Jeux olympiques et paralympiques (COJOP). L’organisation de Paris 2024 et l’ensemble des départements afférents (Excellence environnementale, Héritage 2024…) disposent d’un lien désormais établi avec France urbaine, et avec les grandes villes, grandes agglomérations et métropoles, en lien avec le label « Terres de Jeux » et les « Centres de préparation aux Jeux ».  
 
La dimension « Olympiades culturelles », visant à rapprocher le sport et la culture, disposera par ailleurs d’une place de choix dans les échanges entre le COJO et France urbaine, eu égard à la forte dimension culturelle qui prévaut dans les territoires urbains et aux initiatives prises pour décloisonner pratiques sportives et pratiques culturelles.  
 
Jean Blaise, directeur général du Voyage à Nantes, est également intervenu afin de donner sa vision de la fabrique des politiques culturelles et des évolutions qui les caractérisaient. Il a notamment fait part de la grande importance à pouvoir investir la ville et toucher des publics éloignés de la pratique et de l’offre artistiques, dans une logique de démocratisation et d’appropriation culturelles.  

Affirmer le statut de partenaires privilégiés et incontournables des grandes villes et métropoles 

François de Mazières et Olivier Bianchi, en guise d’éléments conclusifs, ont pointé plusieurs perspectives afin que la culture puisse davantage prévaloir dans les débats nationaux et locaux, en lien avec les enjeux du quotidien. Si la notion de transversalité culturelle a bien été répertoriée, il s’agit de profiter de la crise sanitaire, et d’échanges nationaux à venir pour questionner la place des équipements, des programmations et des acteurs culturels dans nos territoires, et, partant, de remettre en perspective les relations des collectivités avec l’Etat, dans une logique de gouvernance et de financement dont les réflexions mériteront d’être investies de nouveau ces prochains mois.