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Fonction Publique Territoriale
Sécurité

Police municipale : comment rendre le métier plus attractif ?

21/12/2022

Le 15 décembre 2022, le groupe de travail « Polices municipales » piloté par Nathalie Koenders, s’est penché sur les enjeux relatifs aux concours des agents.

Le groupe de travail « Polices municipales » de France urbaine, composé d’une vingtaine de participants et piloté par Nathalie Koenders, Première adjointe au Maire de Dijon, a reçu, le 15 décembre dernier, Alexis Boucher, conseiller juridique au sein de la Fédération Nationale des Centres de Gestion (FNCDG) et Éric Chaumard, directeur du centre de gestion de la Savoie et représentant de l’Association des Directeurs de Centre de Gestion (ANCDG).

Offrir des perspectives

Le constat revient souvent : la filière sécurité est peu intégrée et le sentiment d’appartenance des policiers municipaux à la Fonction publique territoriale reste faible. En effet, les policiers municipaux ont des obligations qui n’incombent pas aux autres agents (double agrément, doublement des peines en cas de faute, pas de droit de retrait...). De plus, la police municipale est une filière peu attractive alors même que les collectivités territoriales ont des besoins conséquents en la matière : 11 000 nouveaux agents de police municipales sont à recruter d’ici 2026, dont 3 500 pour combler les départs en retraite et 7 500 recrutements pour renforcer les effectifs.
 
Au-delà de la sécurité de l’emploi, la capacité à offrir des perspectives de parcours facilitées et des conditions de travail jugées satisfaisantes apparaît décisive. Les mobilités internes et inter-versants, bien que facilitées par les réformes récentes, font encore l’objet de contraintes. Il existe peu de démarches de globalisation entre employeurs, quel que soit le versant dont ils relèvent. Par ailleurs, au sein même de la Fonction publique territoriale, les règles de promotion interne, qui demeurent extrêmement encadrées par des dispositifs de quotas hétérogènes – pour certains extrêmement défavorables – créent des « plafonds de verre » qui font obstacle à la capacité des futurs recrutés à se projeter et à celle des employeurs à leur proposer des parcours à plus long terme.
 
Aussi, le système et les épreuves des concours sont pris entre plusieurs exigences et peuvent parfois avoir l’effet inverse que celui escompté. Par exemple, le barème de certaines épreuves est à revoir. Le concours de gardien de police municipale prévoit une épreuve éliminatoire de sport basée sur la performance plutôt que la capacité physique générale ce qui pourrait décourager voire pénaliser certains candidats.

Commission consultative des polices municipales : le retour ?

La constitution de viviers en interne et en externe, la préparation aux concours, les partenariats à nouer avec les acteurs de la formation, le tutorat, la féminisation des profils ou encore la forte part des candidats à des postes de catégories A et B sont autant de sujets déterminants à prendre en compte. Alors qu’elle était encore ministre des Collectivités territoriales, Caroline Cayeux avait identifié les problématiques posées et envisageait une réinstallation de la commission consultative des polices municipales (qui ne s’est pas réunie depuis 2019) dans les mois à venir ainsi que la création d’une structure des partenariats de sécurité au sein du ministère de l’Intérieur.

Policier municipal, un métier de plus en plus en tension

Invité à intervenir devant le groupe de travail de France urbaine, Alexis Boucher, conseiller juridique au sein de la Fédération Nationale des Centres de Gestion (FNCDG) a rappelé que « le métier de policier municipal est désormais hissé au rang de 7eme métier en tension en 2022 ». « Le contexte électoral a reporté ou décalé les dépenses de recrutement sur la filière sécurité » a-t-il ajouté. Il a également été indiqué que les territoires se situant dans les régions Sud et île de France sont d’ailleurs les plus touchés et connaissent davantage des difficultés de recrutement que dans d’autres zones du pays.
 
Adjoint à la Maire de Paris en charge des ressources humaines, du dialogue social et de la qualité du service public, Antoine Guillou a également partagé les difficultés rencontrées par la capitale dans le recrutement de policiers. Alors qu’elle vient d’organiser son premier concours de policiers municipaux et à l’aune du prochain en 2023, la ville de Paris connaît des obstacles dans son processus de recrutement malgré un calendrier et des délais d’organisation d’examens plus souples. Comme pour les autres grandes villes, les épreuves, la constitution des viviers, la préparation du concours, la gestion des détachements ou encore le faible volume de candidats sont à noter et ce, malgré la mise en œuvre de plus de 200 opérations de sensibilisation parisienne.
 
Éric Chaumard, représentant de l’Association des Directeurs de Centre de Gestion (ANCDG), est quant à lui revenu sur les grands enjeux qui concerne la filière à la fois au niveau de sa région mais également corroborés par la plupart des centres de gestion organisateurs au niveau national. « Nous observons une baisse régulière du nombre de candidats au concours externe, des difficultés à organiser le concours de gardien-brigadier mais aussi un faible niveau des candidats » a indiqué Eric Chaumard. En région Auvergne-Rhône-Alpes, la moyenne générale aux épreuves d’admissibilité varie selon les sessions entre 8,15/20 et 9,60/20. « Il y a une forme d’inadéquation entre les projets professionnels des lauréats en matière de mobilité géographique et la localisation des postes ouverts en collectivités, induisant de facto que les postes ouverts ne sont pas tous pourvus. » a-t-il précisé.
 
Le groupe de travail « Polices municipales » de France urbaine adoptera et dévoilera en début d’année 2023 une première série de préconisations sur la base des travaux déjà réalisés. Les prochaines échéances seront aussi l’occasion d’auditionner l’ensemble des organisations syndicales représentatives, à qui il sera proposé de venir témoigner, courant février 2023, des enjeux et de leurs propositions devant le groupe de travail.