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3 questions à...
Solidarités

Nicolas Froissard : « Je crois beaucoup au rôle de « Manager de l’innovation territoriale » des collectivités »

22/01/2021

Nicolas Froissard, Porte-parole du Groupe SOS, a accordé un entretien à France urbaine HEBDO.

Les collectivités locales, notamment les métropoles et grandes villes sont en première ligne pour lutter contre le virus, soutenir notamment le secteur associatif et lutter contre les inégalités et la pauvreté. Quel regard portez-vous sur les actions mises en œuvre sur les territoires ?
 
Nos territoires sont divers et apportent des réponses différentes et adaptées aux besoins locaux. On peut regretter que les médias nationaux n’accordent pas plus d’importance à ces actions mises en œuvre sur les territoires. Il est nécessaire de mettre en avant les initiatives remarquables issues des territoires. Ne serait-ce que pour faire davantage circuler les bonnes idées. Aujourd’hui, cet échange d‘expériences passe essentiellement par des réseaux tels que France urbaine. Beaucoup de villes se sont mobilisées très rapidement dès le premier confinement pour lutter contre l’isolement des personnes âgées, la précarité des plus modestes, des étudiants. De nombreux agents municipaux ont été mobilisés, des associations soutenues davantage dans leurs missions. Chaque collectivité essaie aussi de soutenir économiquement les petits commerces, les associations en difficulté, même si les moyens sont limités.

"Il est nécessaire de mettre en avant les initiatives remarquables issues des territoires" Nicolas Froissard

 
Quel rôle les territoires urbains peuvent-ils jouer dans la relance et le « monde d’après », notamment dans le domaine des solidarités ?
 
De nombreuses communes ont organisé la solidarité pendant cette crise. Nous avons pu d’ailleurs travailler, via l’une de nos associations nommée Hacktiv, avec des villes pour créer dans l’urgence du premier confinement des plateformes d’entraide entre citoyens : chacun pouvait proposer son aide, par exemple pour aller faire des courses pour des personnes âgées isolées. Nous avons réfléchi aussi, avec des communes, sur l’accompagnement de la digitalisation des petits commerces, sur la création de plateformes de vente en ligne proposant les produits des commerces locaux. Cette réflexion va s’inscrire dans la durée et dépasser le cadre de la crise que nous traversons.
Les collectivités ne peuvent pas tout faire, mais je crois beaucoup à leur rôle de « Manager de l’innovation territoriale ». Les collectivités connaissent les besoins du territoire, mais il faut améliorer les mécanismes, notamment dans les grandes villes, qui permettront de ne pas passer à côté d’une initiative qui pourrait être essaimée sur l’ensemble du territoire. Il faut aussi être en veille sur ce qui existe ailleurs pour être capable de faire venir et d’adapter sur son territoire une initiative remarquable.
Lors de la grande consultation citoyenne « Inventons le monde d’après » que le Groupe SOS a lancé avec Make.org pendant le premier confinement et à laquelle ont répondu 165 000 personnes, de nombreux citoyens ont insisté sur l’importance de développer la consommation locale et les circuits courts, et de donner plus de pouvoir d’action et de décision aux citoyens. Les villes ont un rôle à jouer !


"Les collectivités ne peuvent pas tout faire, mais je crois beaucoup à leur rôle de « Manager de l’innovation  territoriale »." Nicolas Froissard

 
Vous êtes le porte-parole du Groupe SOS, spécialisé dans l’entreprenariat social. Quels sont le rôle et les missions du Groupe ?
 
Le Groupe SOS est un acteur non lucratif qui est au service des territoires depuis 35 ans. Nous venons de la lutte contre les exclusions : hébergement d’urgence, accompagnement et soins des personnes en situation de handicap, lutte contre les toxicomanies, éducation spécialisée, insertion sociale… Cette activité est toujours très présente chez nous et elle guide nos pas dans l’ensemble de nos secteurs. Aujourd’hui, nous inventons aussi l’hôpital de demain, la maison de retraite de demain, l’équipement culturel de demain… Des établissements qui proposent des services de qualité pour tous y compris pour les plus précaires. Nous refusons une société qui serait à deux vitesses. Dans nos Ehpad, les plus riches paient un peu plus pour que les plus pauvres puissent bénéficier de la même qualité de service. L’innovation environnementale est également au cœur de notre projet. Nous représentons 550 établissements qui travaillent au quotidien avec l’ensemble des acteurs du territoire pour cerner le plus précisément possible les besoins.
Nous avons aussi créé des programmes en lien avec cette dimension territoriale : « 1000 cafés » pour récréer des cafés lieux multiservices dans les communes de moins de 3500 habitants, « Quartiers Cafés » pour soutenir les commerces de proximité qui portent des projets ou des idées qui contribuent au développement du lien social entre les habitants de leurs quartiers. Avec « la France a un incroyable commerce », nous travaillons avec les villes et les acteurs locaux pour accompagner les commerçants, artisans et porteurs de projet dans l’enrichissement et l’accélération de leurs idées. Nous avons d’ailleurs créé un 9ème secteur au sein du Groupe SOS qui s’appelle « action territoriale » pour construire, avec tous ceux qui le souhaitent, des solutions pour développer et améliorer la vie locale.
 

"Nous inventons aussi l’hôpital de demain, la maison de retraite de demain, l’équipement culturel de demain…" Nicolas Froissard