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Solidarités
Education, jeunesse et petite enfance

Lutte contre la précarité des jeunes : France urbaine demande au Gouvernement de clarifier les modalités de son soutien

13/10/2021

France urbaine continue de préparer son expérimentation pour lutter contre la précarité des jeunes malgré l'absence de réponse claire de l'Etat sur les modalités de son soutien.

La préparation de l'expérimentation contre la précarité des jeunes avance, malgré l'absence de positionnement du Gouvernement

Au premier semestre 2021, France urbaine se saisissait de l'accord de méthode signé en février 2021 par lequel le gouvernement s'engageait à « permettre à des territoires urbains volontaires d’expérimenter des actions pour l’insertion des jeunes et de lutte contre la précarité étudiante" et proposait la mise en œuvre d'un projet d'expérimentation en vue de lutter contre la pauvreté des jeunes.
 
A ce jour, trois courriers ont été adressés au Gouvernement et plusieurs réunions de travail ont été organisées. Les échanges se poursuivent avec les services de l'Etat et les partenaires institutionnels afin d'identifier les partenariats possibles. En dépit d'une posture ouverte, aucun positionnement toutefois n'a à ce stade été obtenu sur les modalités de participation de l'Etat en matière de co-pilotage comme de contribution au financement du dispositif.
 
Le 27 octobre prochain, une trentaine de territoires ayant manifesté leur intérêt pour s'engager dans ce projet échangeront au sein de France urbaine sur ses suites. Dans un contexte incertain, à l'approche d'une élection présidentielle et avec une visibilité faible sur les contours du revenu d'engagement, il s'agira de déterminer comment la mobilisation des territoires peut s'affranchir des calendriers et dépasser les logiques descendantes au profit d'un engagement volontariste et ouvert, conjuguant initiative locale et rigueur scientifique. Les prochaines semaines permettront ainsi de déterminer si ce projet d'expérimentation est susceptible d'initier de nouvelles manières de bâtir nos politiques publiques ou représentera un rendez-vous manqué entre l'Etat et les territoires.

Etat des lieux des mesures de soutien de la jeunesse en France

La pauvreté des jeunes n'est pas une problématique récente. Un quart (24,8 %) des jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans vit sous le seuil de pauvreté en France contre un septième pour l’ensemble de la population (Insee, Enquête revenus fiscaux et sociaux, 2016). Toutefois la crise sanitaire a amplifié ces phénomènes de précarisation : recours accru à l'aide alimentaire, dégradation de la santé psychique, difficultés d'accès au logement, fragilisation des parcours… Les conséquences de long terme sur les trajectoires des jeunes sont complexes à anticiper.
 
Les dispositifs actuels, certes enrichis par le plan "Un jeune une solution", ne permettent pas pour autant de couvrir l'intégralité des besoins ni d'atteindre l'ensemble des publics et apparaissent insuffisamment porteurs de transformations durables dans l'accompagnement des jeunes.
 
Huit ans se sont écoulés depuis la création de la garantie Jeunes en 2013. Les évaluations menées ont permis de constater des effets positifs de ce dispositif très ciblé couplant une allocation financière à un accompagnement renforcé. En novembre 2020, le gouvernement annonçait l'objectif d'une montée en puissance du dispositif devant désormais bénéficier à 200 000 jeunes ainsi qu'un doublement des bénéficiaires de l'accompagnement intensif des jeunes par Pôle Emploi (AIJ) afin de toucher 240 000 jeunes. Les critères d'entrée en garantie jeunes ont été élargis à compter de 2021.
 
Le conseil d'orientation des politiques de jeunesse pointait toutefois en 2020 certaines limites de la garantie jeunes dont une cible centrée sur les jeunes sans emploi, sans travail et sans formation (NEET), une durée limitée et des contreparties parfois inadaptées à certains publics et préconisait "de faire évoluer le cadre réglementaire pour que l’ensemble [des] publics dits « en difficulté » deviennent un public cible de la Garantie jeunes" et de "combler les angles morts" du dispositif. Le COJ rappelait également que la prise en charge croissante de publics touchés par des problématiques sociales complexes (santé, logement, contraintes linguistiques…) nécessitait de ne pas opposer la logique d’« emploi d’abord » et celle d’accompagnement social global.

Le revenu d'engagement des jeunes rogné par l'Etat

Alors que les travaux sur un revenu universel étaient interrompus depuis plusieurs mois, le président de la République annonçait en juillet 2021 la création d'un revenu d'engagement des jeunes, renforçant et généralisant le principe de la garantie jeunes en l'élargissant à un public évalué un temps à 1 million de jeunes susceptibles de couvrir les NEETs, ainsi qu'une partie de la population étudiante et des travailleurs précaires.
 
A ce jour toutefois, ces objectifs semblent être revus à la baisse au profit d'un couplage des dispositifs déjà mis en œuvre (garantie jeunes et  AIJ) au bénéfice de 500 000 jeunes. Les crédits relatifs au revenu d'engagement ne sont pas inscrits au sein du projet de loi de finances pour 2022.
 
La mise en place du revenu d'engagement rencontre de nombreux obstacles, un obstacle budgétaire et un obstacle de principe. Le portage d'un dispositif d'accompagnement généralisé assorti d'un soutien financier paraît se heurter à une critique déjà ancienne soulignant les risques d'effet d'aubaine et de trappes à inactivité, qui motivaient l'exclusion des jeunes du revenu de solidarité active :

  • L'accès à un revenu voire à l'autonomie pour ces publics devrait ainsi s'opérer en premier lieu et essentiellement par l'accès à l'emploi
  • L'octroi d'un revenu en supprimant l'incitation monétaire à accéder à l'emploi présenterait le risque de maintenir les jeunes dans une situation d'inactivité choisie.

Au discours gouvernemental mettant en lumière l'urgence sociale et une précarisation de la jeunesse nécessitant des mesures fortes s'est substitué ces dernières semaines l'argument de la reprise économique comme solution naturelle à ces difficultés.
 
Toutefois certains constats restent en vigueur en dépit de cette reprise :

  • Il n'existe pas d'adéquation spontanée entre l'offre et la demande d'emploi et ce défaut d'appariement peut aussi donner lieu à une situation paradoxale associant une offre d'emploi au niveau global, un déclassement des jeunes diplômés et une exclusion des publics les moins formés,
  • La pauvreté et le chômage des jeunes ont d'ores et déjà des effets sur leur trajectoire à court et long terme, cette situation présente un risque d'aggravation du fait des conséquences sociales, financières et psychologiques d'une crise inédite
  • Des politiques de prévention insuffisamment développées présentent le risque de constituer des points de rupture et des décrochages particulièrement complexes et coûteux à renverser sans intervention précoce, ciblée et adaptée à chaque situation,
  • Le développement de dynamiques territoriales coordonnées et innovantes constitue une réponse de proximité susceptible d'enrayer ces dynamiques.

Les nombreuses innovations initiées au niveau local pour mieux identifier les facteurs favorisant le retour à l'emploi et le déploiement de parcours plus cohérents pour les jeunes apparaissent parfois insuffisamment évaluées ou a minima capitalisées pour nourrir le débat politique et infléchir nos politiques publiques.
 
France urbaine propose une expérimentation coordonnée portant sur quatre scénarios : mise en place d'une plateforme d'accès aux biens et services essentiels, droit universel à l'accompagnement vers l'emploi via Pôle Emploi, accompagnement de l'universalisation de la garantie jeunes et création d'un revenu de solidarité jeunesse.
 
Mesurer les risques et éprouver, évaluer, chiffrer la qualité des réponses apportées favoriseraient, dans un contexte budgétaire contraint, la mise en œuvre de politiques publiques éclairées. Le projet d'expérimentation proposé présente certes des coûts. Assorti d'un dispositif d'évaluation rigoureux, il a toutefois l'avantage d'être encadré, limité dans le temps, localisé sur certains territoires, et de s'appuyer sur une dynamique collective et trans-partisane, tirant profit de l'autonomie des collectivités et de choix politiques locaux comme du souhait partagé de partir des territoires pour contribuer à une réflexion d'intérêt général.