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Fonction Publique Territoriale

La Fonction publique territoriale en 2021 : que nous a appris la crise sanitaire ?

14/10/2021

Retour des échanges des Journées Nationales de France urbaine sur les bouleversements rencontrés dans la Fonction publique territoriale depuis le début de la crise sanitaire.

Autour d’Emmanuelle Rousset, Vice-présidente en charge des personnels à la Ville et à la Métropole de Rennes, co-présidente de la commission "Fonction publique territoriale" de France urbaine, élus et techniciens ont pu échanger durant les Journées Nationales de France urbaine sur les bouleversements rencontrés par les élus, cadres et agents de la Fonction Publique Territoriale depuis le début de la crise sanitaire. Avec une préoccupation commune : comment capitaliser sur les transformations opérées dans l’urgence de la crise ?
 

Une fonction publique heureuse ?

En ouverture de l’atelier, Saphia Larabi, de la Fabrique Spinoza, a listé les transformations structurelles révélées ou accélérées par la crise et qui affectent actuellement les collectivités locales et leurs personnels : le télétravail, qui renforce la nécessité d’un management par la confiance ; l’exigence de participation, de consultation dans la construction des politiques publiques, qui nécessitent de nouvelles qualités relationnelles ; la révélation de l’enjeu sociétal de la santé mentale, interpellant les collectivités dans leurs compétences comme dans leur rôle d’employeurs ; et l’emprise du numérique, accentuée par la dématérialisation forcée du « distanciel » : nous passons cinq heures par jour à « traiter » nos mails… !
 
Et pourtant : 72% des agents de la fonction publique se disent « fiers » de leur métier et de leur mission. Mais ils ne sont que 37% à se dire « reconnus »… Existe-t-il, en tirant la leçon des dix-huit mois écoulés, un chemin vers une fonction publique « heureuse »… ? La Fabrique Spinoza a travaillé ce sujet. 
 

Retrouver le sens du contact et du temps

Pour Aïcha Bassal, élue depuis juin 2020 en charge des ressources humaines à la Ville et à la Métropole de Nantes, il faut rappeler la conjonction, durant le premier semestre 2020, entre la pandémie et les élections locales. A la perte du contact direct avec les habitants s’est ajoutée la difficulté à structurer un collectif d’élus en « distanciel » tout en faisant face aux injonctions multiples, tardives et parfois contradictoires de l’Etat. Alors que les agents se remettent progressivement de ce choc, ils doivent maintenant répondre à l’attente des élus, pour lesquels il reste moins de cinq ans pour mener à bien un programme municipal ou métropolitain conçu pour un mandat de six années « normales »… ! Face au risque d’un désengagement chronique des agents, il faut « retrouver le temps et le sens du contact, faire de la proximité une exigence, réviser nos niveaux d’exigence et lutter contre le sentiment d’inutilité éprouvé par les collaborateurs contraints de rester confinés pendant plus d’un an ».
 
Patrick Coroyer, directeur du Département RH à la Ville et à la Métropole de Nantes, Président de l’Association Nationale des DRH du territoire (ANDRHT), a souligné l’apprentissage accéléré pour les équipes de la collectivité d’une situation de crise soudaine et durable. Il en résulte un renforcement de la capacité d’anticipation et de réaction sur lequel il importe de capitaliser car, dans le même temps, la collectivité, qui a dû accueillir 800 nouveaux agents à distance, fait elle aussi face à un phénomène accentué de désengagement qui fragilise la marque employeur. Si la priorité est donnée aux agents de terrain, la pérennisation du télétravail pousse les managers à démultiplier les outils et méthodes à leur disposition pour permettre un « réengagement » des équipes.
 

Une nouvelle verticalité de nos organisations ?

Invitée à donner un regard « extérieur », Lauriane Schlaeppi, Directrice Générale de l’Université de Nantes, retient de cette période extra-ordinaire à tous égards de nouvelles postures. En quelques heures, il a fallu improviser des réponses à la question : « comment aider », notamment les étudiants. Une nouvelle relation à l’employeur est apparue, protecteur, régulateur. Soudain, tous les arbitrages ont été pris sous l’angle de la santé. Il a fallu faire face à l’irruption d’un vocabulaire scientifique, médical et terriblement bureaucratique. Nos organisations habituées à fonctionner en verticalité ont dû apprendre spontanément à travailler en horizontalité. Qu’allons-nous garder de ces nouveaux réflexes… ?