Share
Economie des territoires
Alliance des territoires
Cohésion territoriale
Transition écologique

Johanna Rolland : « Les territoires urbains sont la pierre angulaire de la relance »

15/02/2021

La présidente de France urbaine a accordé un entretien à l'ANCT. Retrouvez-le dès maintenant !

Johanna Rolland, maire de Nantes, présidente de Nantes Métropole, préside l’association d’élus France urbaine. Pour sortir de la crise, elle souligne que les métropoles et les grandes villes doivent avoir les moyens de jouer tout leur rôle dans la relance, qui doit bénéficier aux quartiers prioritaires. Elle prône, par ailleurs, une alliance des territoires urbains et ruraux, débarrassée d’une vision schématique, afin de faire face aux grandes transitions économiques, sociales et environnementales.

Quel rôle souhaitez-vous impulser aux métropoles dans le cadre du Plan « France relance » ?

La mobilisation doit être collective et totale pour la réussite du pays et pour sortir, par le haut, de la crise sanitaire, économique et sociale sans précédent qu’elle provoque. De ce point de vue, les territoires urbains – à savoir les métropoles, grandes agglomérations et grandes villes – sont la pierre angulaire de la relance.
D’abord parce que, dans  notre pays, 70% de l’investissement provient des collectivités locales. Si on veut passer à la concrétisation du plan de relance, nous sommes des partenaires indispensables, d’autant que les métropoles et les Régions exercent la compétence, partagée, du développement économique. La loi est pourtant claire, et l’État a parfois tendance à l’oublier.
Dans les métropoles et intercommunalités, les élections sont passées, les équipes installées. Nous sommes en train d’élaborer nos programmations pluriannuelles ; nous sommes donc dans les starting blocks pour contribuer à la relance aux côtés de l’État.

A votre sens, quelles sont les conditions pour réussite cette contribution ?

Notre contribution est essentielle si on veut relever les défis, comme la transition écologique. Mais, il faut que l’État nous donne les moyens d’agir. D’abord en matière financière. Ainsi, à France urbaine, nous avons fait une évaluation précise et rigoureuse qui démontre que la crise sanitaire a fait fondre notre épargne de près d’un tiers ! C’est à prendre en considération.
Ensuite, sur la méthode. Nous avons écouté avec attention la proposition de la ministre Jacqueline Gourault, puis du Premier ministre, sur les contrats de relance et de transition écologique (CRTE). À notre sens, ces contrats doivent dégager des moyens supplémentaires, pas simplement de la ventilation de crédits existants. On a besoin, dès maintenant, de passer dans l’opérationnel à l’échelle locale. Et ces CRTE doivent aussi nous permettre de continuer à expérimenter.
Ce sujet n’est pas institutionnel. C’est un sujet d’efficacité : les métropoles sont en première ligne pour que le plan de relance soit efficace. C’est vrai sur le champ du développement économique, mais aussi sur celui de la cohésion sociale, par exemple. Or, de ce point de vue, j’ai quelques inquiétudes. Seul 0,8% du plan de relance est consacré à la lutte contre la pauvreté. C’est largement insuffisant.
Regardez les files d’attente au Secours populaire ou aux Restos du cœur ! Regardez les commerçants et les indépendants qui basculent au RSA et sollicitent des aides financières pour la première fois de leur vie ! C’est cela la réalité du moment. Sur le champ de la pauvreté, là aussi, les territoires urbains sont au rendez-vous.