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Tourisme

Jean-Baptiste Lemoyne relance les travaux du comité de filière tourisme

07/09/2020

Le séminaire de rentrée du comité de filière tourisme s’est tenu le 4 septembre 2020, pour la première fois en présentiel depuis la fin du confinement.

Jean-Baptiste Lemoyne a exprimé son soulagement que la saison ait pu avoir lieu alors qu’elle était mal engagée avant l’été, et s’est réjoui que les touristes belges, suisses, allemands ou néerlandais soient finalement venus. Il a toutefois déploré qu’un certain nombre de filières, de territoires ou d’entreprises restent en difficulté, et notamment l’événementiel, ou Paris et les grandes métropoles, ainsi que certaines entreprises. Tout n’est pas complètement négatif, puisque les acteurs restent déterminés et que l’Etat continuera son action de soutien tant que la situation sera compliquée : le chômage partiel est maintenu pour le secteur jusqu’à décembre. Une évaluation sera alors faite, et une prolongation supplémentaire est envisageable.
 
Un prochain comité interministériel tourisme (CIT) est prévu début octobre afin de faire avancer le contrat de relance et de transformation du secteur. Le comité de filière tourisme (CFT) est maintenu comme lieu central des décisions prises par le gouvernement. Le Ministre s’est dit préoccupé que des restrictions à la circulation des personnes reviennent partout en Europe. Le gouvernement souhaite la mise en œuvre d’un mécanisme européen coordonné pour avoir le même référentiel de déclenchement de ces restrictions, plutôt que des initiatives individuelles par pays.
 
Un bilan de la saison estivale en demi-teinte
 
Pour la représentante d’Atout France, le bilan est provisoire et prudent. La saison a été courte, très axée sur la France. Les résultats sont en deçà des résultats habituels. La solidité domestique a bien tenu, mieux qu’en Italie ou en Espagne, même si la situation est difficile dans les grandes villes et en Outre-Mer. Les refermetures de frontières depuis le 15 août provoquent de nombreuses inquiétudes.
 
53% des Français sont partis en congés en juillet août, contre 71% en 2019. 94% des partants ont séjourné en France, et la campagne #CetEtéJeVisiteLaFrance a donc porté ses fruits. Les séjours sur le littoral arrivent en tête suivis de ceux effectués à la campagne. Les réservations ont été d’ultra dernière minute, pour des séjours plus courts, avec des Français différents des années précédentes, puisque ce sont ceux qui partent habituellement à l’étranger qu’on a vus grossir les rangs. La clientèle étrangère n’est pas venue à l’exception de certains marchés de proximité (belges, néerlandais, suisses). La campagne et la montagne ont été très attractives, contrairement aux villes, avec une situation contrastée sur le littoral. Le taux d’ouverture des hôtels a été de 80% au niveau national, mais seulement 20% dans les hôtels haut de gamme à Paris.

Pour Roland Heguy, représentant de la filière HCR (hôtels café restaurant), les onze semaines de fermeture et un printemps poussif lié aux annulations des congrès et salons ont provoqué des difficultés considérables. La situation à Paris est sinistrée et 2 hôtels sur 3 étaient fermés au mois d’août. Les hôtels qui ont pris la décision d’ouvrir n’ont pas réussi à atteindre 50% de taux d’occupation (plutôt à hauteur de 20%), un taux qui devrait se maintenir en septembre. En province, les grandes villes ont beaucoup souffert, Lourdes au premier chef. Cet été, "small was beautiful", à l’exception du littoral. Les déclarations de clusters ont provoqué des annulations immédiates. Le luxe, qui attire essentiellement une clientèle étrangère ou business, n’a pu y avoir accès. Les professionnels estiment qu’ils ne reviendront pas au niveau de 2019 avant au mieux 2022.
 
Un groupe de travail transversal aux 4 commissions devait mener à la création d’un observatoire du tourisme. Atout France sera pilote de cet observatoire.
 
Les commissions du CFT commencent à rendre leurs travaux
 
Les quatre commissions du CFT (emploi/formation, numérique, compétitivité et tourisme durable) se sont rassemblées en parallèle de la plénière. Inégales, leurs avancées ont été présentées et devraient venir conforter un contrat de filière prévu pour la fin de l’année.
 

  • Emploi et formation

La crise sanitaire a mis un grand nombre de personnes au chômage partiel et l’opportunité est peut-être là d’utiliser le temps qui reste avant reprise de l’activité pour former tous ces gens et éviter une vague anticipée de près de 200 000 licenciements. Le handicap est aussi à appuyer pour pousser à l’insertion des personnes concernées. L’apprentissage : certains secteurs sont pour l’apprentissage classique en CFA, d’autres en bac +3 en stage. 4 sous-commissions vont être créées sur la formation, le handicap, les saisonniers et l’apprentissage.
 

  • Compétitivité, simplification

Des attentes réelles ont été révélées durant la crise. Pouvoir écrire des ordonnances en cinq jours comme celle du 25 mars montre bien que le droit est une base et un frein. Première volonté : identifier les freins dans la réglementation, notamment lié au déclaratif, la lisibilité des règles, l’articulation entre les différentes règles. La fiscalité pose un problème essentiel : certains mécanismes sont contreproductifs.
 
La commission souhaite améliorer la régulation et les relations entre les opérateurs, en commençant avec l’immatriculation Atout France. On pourrait créer une chambre tripartite Etat (DGCRF), Atout France et professionnels pour contrôler l’exercice des activités et adapter la règlementation aux mutations du secteur (verdissement, durabilité, RSE, etc.) afin que les acteurs sachent mieux répondre aux appels d’offre.
 

  • Tourisme durable

Lutter contre le réchauffement, préserver les richesses naturelles, mieux accueillir, financer la transition, optimiser le pilotage sont cinq axes choisis par la commission, mais rendre les actions identifiées le plus opérationnelles possible sera compliqué. Un plan marketing simple, pédagogique, est prévu.
La commission a proposé que soient présentés au Premier ministre pendant le CIT du mois d’octobre les grands enjeux du tourisme durable : le bilan gaz à effet de serre que l’ADEME finira en janvier, l’engagement pour la croissance verte d’UNIMEV et un dispositif d’accompagnement énergétique.
 
Le contrat de filière pourrait comprendre 5 objectifs prioritaires :

  1. Adaptation des activités
  2. Protection de la diversité
  3. Eco-mobilité et développement durable des territoires
  4. Indicateurs
  5. Promotion de l’offre durable et sensibilisation

 

  • Numérique

La commission vise à favoriser la transition numérique et à fluidifier le parcours client dans la commercialisation de la destination France. Dix propositions ont été remises, dont certaines ont d’ores et déjà été adoptées. Un certain nombre de propositions sont à confirmer en CIT : la plateforme numérique du tourisme, datahub, confié à la banque des territoires. Il y manque un cadrage, une méthode et un modèle économique pour que les données touristiques soient disponibles en temps réel. Concernant l’appel à candidature pour des solutions innovantes, notamment le développement durable, dix lauréats ont été identifiés qui seront révélés pendant le CIT. Pour l’événementiel, il faut valoriser la veille sur les nouvelles pratiques, les solutions digitales complémentaires aux réunions physiques. Enfin, pour booster l’innovation et les start-ups, il faut des scale-up des entreprises par un sursaut qualitatif sous forme de parcours de l’accompagnement des start-ups en France : formation, coaching, levées de fond, etc. Un accompagnement à l’international est aussi indispensable.