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Grégoire de Lasteyrie : « Développons une vraie culture territoriale de la gestion de crise »

27/10/2021

Grégoire de Lasteyrie, président de la Communauté d'agglomération Paris-Saclay, a accordé un entretien à France urbaine HEBDO.

FRANCE URBAINE : Selon vous, qu’a révélé la crise sanitaire de Covid-19 dans la relation entre l’Etat et les collectivités locales ?
 
Grégoire DE LASTEYRIE : Il est évidemment encore un peu tôt pour tirer tous les enseignements qui s’imposent sur ce que nous venons de vivre. Ce qui est certain, c’est que cette pandémie a montré une nouvelle fois la nécessité de faire pleinement confiance aux collectivités locales ! N’oublions pas que nous avons dû à plusieurs reprises nous substituer à l’Etat ou compléter son action (distribution de masques au printemps 2020, accélération de la campagne de vaccination début 2021…).
Dans bien des cas, l’Etat est apparu comme empêtré dans ses propres complexités, quand les collectivités locales faisaient montre d’une réactivité indéniable. C’est là sans doute le premier enseignement que je tire de cette pandémie : l’Etat doit beaucoup plus s’appuyer sur nous sur le plan opérationnel !
Le deuxième enseignement qui se dégage découle du premier : nous devons être beaucoup plus associés en amont dans la prise de décision. Dit autrement, il nous faut aller vers plus de subsidiarité et d’interaction : c’est peut-être cela l’essence de la « république girondine » dont on nous parle depuis tant d’années.
 

« L’Etat doit beaucoup plus s’appuyer sur nous sur le plan opérationnel ! » Grégoire de Lasteyrie

Quel rôle les territoires urbains peuvent-ils jouer dans la relance et le « monde d’après » ?
 
La première priorité est de soutenir les entreprises et les professionnels, tout en accompagnant ceux de nos concitoyens qui ont été le plus touchés par la crise et l’arrêt d’activité de très nombreux secteurs. Au-delà des leviers traditionnels (commande publique, politique d’attractivité économique…), il nous faut surtout agir de manière structurante, en facilitant les transformations et les mutations qui ont été accélérées par la pandémie.
A titre d’exemple, nous avons décidé au niveau de la Communauté Paris-Saclay de signer une convention avec la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de l’Essonne pour aider à la digitalisation d’un certain nombre d’entreprises et d’activités, qui ont besoin de prendre pleinement ce nouveau virage.
A plus long terme, la question qui se pose est de savoir comment mieux anticiper et gérer les crises éventuelles qui peuvent être amenées à se reproduire. Il est de ce point de vue essentiel de développer une vraie culture « territoriale » de la gestion de crise, afin de disposer de repères, de doctrines d’emploi et de moyens pré-affectés.
 

« Il nous faut surtout agir de manière structurante, en facilitant les transformations et les mutations » Grégoire de Lasteyrie

Vous avez été élu président de la Communauté d’agglomération Paris Saclay à l'été 2020. Quelles sont les priorités de votre mandat ?
 
L’agglomération Paris-Saclay est un territoire qui dispose d’atouts importants, à commencer par son pôle scientifique qui regroupe 15 à 20% de la recherche publique et privée française. Ces atouts, il nous faut évidemment les renforcer, notamment face aux défis structurants du « monde d’après ». C’est pourquoi, nous nous sommes fixés quatre objectifs pour les six prochaines années. Le premier concerne le renforcement de notre potentiel économique. Le second porte sur les mobilités, à la fois au niveau de la desserte extérieure - je pense notamment à la ligne 18 du Grand Paris Express qui doit arriver en 2026 - et au développement des mobilités douces. Le troisième est lié à la transition écologique, qui fait partie de notre ADN : nous avons été en effet l’une des premières agglomérations à adopter notre Plan climat-air-énergie territorial (PCAET) en 2019.
En plus de ces trois dimensions, j’ai souhaité que nous réfléchissions à la manière dont nous pouvons mieux accompagner nos jeunes. Sur l’agglomération, 40% de la population a moins de 29 ans. Nous savons que la pandémie a été très dure financièrement et psychologiquement pour beaucoup d’entre eux. Et il est de notre responsabilité d’être plus présents à leur côté pour mieux répondre aux problématiques qui sont les leurs notamment en matière d’insertion économique et citoyenne.
 

« L’agglomération Paris-Saclay est un territoire qui dispose d’atouts importants. Il faut évidemment les renforcer, notamment face aux défis structurants du monde d’après » Grégoire de Lasteyrie

Crédit photo :J. Barande.