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3 questions à...
Numérique et innovation
Europe et international

Gilles Babinet : "Je n'ai jamais cru aux smart cities uniquement portées par une vision technologique"

24/08/2020

Gilles Babinet, digital champion de la France auprès de la Commission européenne et vice-président du Conseil national du numérique, a accordé un entretien à France urbaine HEBDO.

Selon vous, qu’a révélé la crise sanitaire de Covid-19 dans le rapport des Français avec les outils numériques et leurs usages ?
 
Avant tout, la crise sanitaire est une très grande opportunité pour accroître la maîtrise d'usage comme la visioconférence, les messageries instantanées… Chacun peut constater qu'autour de soi, plus nombreux sont ceux qui sont à même d’atteindre une forme d'autonomie numérique et ce n'est pas rien. En décalque, ceux qui ne maîtrisent pas encore ces outils s'en sont trouvés encore plus handicapés et exclus. D'où la nécessité de faire un plan national de formation pour ceux qui restent éloignés du numérique. 
 
France urbaine a publié en novembre 2019 une étude portant une vision d'une Smart City « à la française », tournée vers le mieux-être, l’innovation sociale et qui place les maires au cœur de la stratégie. Comment voyez-vous l’avenir des villes intelligentes ?
 
Je n'ai jamais cru aux smart cities uniquement portées par une vision technologique. Cela n'a aucun sens et qu'il s'agisse de Sao Paulo ou même de Barcelone, je constate qu'on ne parle presque plus des initiatives pourtant annoncées avec fracas il y a quelques années. À mon sens, comme pour de nombreux autres sujets, il convient de partir des usages et notamment de ce qui n'est pas satisfaisant. Le numérique est un outil puissant, mais il n'est que le vecteur d'une idée. 
Pour certaines villes, cela peut concentrer les énergies sur les transports et la multimodalité ; pour d'autres, sur l'inclusion et la mobilité sociale ou la numérisation des entreprises. 
Par ailleurs, les enjeux de smart cities recouvrent des sujets de gouvernance souvent négligés : comment gérer l'historique informatique (« computer legacy ») ? Comment libérer les données et les gouverner ? Comment inclure et engager les citoyens dans cette logique ? J'observe que nombre de municipalités, particulièrement en France, butent sur ce dernier point. 
 
France urbaine travaille depuis plusieurs années sur l’inclusion numérique et la lutte contre l’illectronisme. Quel rôle les territoires urbains, notamment les grandes villes, peuvent-ils jouer dans les enjeux à venir du numérique ?
 
Le rôle des grandes villes est fondamental sur les enjeux du numérique à venir. J'observe que l'Etat a beaucoup de difficultés à dépasser son rôle de bailleur et à aller sur le terrain. Les communes et agglomérations disposent de la compétence pour créer des points de formation et plus largement, des dispositifs qui sont adaptés aux territoires dont elles sont les centres économiques et de rayonnement. Pour que ces dispositifs fonctionnent, il faut néanmoins une vraie implication des élus et même, une compréhension de l'ensemble des enjeux liés au numérique. Car la formation doit aussi s'imbriquer dans un plan plus large et dans une stratégie territoriale, aussi portée par le numérique. 


Crédit photo : DR/ La Tribune