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3 questions à...

François Rebsamen : "La décentralisation a fait ses preuves"

17/11/2020

François Rebsamen, Maire de Dijon et président de Dijon Métropole, a accordé un entretien à France urbaine HEBDO.

Selon vous, qu’à révélé la crise sanitaire de Covid-19 dans la relation entre l’Etat et les collectivités locales ?
 
Tout le monde est d’accord pour affirmer le caractère totalement inédit de cette crise sanitaire. Cette pandémie nous a fait prendre conscience de la fébrilité et de l’extrême vulnérabilité du pouvoir central. L’exercice du pouvoir d’un Etat ultra-jacobin a montré ces limites avec cette crise. L’Etat a été bien trop souvent confus. Port du masque ou non, liberté de circuler ou non, manque de test, manque de logistique… Bien sûr, à postériori, il est facile de porter la critique. Mais l’expérience nous a montré une fois de plus la capacité de nos collectivités à répondre aux attentes des habitants par leur réactivité, leur efficacité, leur professionnalisme, autant d’atouts pour notre pays souvent oublié par l’Etat. Nos concitoyens ont confirmé leur attachement aux collectivités et au service public. La lenteur, la lourdeur administrative, le manque de moyens des Préfets, nous ont obligés à innover et assumer des compétences qui n’étaient pas les nôtres. Mais l’urgence était si prégnante que les administrés se sont tournés vers leurs maires, les départements, les régions, et une nouvelle fois, la décentralisation a fait ses preuves.
 

"Nos concitoyens ont confirmé leur attachement aux collectivités et au service public." François Rebsamen

Quel rôle les territoires urbains peuvent-ils jouer dans la relance et le « monde d’après » ?
 
A la crise sanitaire se succède déjà la crise économique et sociale. Dans nos villes, nos agglomérations, le ralentissement de l’activité se traduit par une augmentation des demandeurs d’emploi et par conséquent, des besoins sociaux. Nos territoires urbains ont pu démontrer les locomotives de croissance qu’ils pouvaient être dans nos régions. Avec cette crise, ces mêmes territoires urbains auront un rôle protecteur à assumer en plus de celui de la relance économique. Là encore, la décentralisation prendra toute sa place. Par la diversité qu’incarnent nos territoires, nous relèverons le défi de la lutte contre la pauvreté et le retour à l’emploi. La question qui se pose désormais c’est quelle croissance voulons nous ? Je crois que nous pouvons voir cette crise comme un accélérateur. L’urgence écologique déjà présente avant cet épisode de Covid doit s’imposer dans nos prises de décision. A Dijon, le choix d’augmenter le budget des rénovations thermiques des bâtiments est devenu une évidence car il permet de lutter contre le réchauffement climatique, créer de l’activité sur le territoire et diminuer la facture énergétique des habitants. Ce progrès social, économique et environnement, nos territoires urbains peuvent le porter.


"Par la diversité qu’incarnent nos territoires, nous relèverons le défi de la lutte contre la pauvreté et le retour à l’emploi."
François Rebsamen

Vous avez été réélu Maire de Dijon et président de Dijon Métropole. Quelles sont les priorités de votre mandat ?
 
Le projet municipal choisi par les Dijonnais et que je portais, comportait 150 propositions, 7 défis et avait pour slogan : Dijon, ville solidaire, écologique et attractive. Le grand pari de cette décennie nouvelle sera de savoir concilier les enjeux sociaux, environnementaux, économiques, pour une croissance sûre, partagée et juste ; pour continuer à faire de nos villes des lieux à haute qualité de vie où l’on puisse se loger, se déplacer, se former et trouver un emploi. Un premier projet qui me tient à cœur et que nous développons, c’est la création d’une filière industrielle de production d’hydrogène. Dijon Métropole s’est fixée comme objectif de convertir l’ensemble de la flotte de bus de son réseau de transport en commun, ainsi que ses Bennes à Ordures Ménagères à l’hydrogène ! Pour atteindre cet objectif, Dijon Métropole a lancé la construction d’une ferme photovoltaïque de 12 hectares et va doter son usine d’incinération des déchets ménagers d’un nouveau turbo-alternateur. Cette production d’électricité verte permettra de produire, via un électrolyseur, de l’hydrogène vert. C’est 1 750 tonnes de CO2 économisées par an dès 2022. Créer de l’emploi, de l’activité, tout en luttant contre le réchauffement climatique, voilà une priorité pour notre collectivité.
 

"Le grand pari de cette décennie nouvelle sera de savoir concilier les enjeux sociaux, environnementaux,
économiques, pour une croissance sûre, partagée et juste." François Rebsamen