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François Grosdidier : « Imaginer la relance sans les collectivités n’aurait aucun sens logique ni politique »

24/11/2020

François Grosdidier, Maire de Metz et président de Metz Métropole, a accordé un entretien à France urbaine HEBDO.

La pandémie de Covid-19 touche notre pays, comme l’ensemble des pays du monde. A crise inédite, organisation inédite mais c’est aussi un saut dans l’inconnu, qui bouscule notre manière de vivre et notre façon de faire de la politique. Selon vous, qu’a révélé la crise sanitaire de Covid-19 dans les relations entre l’Etat et les collectivités ?

L’Etat et les collectivités locales sont dans une relation paradoxale : il y a, d’un côté, la nécessité de  faire corps, pour répondre efficacement et collectivement à l’épidémie et en même temps, sur un certain nombre de sujets, les divergences et les incompréhensions se multiplient, à l’image de la dernière mesure concernant l’iniquité de traitement entre les commerces de proximité et les grandes surfaces sur leur ouverture ou non en période de reconfinement.
Nous, élus locaux, comprenons le Gouvernement, qui doit gérer et prendre des décisions difficiles face à une situation sanitaire inédite, évolutive et difficilement prévisible. On peut faire tout un tas de reproches. Nous nous rendons bien compte que la technocratie, au sein de l’Etat et des Agences régionales de santé par exemple, a le dernier mot. Sur un certain nombre de décisions prises depuis le mois de mars, il n’y a pas de prise en compte de la réalité du terrain, de la manière dont cela se passe et est ressenti sur les territoires. Prenons l’exemple de l’hommage rendu à Samuel Paty, organisé à juste titre à la rentrée des vacances de la Toussaint dans toutes les écoles de France. Celui-ci devant être préparé, la rentrée scolaire devait être décalée de 8h00 à 10h00 du matin le jour de la reprise de l'école après les vacances. Les parents prévenus en dernières minutes devaient donc s'organiser en vitesse. Finalement la rentrée s'est faite à 8h00, heureusement !
Ce type de décision, aussi bienveillante soit elle, n’a pas de sens. Cela peut expliquer le sentiment d’incompréhension et parfois de colère de la part des Français. Ils veulent respecter les consignes mais ne savent plus où donner de la tête, tant les annonces sont nombreuses et régulièrement contradictoires.
Personne ne sait combien de temps cette situation va durer mais une chose est sûre : les élus locaux sont des partenaires de l’Etat, pas des obstacles. Mon message est simple : travaillons ensemble, main dans la main, décentralisons la décision, faites-nous confiance. Mais la confiance ne nous est pas accordée : nos marges de manœuvre sont très étroites depuis les élections municipales et métropolitaines, notamment sur le plan financier. Nous avions déjà des moyens limités dans les collectivités. Aujourd’hui, le mot est faible. Sans compensation financière de nos dépenses exceptionnelles dues à la crise, sans recettes et sans leviers fiscaux supprimés au fur et à mesure des projets de loi de finances, les métropoles, grandes agglomérations et grandes villes seront incapables de participer à la relance. Le régime de la France est une technocratie, l’Etat est de plus en plus centralisé, le pouvoir d’amendement au Parlement est quasi nul. La démocratie parlementaire qu’est la France s’efface progressivement, les collectivités deviennent les exécutants de l’Etat. Ça n’est pas acceptable.
 

"Les élus locaux sont des partenaires de l’Etat, pas des obstacles." François Grosdidier 

 
Le gouvernement a présenté son plan de relance de 100 milliards d’euros, qui sera revu sans doute à la hausse du fait de la seconde vague épidémique. Si nous nous projetons un peu, quel rôle les territoires urbains peuvent-ils jouer dans la relance et le « monde d’après » ?
 
Ce Plan de relance est à saluer bien évidemment. Mais il faut tout de même rappeler que sur les 100 milliards d’euros du Plan de relance, 40 milliards proviennent de l’Europe. Ça n’est pas rien ! A ce jour, le Plan de relance est difficilement applicable, en raison de la nouvelle vague de l’épidémie, qui oblige le Gouvernement à avancer à court terme et à privilégier le « stop and go » dans les décisions. Mais je le redis : si nous n’avons pas de réponses sur nos propres moyens financiers au sein de nos collectivités, nous ne pourrons pas participer à la relance. Vous imaginez la relance sans les collectivités, qui représentent près de 70% de l’investissement public ? Ça n’aurait aucun sens logique ni politique. Le dernier projet de finances (PLFR4) ne nous est pas favorable, la baisse des recettes tarifaires et la non-compensation du versement mobilité sont abyssales pour nos budgets, notre capacité d’autofinancement est quasiment anéantie pour les années à venir. Les mesures prises en 2020 auront des effets financiers considérablement néfastes pour nos budgets pour les années 2021 et 2022. Et nous n’avons pas de réponse sur ces inquiétudes légitimes à ce jour. Nous avons besoin de sérénité financière, d’avoir de la visibilité. Je suis incapable à ce jour de constituer mes budgets pour les deux prochaines années. Les collectivités ne se gèrent pas à la petite semaine. Le tableau n’est de ce fait pas réjouissant.


"Si nous n’avons pas de réponses sur nos propres moyens financiers au sein de nos collectivités, nous ne pourrons pas participer à la relance". François Grosdidier

Vous avez été élu Maire de Metz et président de Metz Métropole en juin et juillet dernier. Quelles sont les priorités de votre mandat ?

J’ai deux priorités pour mon mandat de Maire-président. La première concerne la nécessité d’imposer Metz dans le concert des métropoles françaises et faire peser le territoire dans les enjeux qui concernent la grande région transfrontalière, composée de la région Grand-Est, de la Sarre, de la Wallonie, du Luxembourg et de la Rhénanie-Palatinat. Metz est une ville européenne, de par son histoire, son ouverture, sa culture et son programme de formation, à l’image du caractère binational des diplômes décernés.
La seconde priorité concerne les sujets du quotidien, tels que la sécurité, la propreté et l’écologie urbaine. Je m’efforce de rapprocher la ville des habitants et la Métropole des communes membres. Nous avons lancé un vaste programme de réouverture des mairies de quartiers, capables de gérer les véritables services de proximité, au service des habitants. Nous souhaitons rapprocher la décision du citoyen. Nous souhaitons également renforcer la police municipale en réorganisant leur action par îlotage, par quartier, afin d’allier proximité et réactivité. Malheureusement, le décalage du calendrier électoral puis la crise sanitaire retardent quelque peu la mise en œuvre du projet municipal et métropolitain. Au moment où nous voulons lancer les projets, nous sommes vite happés par l’actualité. Mais nous sommes à pied d’œuvre, au service des citoyens et de notre territoire.