Share
Fonction Publique Territoriale

Estelle Mercier : « Fixer un cadre trop contraignant sur le télétravail pourrait être contreproductif »

02/07/2021

Retrouvez l’interview d’Estelle Mercier, Adjointe au Maire de Nancy et cheffe de file « télétravail » de France urbaine, accordée à AEF info.

AEF info : Les employeurs territoriaux participent à la négociation sur le télétravail dans la fonction publique depuis son lancement en février. Quelles sont les attentes des métropoles en la matière ?

Estelle Mercier : Le télétravail est un enjeu majeur pour les employeurs urbains. C’est un levier pour améliorer la qualité de vie au travail et pour moderniser notre management. C’est aussi un moyen d’attirer davantage de candidats sur nos métiers. Les agents sont aussi très demandeurs. S’agissant du futur accord-cadre, nous attendons du gouvernement de la souplesse afin de tenir compte des spécificités locales. Les métiers sont très variés dans la territoriale et les problématiques de transport peuvent varier selon les régions. Fixer un cadre trop contraignant pourrait donc être contreproductif.
Par exemple, il nous semble compliqué que l’employeur aille vérifier systématiquement l’ergonomie des postes au domicile de chaque agent. Dans le secteur privé, jusqu’en 2017, les contraintes pour les employeurs étaient fortes, et cela a été clairement un frein au développement du télétravail dans les entreprises. Les questions de mise en œuvre doivent être réglées par le dialogue social local, au cas par cas.

AEF info : La DGAFP a proposé début juin de fixer à 10 euros par mois l’obligation de remboursement des frais de télétravail. Qu’en pensez-vous ?

Estelle Mercier : La prise en charge des frais liés au télétravail doit être une possibilité et non une obligation pour les employeurs territoriaux. Plusieurs d’entre eux proposent déjà des aides pour acquérir du matériel voire pour compenser les frais variables, mais c’est loin d’être une majorité. Si c’était une obligation, le surcoût pourrait dissuader les grands employeurs territoriaux de développer le télétravail. Doter les télétravailleurs d’ordinateurs et adapter les systèmes d’information représente déjà un investissement conséquent.
À l’échelle d’un agent, travailler chez soi un jour par semaine ne coûte pas grand-chose. À partir de trois jours hebdomadaires, cela peut être davantage justifié. Il peut y avoir des frais de chauffage par exemple, mais on peut imaginer que ce sujet varie entre le Nord et le Sud de la France. De même, il peut y avoir des économies de transport pour l’agent qui dépendent des territoires. Au-delà de ces questions, en tant qu’employeurs, nous ne voulons pas susciter un sentiment d’iniquité entre les agents qui auraient des fonctions télétravaillables, et qui recevraient à ce titre une prime, et les autres. C’est pour cela que l’accord doit permettre la négociation mais pas la contraindre.

Propos reccueillis par Florianne Finet/ AEG info.