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Culture

Déconfinement culturel : les élus urbains dans l’expectative

06/05/2021

La commission « Culture » de France urbaine s’est réunie le 4 mai dernier. L’occasion de revenir sur les annonces du déconfinement et de soulever plusieurs interrogations.

La commission « Culture » de France urbaine, co-présidée par Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand, président de Clermont Auvergne Métropole, et François de Mazières, maire de Versailles, président de la communauté d’agglomération Versailles Grand Parc, s’est réunie le 4 mai dernier, l’occasion de revenir sur les annonces du déconfinement et de soulever plusieurs interrogations.

Déconfinement de la culture : quelles perspectives ?

Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé le 29 avril dernier les principales étapes du déconfinement, selon un système de phasage qui identifie une graduation des jauges de remplissage propres aux équipements accueillant du public. Ces premières annonces offrent de la visibilité sur les conditions de réouverture des lieux culturels et la reprise progressive de la programmation culturelle.

Cette demande de visibilité, longuement exprimée auprès de l’exécutif, a été renouvelée par la présidente de France urbaine, Johanna Rolland, maire de Nantes, présidente de Nantes Métropole, ainsi que par les co-présidents de la commission « Culture » de France urbaine, auprès de la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot-Narquin il y a quelques jours, à l’occasion d’une entrevue.

Outre cette impérieuse visibilité du calendrier et des conditions de reprise, ils avaient échangé avec la ministre sur l’accompagnement des acteurs culturels, le travail de transition de l’occupation des théâtres à la réouverture des lieux de culture, et la logique de territorialisation, qui méritait d’être prise en compte dans la réouverture des équipements culturels.
Ouvrant la discussion sur ces sujets, les participants de la commission « Culture » ont exprimé, malgré les précédentes annonces, des besoins de précisions sur les conditions de reprise de la culture. Parmi les sujets, celui de l’organisation de la fête de la musique et de l’occupation de l’espace public, lequel mériterait d’être approfondi pour permettre aux collectivités et organisateurs d’événements de disposer de précisions et de visibilité désormais urgentes.

Pour l’heure, des initiatives sont prises et des événements programmés, mais certains adjoints et vice-présidents à la Culture ont exprimé l’empêchement voire le « corsetage » de certains préfets, réduisant les possibilités en matière d’événements. Des précisions sont attendues en la matière, tout comme la mise en œuvre du Pass sanitaire et sa corrélation à l’accès aux événements culturels. La commission a par ailleurs abordé la question de la gratuité des musées dans la période de reprise culturelle, plusieurs collectivités s’étant engagées dans cette démarche.

Une territorialisation de la culture… à court et long termes ?

Lors de l’échange entre France urbaine et la ministre de la Culture, un travail relatif à la « territorialisation » de la culture a été proposé, à court terme, lié à la séquence de déconfinement de la culture, et à moyen et long terme à travers cette problématique : quelles politiques de territorialisation de la Culture ces prochains moins et prochaines années ?

Une réflexion pertinente, en lien avec la création de la Délégation aux territoires au sein de l’administration centrale et du retoilettage de l’arrêté portant création des Conseils locaux des territoires pour la Culture (CLTC). Dans le cadre Plan de relance, et plus largement du financement et de la conduite des politiques culturelles, cette territorialisation rythmera les travaux de la commission « Culture » de France urbaine.

Cette quête de « territorialisation », visant à donner aux élus locaux et préfets – par l’intermédiaire des directions régionales des affaires culturelles (DRAC) - une latitude en matière de conditions d’occupation des lieux culturels et d’organisation des événements culturels, selon les conditions sanitaires locales, semble néanmoins davantage s’inscrire dans une logique de « contrainte », visant à retarder le passage à une autre « phase » et différer l’élargissement des jauges. Une latitude locale qui s’annonce faible, l’exécutif invoquant des craintes en matière de rupture d’égalité.

Le Centre national de la musique et l’Union Nationale des Syndicats d'Artistes Musiciens de France auditionnés

L’association des territoires aux instances culturelles nationales ne cesse de s’affirmer. Une logique qu’ont exposé Jean-Philippe Thiellay et Romain Laleix, respectivement président et directeur général délégué du Centre national de la musique (CNM). Créée fin 2019, le CNM souhaite greffer et adapter ses actions aux besoins des territoires. Le budget consacré à l’action territoriale a été multiplié par 3 en 2021, soit estimé 3,3 millions d’euros. Pour les grandes villes et métropoles qui souhaitent discuter avec le CNM, des moyens sont mobilisables pour renforcer la filière musicale, par le biais notamment des contrats de filière, visant à réaffirmer l’importance des villes et métropoles dans le développement de la musique.

Si ce « fonds territorial » devrait s’élargir, le président du CNM a par ailleurs présenté le « Fonds festival » annoncé en février dernier par la ministre de la Culture, lequel permettra de compenser les pertes de recettes des festivals pour la saison 2021. Ce fonds s’inscrit bien dans le cadre d’une prise en charge de pertes prévisionnelles d’exploitation pour 2021, il devrait être opérant dès publication des décrets, prévue mi-mai. 
Philippe Gautier, président de l’Union nationale des syndicats d’artistes musiciens de France (SNAM-CGT), est quant à lui principalement intervenu sur les capacités de financement de la reprise culturelle (financement de l’emploi des artistes et techniciens du spectacle) et sur la situation précaire des artistes. Il a témoigné de leur difficulté et a corrélé la reprise de l’activité culturelle par le financement de l’emploi des artistes et techniciens du spectacle. Le soutien à l’emploi artistique est décliné par plusieurs arguments et propositions.

Culture : et maintenant ?

Il est nécessaire de favoriser une reprise optimale de la culture et de soutenir les acteurs culturels. C’est ce que France urbaine a notamment soutenu dans la contribution « Pour une sortie de crise culturelle » transmise à l’exécutif. L’absence de perspectives pour les professionnels de la Culture, et notamment pour l’entrée dans la vie professionnelle des jeunes formés dans les centres de formation artistique, constitue l’un des enjeux nécessitant réflexions et propositions urgentes.
Il est par ailleurs primordial, dans le cadre de la reprise culturelle, de rassurer les publics et d’assurer une montée en puissance de la reprise culturelle, avec la Fête de la musique comme prochaine étape, tandis que France urbaine se mobilisera dans le cadre de la prochaine édition des Etats généraux des festivals (EGF) qui devrait se dérouler en marge du Printemps de Bourges.

L’association pourrait par ailleurs tenir sa prochaine commission « Culture » à Avignon, dans le courant du mois de juillet.