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3 questions à...
Transition écologique
Economie des territoires

Corinne Le Quéré : « Pensons conjointement adaptation et atténuation du changement climatique »

23/02/2021

Corinne Le Quéré, présidente du Haut Conseil pour le climat, a accordé un entretien à France urbaine HEBDO.

FRANCE URBAINE : Les présidents de métropoles, grandes agglomérations et maires de grandes villes mettent en place de nombreux dispositifs pour sensibiliser et accélérer la transition écologique, notamment sur la lutte contre le réchauffement climatique. En tant que présidente du Haut Conseil pour le Climat, quel regard portez-vous sur leur action et leurs initiatives ?
 
Corinne LE QUERE : Les initiatives prises par de nombreux acteurs territoriaux sont essentielles à l’atteinte de la neutralité carbone en France. Les actions doivent se faire à tous les niveaux : des organisations internationales en passant par les communes, les départements, les régions, les Etats, et les regroupements d’Etats comme l’UE. Chaque échelon a son rôle à jouer. Les grandes villes et métropoles sont essentielles à l’action climatique notamment grâce à leur proximité avec les citoyens qui permet une appropriation des enjeux par les acteurs locaux. De plus, elles disposent de compétences dans des secteurs clés de la transition bas carbone, tel que la mobilité (transports collectifs, pistes cyclables), les bâtiments et d’une connaissance des enjeux spécifiques à leur territoire utile à l’identification de solutions adaptées aux besoins des acteurs locaux.
L’élaboration décentralisée de plans climat territoriaux est une source d’innovation, de sensibilisation et d’appropriation (SRADDET et SRCAE en régions et PCAET pour les intercommunalités). Ils constituent un outil essentiel pour mettre en œuvre concrètement la stratégie française de décarbonation (SNBC). Les plans climat-air-énergie sont des leviers forts, des éléments clés d’organisation à la contribution des politiques territoriales aux objectifs climatiques de la France.
 

"Les grandes villes et métropoles sont essentielles à l’action climatique grâce à leur proximité avec les citoyens" Corinne Le Quéré

  
Pour que les politiques publiques soient efficaces, celles-ci doivent mises en œuvre avec et par les élus locaux. Quel rôle peuvent jouer les territoires urbains dans le Plan de relance et le « monde d’après » ?
 
Il faut arriver à mettre en place une stratégie territoriale et nationale commune, qui va dans le même sens et qui répond au même objectif de neutralité carbone. Tous les territoires ne sont pas égaux. L’objectif de neutralité carbone à l’échelle locale peut être insoutenable pour certains territoires, et au contraire, certains territoires devront aller au-delà de la neutralité carbone, parce que leur territoire ont des potentiels importants, par exemple en forêt ou dans les terres pour capter du carbone, ou encore en vent, soleil et biomasse pour produire de l’énergie renouvelable.
Les régions sont, par attribution, les cheffes de file du climat, avec un pouvoir direct sur plusieurs leviers d’action dans différents secteurs de la Stratégie nationale bas-carbone (notamment transports, agriculture, bâtiments). Les régions doivent alors jouer un rôle d’impulsion fort dans les territoires en incitant la mise en place d’actions par les acteurs infrarégionaux, par exemple via de l’accompagnement et des subventions. A défaut d’une répartition des budgets carbone entre les régions, un dialogue associant l’Etat et les régions est donc nécessaire pour spécifier l’effort de chacun.
Les régions ne sont toutefois pas les seules à intervenir. À l’échelle infrarégionale, les EPCI doivent élaborer des Plans climat-air-énergie territoriaux (PCAET). Une fois leurs plans adoptés, ils ont pour rôle de fédérer l’ensemble des acteurs de leur territoire sur ce sujet. Ils ont donc un rôle central à jouer dans la coordination et la concrétisation des actions climatiques. En termes d’investissement, les dépenses des collectivités territoriales portent en grande partie sur des domaines à fort enjeux climat. Il revient aux régions et EPCI d’assurer l’alignement de ces investissements avec la trajectoire SNBC. Le Gouvernement pourrait orienter les choix des investissements territoriaux par de l’incitation, par exemple, en conditionnant les co-financements de l’État à des projets démontrant leur compatibilité avec l’objectif national de neutralité carbone.
 

"Il faut arriver à mettre en place une stratégie territoriale et nationale commune, qui va dans le même sens et qui répond au même objectif de neutralité carbone." Corinne Le Quéré

Pour une véritable transition écologique, France urbaine prône depuis plusieurs années l’adaptation et la résilience des villes. Comment voyez-vous l’avenir des villes sur cette question ?
 
Les questions d’adaptation sont effectivement essentielles et vont être soulevées par le Haut Conseil pour le climat dans son rapport annuel 2021. Ce que l’on sait déjà, c’est la nécessité de penser conjointement adaptation et atténuation. Par exemple, préférer la végétalisation en ville plutôt que la généralisation de la climatisation, construire des pistes cyclables « claires » et non « noires bitume » en anticipation des vagues de chaleur. Tout comme pour l’atténuation, il est nécessaire d’engager un débat démocratique à toutes les échelles, européenne, nationale et locale, sur les stratégies d’adaptation et résilience. Pour finir, réduire les vulnérabilités des populations et des sociétés, implique aussi de réduire les inégalités liées aux revenus, aux conditions de vie aux territoires pour accroître les capacités de faire face de toute la population.
 

"Il est nécessaire de penser conjointement adaptation et atténuation" Corinne Le Quéré