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Stratégies alimentaires territoriales

Comment les grandes villes renforcent l’accès à une alimentation durable pour tous

07/07/2022

La commission "Stratégies alimentaires territoriales" de France urbaine s’est réunie le 1er juillet dernier à Strasbourg.

 Animée par Audrey Pulvar, Adjointe à la maire de Paris et Antoine Neumann, Conseiller municipal de la Ville de Strasbourg délégué à l'alimentation et à l'agriculture nourricière, la commission "Stratégies Alimentaires Territoriales" de France urbaine s’est réunie le 1er juillet dernier à Strasbourg, accueillie par la Ville et l’Eurométropole pendant “les rendez-vous de l’alimentation”strasbourgeois du 26 juin au 3 juillet 2022.

Cette commission a souhaité mettre en avant le thème de la démocratie alimentaire, concept qui vise la réappropriation par le citoyen des systèmes alimentaires conçus comme des biens communs et l’explorer au travers de l’enjeu d’accessibilité d’une part, d’insertion d’autre part. Profitant de sa présence à Strasbourg, elle s’est également attachée à rappeler l’importance de l’échelon européen en vue de porter une dynamique de transition de nos systèmes alimentaires et agricoles. 

Favoriser l’accès à une alimentation durable en quartier politique de la ville

Julie Dautriche, Chargée de prospective et d’innovation à l’Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT) en lien avec les services de l’EPT de Plaine Commune et de la Métropole Aix-Marseille-Provence ont donné à voir les résultats de la fabrique prospective dédiée au renforcement de l’accès à une alimentation durable et de qualité dans les quartiers politique de la ville. Plaine Commune accompagne ainsi l’émergence d’un projet de commerce coopératif et structure son projet de halle gourmande en vue d’y intégrer l’enjeu d’accessibilité. Au-delà des problématiques financières et géographiques, il vise également à éviter des mécanismes d’auto-censure de la part des habitants (« ce n’est pas pour nous ») ou propose un appui aux associations de l’aide alimentaire par la création d’un lieu de stockage commun.  

Cet appui aux solutions de stockage est également intégré dans la démarche de la Métropole Aix-Marseille-Provence qui met également en avant une réflexion sur la création d’un service de déplacement pour lever les freins à la mobilité, ainsi qu’un travail de coordination des acteurs de l’aide alimentaire. Cette fabrique a également permis de faire émerger des pistes d’action d’envergure nationale, en particulier pour appuyer la nouvelle génération de contrat de ville, en lien avec le programme « Cadre de vie, logement, mobilités et tranquillité publique » de la Direction générale déléguée de la Politique de la Ville de l’ANCT.  

Soutenir l’accès à une alimentation durable et de qualité à destination des étudiants en situation de précarité : quels freins culturels, géographiques ou financiers ? 

Le projet de recherche sur la précarité alimentaire chez les étudiants se déroule sur l’année 2022. Il est porté par l’Université Lumière Lyon 2, La Gonette et l’Association Rhône Loire pour le Développement de l’Agriculture Biologique (ARDAB), et soutenu financièrement par la Ville et la Métropole et l’Etat. L’expérimentation décrite par Gautier Chapuis, Conseiller délégué à la Ville de Lyon en charge de l’alimentation locale et sécurité alimentaire porte sur cinq panels de cinquante étudiants.  

Une monnaie locale citoyenne (sous forme numérique), la Gonette, est mobilisée dans ce projet. L’usage de la Gonette vise à échapper au caractère potentiellement stigmatisant d’un outil ciblé, et à s’appuyer sur un réseau de distribution déjà constitué via des processus participatifs et à faciliter la mesure des résultats. De premières observations montrent l’importance de bien travailler l’entrée dans le dispositif, en vue notamment de faciliter l’usage de la monnaie locale. Certains versements ne sont pas utilisés du fait d’un éloignement des commerces acceptant la Gonette. Les étudiants utilisant la Gonette tendent alors à devenir des acteurs dans la constitution des débouchés, sollicitant eux-mêmes la labellisation de certains commerces, marchés ou producteurs qu’ils sont amenés à côtoyer. Enfin, l’accompagnement par l’ARDAB, combiné à l’aide financière, semblent avoir un réel impact sur les choix et pratiques d’achat des étudiants impliqués. 

Porter l’exception agricole et alimentaire dans les marchés publics au niveau européen 

Alors que l’Union européenne a un impact majeur sur nos systèmes agricoles et alimentaires, tant au niveau des cadres normatif et règlementaire qu’elle fixe, qu’au niveau des financements qu'elle peut apporter, les membres de la commission ont échangé sur comment et qui mobiliser pour porter la voix des territoires à l’échelle européenne.  

La Députée européenne Tilly Metz, qui a présenté les travaux en cours au niveau de l’UE et du Parlement européen concernant l’alimentation durable, a salué le travail de France urbaine et de la commission "Stratégies alimentaires territoriales", et a souligné l’importance de saisir les députés européens en vue de porter les propositions de l’association. Alice Jan Dahan, Project officer à Eurocities est intervenue pour présenter les travaux du réseau en particulier le projet  Food Trails financé par le programme européen Horizon 2020, lancé à l’automne 2020 pour quatre ans, auquel participent onze villes européennes, dont la Métropole de Bordeaux et Grenoble-Alpes Métropole, qui ont témoigné de leurs expériences à près de la mi-parcours du projet. Ce projet a ainsi permis par exemple le financement de postes dédiés, l’accompagnement des villes dans la structuration de politiques alimentaires urbaines intégrées pour construire des systèmes alimentaires plus durables et résilients, s'inscrivant dans l’engagement collectif et l’esprit du Pacte de Milan de 2015.      

Cette séquence dédiée à l'Europe a été l’occasion de rappeler les positions de France urbaine sur la transition des pratiques agricoles et alimentaires, dont la contribution de France urbaine au débat “ImPACtons” (2020) ou encore la proposition d’exception agricole et alimentaire dans les marchés publics, qui fait partie des 8 propositions d’évolution du cadre européen de la commande publiqueUne contribution à la consultation publique de la Commission européenne pour un système alimentaire de l’Union européenne plus durable est par ailleurs en cours d’élaboration pour y promouvoir l’ensemble des positions de l’association en ce domaine.   

Des visites de projets alimentaires en lien avec l’économie sociale et solidaire  

Depuis sa création en 2001, les Jardins de la Montagne verte  sont une structure qui allie alimentation saine et durable en ville et insertion des personnes éloignées de l’emploi. Cultivant des fruits, légumes et plantes bio sur six sites épars de l’Eurométropole de Strasbourg, cet acteur de l’Economie sociale et solidaire (ESS) a su pérenniser son activité et la diversifier en déployant des projets de maraîchage, de transformation et de distribution. Avec un rendement hebdomadaire d’environ 2.5 tonnes et environ 130 à 150 travailleurs en insertion par an, ces jardins participent à satisfaire les besoins de consommation bio des habitants strasbourgeois, tout en contribuant à stimuler l’emploi local, solidaire, en faveur de la transition écologique. Il est important de noter qu’une grande majorité du budget de cette initiative provient de fonds européens comme le Fonds Social Européen de la politique de cohésion européenne.  

Cette commission "Stratégies alimentaires territoriales" délocalisée à Strasbourg a également permis de visiter le Bunker comestible, ayant vu le jour en 2021, qui est un des cinq projets de l'association le Licht !. Cette champignonnière bio (produisant des pleurotes et shiitakés) inclusive et éthique, située dans une ancienne poudrière, est cultivée par c’cité, nouvelle dénomination de la Fédération des aveugles d’Alsace Lorraine Grand-Est. Des personnes en situation d’handicap visuel sont ainsi formées et employées, inscrivant le projet dans une dynamique de promotion de l’inclusion et de l’accompagnement social et professionnel de ce public, tout en participant à la transition écologique et alimentaire du territoire. De plus, dans une volonté de renforcer la dimension éco-responsable et locale de la démarche, des réflexions sont en cours sur la création d’un laboratoire qui permettrait au Bunker de fabriquer localement lui-même les bottes sur lesquelles poussent les champignons.