Share
3 questions à...
Tourisme

Caroline Leboucher : « Le tourisme a besoin de jouer collectif pour relancer la destination France »

11/12/2020

Caroline Leboucher, Directrice générale d'Atout France, a accordé un entretien à France urbaine HEBDO.

Le secteur du tourisme français a été particulièrement touché par la crise sanitaire. Le plan de soutien de 18 milliards d’euros lancé en mai dernier est-il suffisant ? Est-ce simplement un soutien de trésorerie dont vous avez besoin ?
 
Le tourisme, qui représente 7,4 % du PIB français, est effectivement l’un des secteurs d’activité les plus impactés par la crise sanitaire et ses répercussions économiques. Selon nos estimations, les recettes touristiques de cette année vont chuter d'au moins 30%, soit -60 milliards d’euros. La reprise de l’activité sera très progressive en 2021, le manque à gagner des entreprises va s’atténuer mais nous estimons tout de même une perte de chiffre d'affaires de l’ordre de -35 à -40 milliards d'euros…

Le plan de soutien Tourisme de 18 milliards d’euros annoncé par le Premier ministre en mai est intervenu à un moment clé, venant soutenir de façon efficace un secteur très brutalement impacté, grâce à des mesures innovantes telles que le fonds de solidarité, le "prêt garanti par l'État Saison" (PGES) ou encore les prêts tourisme (portés par Bpifrance) par exemple. L’activité partielle prise en charge à 100% a également joué un rôle crucial pour le maintien des emplois et des compétences. Une attention particulière a également été portée à certaines filières ou certains territoires particulièrement impactés. Ce plan de soutien, par la rapidité avec lequel il a été mis en place, son montant et ses modalités, a été salué par les professionnels du tourisme des marchés voisins.

Le plan France Relance annoncé par le Gouvernement en septembre et doté de 100 milliards d’euros va également bénéficier aux entreprises du secteur. Enfin, plusieurs mesures du Plan Tourisme de mai ont depuis été ajustées, amplifiées ou prolongées, notamment à l’occasion du Comité Interministériel du Tourisme du 12 octobre dernier ou depuis lors. Ces mesures au niveau national ont été complétées par des dispositifs de soutien régionaux par ailleurs. Ces différents dispositifs ont naturellement permis d’éviter le pire. Cependant, l’incertitude demeure pour certains espaces ou secteurs particulièrement éprouvés. Parmi ceux-ci, Paris et plus largement les destinations urbaines, ont subi de plein fouet l’envie des clientèles de loisirs, éprouvées par de longues périodes de confinement et de restrictions de déplacements, de se tourner vers des destinations moins denses, vers de grands espaces naturels. La mise à l’arrêt de la filière évènementiel, du tourisme d’affaires, a affecté également ces destinations urbaines et notamment Paris, et tout particulièrement leur activité hôtelière. Je pense également à Lourdes, privée de pèlerinages, qui a vu sa fréquentation chuter drastiquement. Ou, en cette fin d’année, aux stations de ski, privées de remontées mécaniques. En outre-mer, les professionnels retiennent toujours leur souffle espérant à nouveau accueillir leur clientèle cet hiver, pour la haute-saison, eux qui n’ont pas profité de l’embellie constatée cet été en métropole…


"Ces différents dispositifs ont naturellement permis d’éviter le pire. Cependant, l’incertitude demeure pour certains espaces ou secteurs particulièrement éprouvés." Caroline Leboucher 

Si ces mesures de soutien financier ont été vitales pour sauvegarder les acteurs du tourisme, le secteur a tout autant besoin de prédictibilité. D’un ensemble de règles qui limitent les incertitudes et permettent une reprise des mobilités et activités. De règles harmonisées et coordonnées au niveau international et européen, en matière de protocoles sanitaires liés aux déplacements aériens, en matière de restrictions et conseils aux voyageurs et mesures applicables dans l’espace public et dans les activités touristiques. Des tests plutôt que des quarantaines ou restrictions de déplacements, des seuils sur critères connus et prévisibles déclenchant des stades plus ou moins stricts de mesures sanitaires de distanciation, en local, régional ou national. Le système mis en place en Corée du Sud est à cet égard très intéressant. Même s’il faut rester extrêmement prudents, les récentes avancées scientifiques nous permettent d’être plus optimistes pour 2021, au moins à compter de l’été.
Enfin, outre les soutiens financiers et la prédictibilité, le tourisme a besoin de jouer collectif. Les professionnels français vont devoir se mettre en ordre de bataille, se coordonner, pour relancer la destination France. Le reprise de l’activité sera lente et la concurrence aigüe, il nous faut absolument unir nos forces, être solidaires pour regagner des parts de marchés, auprès des clientèles européennes pour commencer. Scenarii de reprise partagés, stratégies de reprise coordonnées et actions de communication synchronisées.
 
Les métropoles et grandes villes sont des partenaires au quotidien des acteurs du tourisme. Quel rôle les territoires urbains peuvent-ils jouer dans la relance de ce secteur ?
 
Les métropoles et grandes villes constituent des pôles d’attractivité majeurs pour le tourisme en France, réunissant patrimoine, musées, restaurants et hôtels et autres sites touristiques. Grâce à leurs infrastructures de transport, elles constituent également la porte d’entrée d’un territoire plus large, de destinations qui ne pourraient pas se développer sans elles.
 
Au-delà de leur rôle d’animation et de promotion de l’offre touristique, les offices de tourisme de ces métropoles et grandes villes peuvent efficacement fédérer les acteurs touristiques dans une dynamique commune de soutien de l’activité puis de relance. Ils peuvent par exemple mettre en place des politiques d’encouragement à la consommation touristique. De nombreuses villes ont en effet mis en place cet été des « chèques-commerces » ou chèques-vacances afin d’inciter les vacanciers à séjourner dans leur ville.
 
Et enfin, ne l’oublions pas, les métropoles et grandes villes sont des acteurs majeurs du tourisme d’affaires, composante importante de l’activité touristique de ces destinations, désaisonnalisée, et qui apporte une part majoritaire d’activité pour nombre d’hôtels. C’est la raison pour laquelle nous préparons, en partenariat avec plusieurs régions, grandes villes et partenaires privés des actions de promotion du tourisme urbain sur le marché domestique, que nous espérons pouvoir lancer rapidement en fonction de la situation sanitaire.
Nous lancerons aussi sur le marché domestique début 2021 une campagne pour soutenir la reprise de l’activité évènementielle d’affaires, en lien avec France Congrès Evénements notamment.

"Les métropoles et grandes villes constituent des pôles d’attractivité majeurs pour le tourisme en France" Caroline Leboucher

Vous êtes Directrice générale d’Atout France depuis juin 2019. Quels sont vos principaux objectifs dans les années à venir ?
 
Reconquérir nos clientèles internationales fidèles (loisirs et affaires), attirer davantage les jeunes européens, et pour ce faire, accompagner et accélérer le rebond, avec un plan de relance, un plan de promotion et de communication ambitieux. Positionner la France comme une véritable destination de référence en matière de tourisme durable, à la pointe de l’innovation, à l’écoute des aspirations nouvelles des voyageurs, loisirs comme affaires, en quête de sens, de respect de l’environnement, d’innovation, et de qualité d’expérience. Pour ce faire, accompagner la transformation durable et digitale de l’offre touristique française, pour ressortir plus compétitifs et attractifs de la crise, à l’écoute et en phase avec les nouvelles attentes des clientèles. La France a tous les atouts pour relever ces défis. La Coupe du Monde Rugby 2023, les Mondiaux de ski alpin (Méribel/Courchevel) en 2023 ou les JO 2024 seront de belles occasions de le prouver.


"Un objectif : Positionner la France comme une véritable destination de référence en matière de tourisme durable" Caroline Leboucher

crédit : © Gilles Cramps