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Transition écologique

Brice Lalonde : "Les villes devront illustrer la nouvelle civilisation urbaine et l’évolution de l’art de vivre à la française"

08/07/2020

L'ancien ministre de l'Environnement revient pour France urbaine HEBDO sur le rôle majeur des villes dans la relance et la transition écologique.

Selon vous, qu’a révélé la crise sanitaire de Covid-19 dans les relations entre l’Etat et les collectivités ? 

L’épidémie de la Covid-19 démontre l’importance d’une bonne complémentarité des niveaux d’administration des peuples. Toutes les échelles sont pertinentes, depuis l’organisation mondiale de la santé et la coopération internationale jusqu’à la commune. L’Etat français a été imprévoyant de détruire ses stocks de masques, imprudent de sous-estimer la contagion et de négliger les tests, malhabile dans sa communication et ses procédures, mais il a fini par jouer son rôle en ordonnant le confinement, en garantissant des emprunts massifs et en aidant les régions les plus touchées. De leur côté, les collectivités territoriales ont été plus réactives en achetant des masques à l’étranger, en organisant les marchés locaux, en soutenant leurs entreprises, en contribuant aux moyens de transports sécurisés, en aidant les personnels de santé, en diffusant des séances en ligne de leurs activités culturelles, en ajoutant parfois le couvre-feu au confinement et en prenant des initiatives sanitaires, comme à Marseille, où une grande partie de la population a pu être dépistée. Manifestement, il aurait fallu une meilleure coopération entre l’Etat et les collectivités, régions et grandes villes.
 
Quel rôle les territoires urbains peuvent-ils jouer dans la relance et le « monde d’après » ? 

La commande publique, dont plus de la moitié dépend des collectivités territoriales, jouera un grand rôle dans la relance. Les villes auront à tirer les enseignements de la crise tout en continuant à lutter contre le changement climatique. La vague des nouveaux élus verts est déjà le signe d’une mobilisation en ce sens.L’urbanisme et les transports, l’eau et l’énergie, la transformation numérique seront des domaines d’action importants, mais il faudra compter aussi avec la participation des citoyens et des entreprises, ainsi qu’avec les relations que la ville saura tisser avec le monde rural environnant, nature et paysans. N’oublions pas la colère des gilets jaunes qui occupaient les ronds-points à la périphérie des villes. Peut-être déterminant sera l’effort de formation auquel les villes devront souscrire pour aider ceux qui auront perdu un emploi à en retrouver un dans les métiers de demain. Les villes devront illustrer la nouvelle civilisation urbaine et l’évolution de l’art de vivre à la française.

 

"Les villes devront illustrer la nouvelle civilisation urbaine et l’évolution de l’art de vivre à la française".

Brice Lalonde

 
Pour une véritable transition écologique, France urbaine prône l’adaptation et la résilience des villes. Comment voyez-vous l’avenir des villes sur cette question ? 

Adaptation et résilience me paraissent bien résumer la direction dans laquelle les villes devront s’engager. Sans doute faut-il ajouter la coopération et la solidarité, mais cela va de soi !
A l'association Equilibre des Energies (EDEN), nous avons beaucoup réfléchi sur la question de l’énergie qui est en quelque sorte le moteur de l’action. Nous estimons qu’à l’horizon de la moitié du siècle, l’électricité devra représenter la moitié de l’énergie consommée en France parce qu’elle peut être produite de façon décarbonée et parce qu’elle se prête naturellement au pilotage numérique. Ainsi, elle est l’auxiliaire de la ville intelligente, elle fait rouler voitures pour peu que les communautés installent des bornes de recharge, elle éclaire et chauffe les maisons pour peu que celles-ci soient bien isolées. Mais l’autre moitié de la consommation d’énergie sera sous forme de chaleur issue de sources renouvelables. Celles-ci sont multiples et se prêtent bien à la décentralisation, solaire thermique, bois récolté aux alentours, géothermie, chaleur des eaux usées ou des procédés industriels, réseaux urbains alimentés par des incinérateurs de déchets et, surtout, pompes à chaleur qui permettent littéralement de récolter la chaleur dans l’air des villes. Ainsi les villes deviendront les artisans de leur propre politique énergétique, selon les ressources auxquelles elles ont accès. C’est une voie nouvelle qu’elles devront explorer, tout en inaugurant des relations nouvelles avec la nature et se préparant, malheureusement, aux épisodes climatiques extrêmes, sécheresses, canicules, pluies torrentielles, inondations.

 

"Les villes deviendront les artisans de leur propre politique énergétique, selon les ressources auxquelles elles ont accès".
Brice Lalonde