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3 questions à...
Education, jeunesse et petite enfance

Annick Bouquet : « Il faut rendre les métiers de la petite-enfance beaucoup plus attractifs »

29/06/2021

Annick Bouquet, Adjointe au Maire de Versailles chargée de la Petite Enfance, a accordé un entretien à France urbaine HEBDO.

FRANCE URBAINE : Les personnels de la petite-enfance ont été mis à rude épreuve durant la crise sanitaire. Sur le terrain, comment avez-vous vécu cette période ?
 
Annick BOUQUET : La période autour du premier confinement, en mars 2020, a été sans doute la plus difficile car la plus inattendue pour tout le monde. Les communes ont eu un rôle essentiel dans le domaine de la petite-enfance, encore plus que le département. A Versailles, nous avons eu la chance de ne pas subir de défections au sein des personnels de la petite-enfance dans les crèches. Mais à ce moment-là, rien ne pouvait être anticipé, les tout-petits étaient considérés comme de potentiels propagateurs du virus, ce qui a créé beaucoup d’appréhension de la part des assistantes maternelles et des professionnels de la petite-enfance. En tant qu’adjointe au Maire de Versailles et présidente de l’association des élus chargés de la petite-enfance des Yvelines, je veux leur tirer mon chapeau pour leur mobilisation à toute épreuve et leurs efforts pour accueillir les enfants de la manière la plus sereine possible, rassurer les familles. Finalement, de manière générale, l’accueil et l’accompagnement des tout-petits se sont bien passés malgré l’impossibilité d’organiser de véritables temps d’adaptation.
Je veux aussi saluer le travail réalisé entre la Ville, la préfecture, le département et la Caisse d’allocations familiales. Jamais nous n’avions collaboré ainsi jusqu’ici et des liens forts et directs se sont créés. Au milieu de toute crise se trouve une grande opportunité. Je souhaite capitaliser sur cette relation qui s’est créée pour renforcer l’efficacité de nos actions.
 

« Je souhaite capitaliser sur cette relation qui s’est créée pour renforcer l’efficacité de nos actions. » Annick Bouquet

Ces derniers jours, France urbaine a alerté l’Etat sur les difficultés de recrutement de personnel de la petite-enfance dans les villes. Quelles sont les difficultés rencontrées et comment y remédier ?
 
A.B : Cette problématique est nationale. La crise a montré l’importance des personnels de la petite-enfance. Ils ont été reconnus comme « essentiels », tout comme leur rôle central aux côtés des parents dans l’éducation des tout-petits. Mais ils se sont sentis parfois extrêmement démunis face à la difficulté de la tâche et face à des parents fatigués et inquiets.
Nous sommes aussi confrontés au vieillissement de nos assistantes maternelles (ndlr : près de 99% des personnels sont des femmes) qui ne sont pas remplacées. Il faut rendre ce métier beaucoup plus attractif, le valoriser autrement. Ce métier génère une responsabilité importante et participe à la formation de la société de demain. Ce n’est pas uniquement l’accueil et la garde de l’enfant. Il y a aussi une dimension éducative, d’éveil, de partage et d’écoute. Le lien relationnel avec les familles n’est pas non plus anodin. Il faut notamment développer des formations sur la gestion de l’accompagnement des familles . Il faut les aider afin qu’elles celles avec enfants handicapés, les familles en difficulté financière, sociale ou psychologique. On leur en demande toujours plus et il faut les aider afin qu’elles ne se retrouve pas en difficulté.
Enfin, il faut montrer que s’engager dans cette voie donne des perspectives d’avenir. Ce sont des métiers fatigants, physiquement difficiles. Il faut des passerelles qui leur permettent de valoriser leur formation. A Versailles, on organise par exemple des formations sur les troubles de neuro-développement avec le Centre hospitalier Mignot ou sur les démarches écolo-crèches. Le Gouvernement travaille aussi sur ces questions, avec des accompagnements de formation sur les assistantes maternelles, des possibilités de tremplin. Il faut se donner les moyens d’aller plus loin.
 

« On leur en demande toujours plus et il faut les aider afin qu’elles ne se retrouve pas en difficulté. » Annick Bouquet

Peut-on espérer une rentrée scolaire de septembre plus sereine que l’année dernière ? Où en est le dialogue avec le secrétariat d’Etat chargé de l'Enfance et des Familles ?
 
A.B : J’espère que nous vivrons une rentrée scolaire plus sereine que celle de septembre dernier, même s’il est difficile de prédire quoi que ce soit à ce stade. La préoccupation du maintien ou non du port du masque au contact des tout-petits persiste chez les personnels de la petite-enfance. On ne sait toujours pas avec certitude s’il y a un impact ou non. Beaucoup de personnels ont envie de retirer le masque. Mais les tout-petits ne sont pas vaccinés et le contact avec un enfant est inéluctable ! C’est un véritable sujet.  Le dialogue est constant avec le secrétariat d’Etat chargé de l'Enfance et des Familles depuis le début de la crise, ce que j’ai beaucoup apprécié et celui-ci se poursuit pour préparer la rentrée, notamment par le biais de France urbaine très active sur ces sujets. Nous sommes pleinement mobilisés pour allier sécurité, santé et continuité éducative.
 

« Nous sommes pleinement mobilisés pour allier sécurité, santé et continuité éducative. » Annick Bouquet

Crédit photo : Annick Bouquet