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05 décembre 2017

Sport et lutte contre la radicalisation: l'Ile-de-France proposée comme région-pilote

La région Ile-de-France organisait, le 30 novembre dernier, dans l’hémicycle Simone Veil, un colloque sur les liens entre pratiques sportives et radicalisation. Lors de cette rencontre, le chef de l'unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), Loïc Garnier a indiqué que plus de 800 individus fichés pour radicalisation fréquentaient en France des clubs sportifs. Parmi eux, 27% manifestent sans ambiguité leur soutien à des causes djihadistes, en faisant l'apologie du terrorisme, en développant des incitations à des projets terroristes ou du soutien idéologique et logistique à des terroristes.

Parmi ces personnes signalées, 94% sont des hommes. D'un point de vue géographique, 18% des radicalisés dits "sportifs" en France se trouvent en Ile-de-France. "Si la majorité des personnes fichées pour radicalisation ne sont pas dans des clubs, en revanche une grande majorité de ceux qui sont passés à l'acte et ont commis des attentats en France - comme Mohamed Merah, les frères Kouachi ou Amedy Coulibaly - et en Europe ont été licenciés sportifs", a souligné Patrick Karam, vice-président de la région.

En 2015, un rapport émanant du service central du renseignement territorial, intitulé Le sport amateur vecteur de communautarisme et de radicalité pointait déjà les dérives sectaires et communautaires au sein des clubs. Parmi les disciplines particulièrement surveillées figurent le rugby à XIII, le basket-ball, les arts martiaux, les sports de combat (boxe, muay thaï, kickboxing), la musculation, le tir, le football ainsi que d'autres sports non encadrés par des fédérations comme le paintball, l'airsoft ou le combat libre.

Pour faire face à cette menace, avec les risques de contagion auprès des licenciés, la région Ile-de-France, qui compte pas moins de 19 300 clubs et 2,4 millions de licenciés représentés par 74 ligues et comités régionaux, forme, depuis l’an passé, des "référents" dédiés à la lutte contre la radicalisation. Ils sont chargés d'aider les clubs à reconnaître les signes et signaux (faibles ou forts) d'une éventuelle radicalisation, vérifier s'ils sont fondés et donner l'alerte, le cas échéant.

La collectivité prévoit d'amplifier le mouvement cette année, en dépêchant des formateurs de formateurs auprès des ligues, comités et clubs. Lors du colloque, Muriel Domenach, secrétaire générale du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), qui s’était exprimée lors de la Conférence des villes organisée par France urbaine fin septembre, a proposé que la région Ile-de-France devienne pilote du développement des mesures qui seront actées dans un prochain plan de prévention de la radicalisation. Le gouvernement doit en effet arrêter, d'ici la fin de l'année, un nouveau plan national contre la radicalisation qui sera inspiré des plans d'actions établis par les préfets dans les départements touchés par l'extrémisme islamiste.

"Nous devons nous attaquer à la racine du problème" et "travailler en profondeur en particulier (...) pour lutter contre la ghettoïsation de certains quartiers", avait insisté en octobre le président de la République, Emmanuel Macron. Rappelons que la France compte autour de 500 détenus très radicalisés et 1 500 personnes en voie de radicalisation, selon des chiffres donnés début novembre par le ministère de la Justice, sur fond de retours programmés sur le territoire national de familles ou personnes ayant combattu en Irak et Syrie, pour Daech.

Contact :
Emmanuel Heyraud
 

Date: 
Mardi, 5 décembre, 2017