Act'Urbaines
Enseignement supérieur et recherche
07 novembre 2018

Séminaire des collectivités ESR : les besoins de compétence sur un territoire, la formation professionnelle et les universités

Le réseau des collectivités ESR, qui rassemble France urbaine, la FNAU, l’AdCF, l’AVUF et la CPU dans un partenariat avec la Banque des territoires, conduit une réflexion continue sur les relations qu’entretiennent les collectivités et les établissements d’enseignement supérieur présents sur leur territoire.

C’est dans ce cadre que s’est tenue le 25 octobre 2018 au CNAM une journée d’information et d’échanges sur les enjeux croisés de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur dans les territoires. En effet, la formation professionnelle est devenue un chantier prioritaire du gouvernement depuis l’adoption de la loi pour choisir son avenir professionnel le 5 septembre 2018, par laquelle le secteur va connaître une profonde réorganisation. Or de nombreux bassins d’emploi subissent une carence dans certaines compétences, qui peut limiter le développement des entreprises et entraver les initiatives des acteurs économiques et des élus locaux.

Le réseau avait ainsi sollicité Guillaume Houzel, directeur des programmes du Plan d’Investissements dans les compétences au sein du Haut-commissariat à la transformation des compétences, pour venir réfléchir à la place des universités dans la conduite de ce plan, doté de 13 Md€ d’ici 2022. M. Houzel a estimé que les enjeux du plan se positionnaient beaucoup sur le renouvellement pédagogique, et que la formation des formateurs devenait à cet égard un enjeu crucial, sur lequel les universités pouvaient aisément se positionner. Il a aussi évoqué pour les universités un rôle stratégique dans la recherche et l'évaluation des politiques publiques et des actions de formation.

Gilles Bensaïd, directeur des partenariats du CNAM, a quant à lui présenté la réforme de la formation professionnelle et son impact tant sur les universités que sur les collectivités. Il a estimé que la loi libéralisait le marché puisqu’il ne sera plus nécessaire de disposer d’une autorisation des régions pour ouvrir un CFA, et que l’apprentissage devenait une modalité de la formation professionnelle. La poursuite du mouvement d'individualisation des droits à la formation avec le CPF, clé de voûte de l’accès à la formation et socle, et une formation professionnelle abordée comme un modèle économique de l’activité de formation, seraient autant d’autres traces de ce nouveau paradigme : il faudra faire la preuve de la qualité de la formation pour qu’elle soit financée, avec une certification délivrée par un organisme accrédité par le Cofrac, et la nouvelle agence France compétences observera les coûts de formation pour en limiter la dispersion. La désintermédiation du compte personnel de formation via une application mobile devrait permettre de toucher les individus les plus fragiles, et l’appareil de formation devrait se transformer (digitalisation, modularisation, financement sur abonnement, etc.) pour toucher d’autres publics et former plus, à budget constant. Ce nouveau cadre devrait avoir pour conséquence de faire évoluer les formats de l’offre de formation par les universités, ces dernières étant poussées à découper leur offre en blocs de compétences dans une logique d’accès progressif à la totalité d’un diplôme ou d’un titre, et à faire évoluer les modalités pédagogiques avec de la formation à distance, de la formation hybride, des parcours mixant différentes modalités, etc.

Ludovic Legris, directeur du cabinet Wavestone, a quant à lui présenté les résultats d’une étude que lui avait commandée la Caisse des Dépôts sur la place des universités dans le marché de la formation tout au long de la vie (FTLV). Celle-ci met en lumière leur potentiel de progression. En effet, si les universités sont les seconds opérateurs en volume d’heures, elles ne représentent qu’entre soit 3 % seulement du marché sur la formation continue, estimé à 13 Md€ (soit 320 et 350 M€ de chiffre d’affaires). Selon l'étude, l’offre universitaire en formation continue reste majoritairement académique, avec 90 % de l’activité en volume qui porte sur les diplômes nationaux ou universitaires. Ce qui entraîne que l’offre, souvent peu lisible et peu attractive, est davantage structurée sur les disciplines que sur les compétences ou les perspectives d’emploi. Son modèle économique universitaire est en outre peu soutenable dans le champ concurrentiel. L’étude préconise en conséquence de revoir en profondeur l’offre et le modèle de la formation continue diplômante selon un continuum formation initiale/formation continue, et selon un modèle de service public, et de développer une activité commerciale de formation continue concurrentielle et ciblée, notamment en favorisant la mutualisation au niveau d’un site ou d’un territoire pour atteindre une taille critique.

Les transformations en cours dans le secteur de la formation professionnelle représentent un enjeu pour nos territoires. D’une part, parce qu’elles sont à la fois une opportunité et un risque pour les acteurs académiques locaux dans leur future place sur ce marché générateur de recettes. D’autre part, dans un contexte de mutation économique, la pertinence et l’efficacité de l’offre de formation continue sera un levier important pour la compétitivité des territoires. Les collectivités du bloc local peuvent jouer à cet égard un rôle de facilitation important.

Contacts : David Constans-Martigny et Ludovic Grousset

Date: 
Mercredi, 7 novembre, 2018