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Cohésion sociale et politique de la ville
04 mai 2018

Rapport Borloo : des propositions ambitieuses en phase avec les principes et priorités du Pacte de Dijon

L’ancien ministre de la ville, Jean-Louis Borloo a rendu, le 26 avril dernier, au Premier ministre, Edouard Philippe son rapport sur les mesures à prendre pour relancer les politiques de cohésion sociale et urbaine à l’endroit des quartiers populaires, conformément à la commande qui lui avait été faite par le président de la République, à la suite du discours de Tourcoing en novembre dernier.

Intitulé « Vivre ensemble, vivre en grand, pour une réconciliation nationale » et articulé autour de dix-neuf programmes, le rapport pointe en particulier les faiblesses de la rénovation urbaine telle que pilotée par l’ANRU depuis 2015. Le changement de paradigme apparaît, selon l’auteur, dans ce secteur comme dans d’autres, indispensable à une approche renouvelée du développement social et urbain des territoires fragiles de la politique de la ville, qu’ils relèvent du péri-urbain relégué, des cœurs de ville délaissés, des villes moyennes en déprise ou des outre-mers.

Un rapport dense et plutôt innovant

Relance urgente des chantiers de la rénovation urbaine avec un fonds dédié de cinq milliards d’euros, soutien à l’apprentissage et au tutorat, création de 200 campus numériques et autant de Maisons Marianne pour les femmes, promotion d’une élite issue des quartiers (via une Académie des leaders), appui marqué aux travailleurs sociaux et aux associations (dont les contraintes administratives sont aujourd’hui considérées comme disproportionnées), gestion décentralisée des ressources humaines de l’Education nationale, développement d’une offre diversifiée de mobilités: autant de propositions qui, en étant de nature et d’ampleur différentes, placent souvent au niveau approprié les actions qu’il conviendrait d’engager, pour assurer le rattrapage des territoires concernés et l’accompagnement des dix millions d’habitants qui y vivent.

Bon nombre des recommandations du rapport sont, du reste, évoquées dans le Pacte de Dijon pour une nouvelle politique de cohésion urbaine et sociale (à signer ici), initié par France urbaine et l’AdCF. C’est notamment le cas dans les domaines de l’habitat (lutte contre les copropriétés dégradées et les marchands de sommeil, soutien à la revitalisation commerciale), des transports (desserte en transports collectifs, mobilités douces), du numérique (quartiers d’excellence, campus d’avant-garde, MOOCS, métiers du codage, maisons numériques des services publics), de l’apprentissage de la langue (plan national de lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme) ou du nécessaire changement de pilotage de l’Education nationale, pour des réponses adaptées aux besoins des jeunes et des familles.

Une vision lucide des questions régaliennes

La question de la sécurité, de la tranquillité publique et de la justice, sensible dans les quartiers populaires, n’est pas éludée dans le rapport : un programme lui est même dédié, intitulé « Agir fermement pour la sécurité et la justice ». Recrudescence des trafics de drogue, développement de la grande délinquance, replis communautaires et religieux, désagrégation sociale, haine de l’autre : Jean-Louis Borloo, loin de toute vision angélique, pointe les risques à terme de laisser à l’abandon des territoires qui, pour certains, s’autorégulent autour de l’économie informelle/souterraine et imposent leur loi aux habitants, notamment aux femmes dont la présence dans l’espace public est parfois contestée.

« Face à cela, les citoyens attendent la protection de l’Etat et force doit rester à la Loi », précise l’ancien maire de Valenciennes, qui en appelle à des moyens supplémentaires pour la Police et la Justice, via l’abondement des crédits du fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD), le soutien aux adultes-relais et la création de nouveaux postes de magistrats et procureurs spécialisés.

En attendant la présentation du plan d’actions présidentiel le 22 mai

Il appartient à présent au gouvernement et plus particulièrement au président de la République de prendre les mesures appropriées pour redonner un élan à la politique de la ville : le président de la République a indiqué, en ce sens, qu’il présenterait le 22 mai prochain un plan ad hoc.

« C’est bien de la France, de son souffle, de son dynamisme, de sa croissance et de sa cohésion qu’il s’agit » écrit Jean-Louis Borloo dans son rapport, tout en ajoutant, sévère : « le système est désinvolte et se ment à lui-même ». Le ton est donné : après les consultations et les concertations, il existe de fortes attentes, notamment parmi les élus locaux, quant aux dispositions qui seront annoncées dans les prochaines semaines par l’exécutif.

L’Etat a l’opportunité de définir une nouvelle feuille de route et de montrer son adhésion - au moins partielle - aux fondements du rapport Borloo et aux principes du Pacte de Dijon, signé déjà par plus d’une quarantaine de maires de grandes villes, de présidents de communautés et métropoles.

Synthèse du rapport Borloo

Pour consulter le rapport Borloo : http://www.cohesion-territoires.gouv.fr/IMG/pdf/sra4_complet.pdf

Pour signer le pacte de Dijon :  www.pacte-cohesion-urbaine.fr

Voir le communiqué de presse France urbaine/AdCF du 27 avril
Voir le communiqué de presse AMF / Ville & Banlieue / France urbaine du 17 mai

Info Presse : 74 signataires à ce jour pour le Pacte de Dijon

 

Contact : Emmanuel Heyraud

Date: 
Vendredi, 4 mai, 2018