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Cohésion sociale et politique de la ville
16 novembre 2017

Politique de la ville : le président de la République a reçu à l’Elysée les élus et annonce une mobilisation nationale vers les quartiers populaires

Le président de France urbaine, Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, président de Toulouse métropole et président de la commission Politique de la ville et cohésion sociale France urbaine/AMF/Ville & banlieue et Yvon Robert, maire de Rouen et vice-président de la dite commission figuraient parmi les invités du déjeuner de travail organisé par le président de la République, Emmanuel Macron, à l’Elysée, lundi 13 novembre, sur le thème de la politique de la ville. L’occasion pour France urbaine de rappeler ses vives réserves quant à la politique logement du gouvernement, au regard en particulier de l’article 52 du projet de loi de finances (PLF) 2018, qui organise la baisse concomitante des APL et des loyers du parc social. Le lendemain de cette rencontre, le président de la République délivrait à Tourcoing, devant plusieurs ministres présents, un discours fondateur sur la politique de la ville qu’il entendait mener pour le quinquennat, tandis qu’un nouveau président de l’ANRU vient d’être nommé, Olivier Klein, maire de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Une approche audacieuse et globale

On attendait, après un été marqué par la baisse des emplois aidés et d’une partie des crédits de la politique de la ville (programme 147), une impulsion et un cap du gouvernement et du président de la République, sur les politiques de cohésion sociale et urbaine. C’est chose faite, sous réserve de mesures concrètes et d’engagements à confirmer, notamment dans le PLF en cours de discussion au Parlement. Le président de la République a consacré deux jours de son agenda au sujet, avec, outre le déjeuner à l’Elysée sus-évoqué, deux déplacements sur le terrain, à Clichy-sous-Bois et dans les Hauts-de-France, le lendemain. 

C’est lors d’une allocution prononcée à Tourcoing que le président de la République a précisé sa feuille de route, le sens de son action et le logiciel qu’il entend décliner à l’endroit des habitants des quartiers prioritaires. « Rénovation morale et urbaine », « défi de civilisation », « plan de bataille », émancipation des individus, culture de l’évaluation des dispositifs et de l’expérimentation, encouragement à la mobilité dans toutes ses acceptions, moyens mis sur la formation des publics en difficulté, police de sécurité du quotidien, lutte contre la radicalisation, accès de tous à la culture, soutien à l’apprentissage et au parrainage, emplois francs, patriotisme assumé, lutte pour les valeurs républicaines et le sentiment de fierté et d’adhésion à celles-ci : l’approche se veut audacieuse, globale, transversale et interministérielle, sans éluder la question des valeurs.

Un dossier piloté par l’Elysée, avec un plan de travail structuré en février

Le discours a confirmé que le dossier serait désormais piloté et suivi depuis l’Elysée, qui devrait bientôt s’adjoindre un conseil présidentiel, placé directement auprès du président de la République et constitué de jeunes issus des quartiers, ayant réussi leur vie professionnelle. 

Un plan de travail et d’action doit être élaboré d'ici février 2018 : il bénéficiera du soutien et de l’expertise de Jean-Louis Borloo, ancien ministre de la Ville, qui avait marqué de son empreinte le quinquennat 2002/2007 de Jacques Chirac, en créant l’ANRU en 2003 et en faisant adopter le plan de cohésion sociale (PCS), en 2005. A noter, par ailleurs, qu’un point sera fait tous les trois mois avec les élus et associatifs invités à déjeuner à l’Elysée, pour suivre l’état d’avancement des dossiers et expérimentations.

Des emplois francs plutôt que des emplois aidés

Parmi les mesures les plus emblématiques annoncées figure la relance des emplois francs, qui avaient été essayés sans grand succès en 2013, avec des conditions d’âge restrictives. Ils seront testés dans une dizaine de sites, dès l’an prochain : tous les quartiers estampillés politique de la ville de Seine-Saint-Denis devraient être concernés ainsi que le Val de France (qui comprend les communes de Sarcelles et Villiers-le-Bel, dans le Val d'Oise), Cergy-Pontoise (Val d'Oise), Grand Paris Sud (dont Grigny et Evry, dans l'Essonne), Marseille, Lille et Angers.

Les entreprises qui embaucheront des personnes issues des quartiers populaires recevront des primes : 15 000 euros pour un CDI (échelonné sur trois ans) et 5 000 euros pour un CDD (échelonné sur deux ans). Ce dispositif, sans condition d’âge concernerait environ 10 000 emplois, pour un coût total évalué à 180 millions d’euros l’an prochain (sans doute bien davantage, si le dispositif monte en puissance).

Emmanuel Macron a rappelé que les emplois aidés seraient maintenus à un volume de 200 000 contrats en 2018, après 310 000 en 2017 et prioritairement dévolus aux quartiers populaires (voir circulaire Jacques Mézard/Muriel Pénicaud adressé le 25 octobre dernier aux préfets). Sceptique sur l’efficacité des  contrats aidés, en termes d’insertion pérenne et durable dans l’emploi, le président de la République a mis l’accent sur la formation et la qualification, clés indispensables selon lui pour trouver un emploi, annonçant au passage un plan ad hoc de 15 milliards d’euros.

Education, soutien aux services publics, police de proximité et lutte contre la radicalisation : des priorités à mettre en musique

En matière d’éducation, il s’agira de faciliter l’accès aux stages en troisième et de relancer les internats d’excellence (que le plan Espoirs banlieues de 2008 avait mis en place, sous la présidence de Nicolas Sarkozy). Les principaux des collèges devraient avoir pour mission d’aider les élèves de troisième à trouver un stage.

Emmanuel Macron a aussi appelé à un renforcement des services publics de proximité et notamment de La Poste. Les maisons de santé devraient voir leur nombre doubler. La police de sécurité du quotidien, nouvelle mouture de la police de proximité sera déployée essentiellement dans les quartiers en difficulté de la politique de la ville : le chef de l’Etat a évoqué une création de 10 000 emplois dans la police et la gendarmerie.

Concernant la radicalisation, Emmanuel Macron a promis d'avoir, dans les quelques dizaines de quartiers où elle s'est concentrée, une politique  « exigeante, rigoureuse et parfois autoritaire de fermeture des structures inacceptables, de rétablissement des comportements républicains". D'ici au début de l'année prochaine, une quinzaine de plans de lutte contre la radicalisation seront présentés par le ministre de l'Intérieur, avec l'ensemble des ministres compétents. Ces plans devraient être négociés avec les élus, avec des moyens supplémentaires.

 « Je veux que le visage de nos quartiers ait changé d'ici la fin du quinquennat », a conclu le président de la République. Vaste programme. En attendant, France urbaine sera particulièrement attentive à ce que l’ambition affichée au cours de ces deux journées dédiées à la politique de la ville soit au rendez-vous des mesures qui seront prises dans les prochaines semaines et les prochains mois.

Contact :
Emmanuel Heyraud

Légende photo : Jean-Luc Moudenc, président de France urbaine à l’Elysée, entouré de Jean-Louis Borloo, Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires et Jean-Luc Rigaut, maire d’Annecy et président de l’AdCF

Date: 
Jeudi, 16 novembre, 2017