Act'Urbaines
Sécurité
04 octobre 2017

Les maires d’Europe et de méditerranée unis face à la radicalisation

« Nous invitons tous les élus, tous les représentants des villes d’Europe, de méditerranée et au-delà, à nous rejoindre afin de constituer une force incontournable pour lutter contre l’obscurantisme et assurer la paix dans le monde ».  Adoptée le 29 septembre, la déclaration de Nice, qui compte déjà une soixantaine de signataires, a d’abord marqué l’engagement des élus en faveur de la prévention de l’extrémisme violent et de la sécurisation des villes en Europe et en méditerranée.

Alger, Gênes, Barcelone, Tunis, Madrid… nombreux sont les élus à avoir répondu à l’invitation de Christian Estrosi, maire de Nice, président de la métropole Nice Côte d’Azur et du réseau des villes Euromed, pour la première conférence euro-méditerranéenne des villes sur la prévention de la radicalisation, les 29 et 30 septembre 2017, en présence, notamment, du commissaire européen en charge de l’Union de la sécurité, Julian King et du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

Organisée avec le soutien des institutions  européennes, d’universités, des réseaux européens et euro-méditerranéen, notamment l’EFUS ( European forum for urban security), cette première édition fut l’occasion d’affirmer la volonté des élus d’agir de manière coordonnée, d’échanger sur les bonnes pratiques et de lancer des actions concrètes pour mettre en échec la radicalisation sous toutes ses formes, notamment vis-à-vis de la jeunesse.

Elle fut précédée d’un débat citoyen « Europe : plus forts ensemble contre le terrorisme », organisé le 28 septembre, en présence du commissaire Julian King, afin d’organiser un échange direct avec la population sur l’action de l’Union européenne en matière d’antiterrorisme.

La méditerranée constitue une cible privilégiée de l’extrémisme violent, en particulier chez les jeunes. Ce phénomène représente l’un des enjeux majeurs auxquels les villes du bassin méditerranéen doivent faire face, de par les effets directs et indirects qu’il induit, tels que les déplacements de populations ou l’impact économique pour les villes, par exemple en matière de tourisme.

Que retenir de ces trois journées ?

  • Les maires sont des acteurs clés de la prévention de la radicalisation

Rejoignant les propositions formulées par France urbaine en matière de prévention de la radicalisation, la déclaration de Nice rappelle le rôle clé des maires en la matière. En première ligne pour répondre aux attentes de la population, ces derniers doivent être davantage associés dans tous les aspects de la lutte contre le terrorisme dès lors que leur rôle est essentiel dans les domaines de la prévention, de la formation, de la tranquillité publique et de la sécurisation des espaces publics.

Forts de ce constat, les élus ont solennellement plaidé pour « une reconnaissance nationale, européenne et internationale du rôle des élus et des représentants des villes dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques de sécurité et d’éducation dans la lutte contre la  radicalisation ».

  • Accroître les moyens des collectivités est une nécessité

Pour assurer pleinement leurs missions tout en tenant compte de l’évolution des formes de violences engendrées par le terrorisme, les élus présents à Nice ont appelé à disposer de moyens financiers accrus afin d’engager des actions de prévention, de formation, de coopération, de recherche, d’évaluation, de sécurisation des espaces publics, mais également pour venir en aide aux victimes.

S’agissant de la sécurisation des espaces publics, la déclaration de Nice plaide pour la création d’instruments financiers dédiés, notamment un fonds européen pour soutenir  la sécurisation des espaces publics dans les villes.

Comme l'a rappelé le maire de Nice, dont la ville a subi, le 14 juillet 2016, un attentat faisant plus d’une centaine de morts sur la voie publique, c’est toute la configuration ouverte des espaces publics dans les villes qu’il faut repenser, notamment en matière de mobilier urbain.

A ce propos, Gérard Collomb a précisé que la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, avec son 1er article, vise à assurer des périmètres de protection pour faire en sorte que l’on puisse encore organiser de grands événements en toute sécurité.

  • L’Europe mobilisée aux côtés des élus

Selon le commissaire européen Julian King, les récentes et multiples attaques terroristes  à travers l’Europe ont conduit l’Union européenne à repenser la batterie de réponses à apporter. En effet, force est de constater que depuis les attentats de Paris puis de Bruxelles en 2015 et 2016, la plupart des attentats ont été perpétrés par des personnes qui n’étaient jamais allés en Syrie ou en Irak.

Cela pose la question de la stratégie à adopter au niveau européen pour prévenir et lutter contre la radicalisation, à la fois au sein des populations mais aussi sur internet. Le commissaire en charge de la sécurité en Europe est revenu sur les différents dispositifs européens mis en place et à venir.

Un soutien européen financier pour les villes 

  • Le commissaire européen a souligné que le fonds européen pour la sécurité intérieure a vu son budget augmenter de 100 millions d’euros cette année dont 10 millions seront consacrés à la sécurisation des espaces publics, rejoignant ainsi une des demandes des élus présents. Cette enveloppe fait partie d’une série de mesures relatives à la sécurité que la Commission européenne doit détailler le 18 octobre 2017, précise Julian King.
  • Au-delà de la possibilité, déjà ouverte, de mobiliser des fonds de cohésion pour financer la sécurisation des espaces publics, la Commission européenne publiera prochainement des appels à projets européens dans le domaine de la prévention de la radicalisation. Une consultation publique est actuellement en  cours afin de recueillir des solutions innovatrices adaptées aux  territoires.
  • Enfin, en tant que principal bailleur mondial, l’Union européenne intègre cette dimension dans les coopérations internationales mises en place à travers le monde.  

Le commissaire européen est également revenu sur une série de dispositifs mis en place dernièrement par l’Union européenne pour accroitre la lutte contre le terrorisme et prévenir la radicalisation :

  • renforcement des moyens du Réseau européen de sensibilisation à la lutte contre la radicalisation (RAN), chargé d’apporter un soutien aux états membres dans le cadre des politiques de lutte contre la radicalisation, mais également à certains pays tiers.
  • Contrôle aux frontières : dans le contexte d’une menace terroriste restant élevée, le commissaire a souligné les progrès déjà effectués afin de renforcer la sécurité au plan européen notamment s'agissant des contrôles aux frontières extérieures, à travers la mise en place de contrôles systématiques de toutes les personnes entrant et sortant de l'espace Schengen, y compris les citoyens européens, depuis le mois d'avril 2017.
  • Pour faciliter le partage d’informations sur les combattants terroristes et les individus pouvant présenter un potentiel danger, l’Union européenne met en place une nouvelle approche de la gestion des données pour les frontières et la sécurité dans le plein respect des droits fondamentaux.
  • Mobilisation des opérateurs internet : le commissaire a rappelé le travail déjà engagé avec les opérateurs internet dans le cadre du Forum européen de l'Internet et de l'unité de référencement d'Europol (IRU) sur le retrait de contenus à caractère terroriste sur internet. Dans le prolongement des conclusions du Conseil européen du 23 juin, il a appelé les opérateurs internet à aller plus loin avec notamment l'utilisation d'outils de détection automatique. Il a précisé que de nouvelles lignes directrices ont été adoptées cette semaine avec les entreprises de l’internet pour faciliter la signalisation et le retrait automatique de contenus liés au terrorisme. Il a par ailleurs rappelé que  la cellule de veille d’Europole a permis de signaler 35 000 contenus de propagande depuis 2015.

La déclaration de Nice n’est qu’une première étape

En arrêtant une liste d’engagements et de priorités visant à endiguer la radicalisation dans les villes de chaque côté de la méditerranée, les élus signataires de la déclaration de Nice ont pris l’engagement de poursuivre leur travail commun. Chaque année, une ville accueillera désormais une conférence pour poursuivre le travail engagé et évaluer les actions mises en place. Nice est donc la première étape d’une démarche collective sur le long terme.

Contact :
Kader Makhlouf

Date: 
Mercredi, 4 octobre, 2017
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Déclaration de Nice en français710.95 Ko
Déclaration de Nice en anglais649.29 Ko