Act'Urbaines
20 décembre 2017

Intégration et migrants : le député Aurélien Taché à la rencontre des élus de France urbaine

Chargé d’une mission par le Premier ministre visant à refonder la politique publique d’intégration, Aurélien Taché, député du Val d’Oise est venu, jeudi 14 décembre 2017, à la rencontre des élus de France urbaine, pour échanger sur les voies et moyens d’améliorer l’apprentissage du français et l’intégration sociale et professionnelle des publics migrants. Sujet d’actualité, alors que plusieurs maires de grandes villes de France ont alerté récemment le gouvernement dans une tribune, sur l’insuffisance des moyens mobilisés par l’Etat pour accueillir les migrants sur les territoires.

Des élus de Grenoble, Strasbourg, Nantes et Rennes ainsi qu’une technicienne de Toulouse étaient présents à cette réunion et ont pu faire valoir les problématiques locales rencontrées, alors qu’il est annoncé un durcissement des conditions de séjour en France et une réduction, souhaitée par de nombreux acteurs, des délais d’instruction des demandes pour les réfugiés.

Déficit de coordination et de contractualisation de la part de l’Etat, méconnaissance des programmes régionaux d’intégration des populations immigrées (PRIPI), gestion systématique de l’urgence, manque d’anticipation, recherche de solutions de dernière minute, embolie du système sont autant d’enjeux structurants pointés par la plupart des participants. S’il existe des bonnes pratiques, à l’instar de la plateforme linguistique mise en place à Rennes ou en matière d’accompagnement des populations roms à Toulouse, il n’en demeure pas moins un besoin de pilotage de la part de l’Etat, nonobstant des moyens supplémentaires à engager autour de l’apprentissage de la langue.

Lier apprentissage du français, formation professionnelle et accès pérenne et durable à l’emploi est un des objectifs que se fixent les pouvoirs publics, alors que l’Etat manque de vision sur ce dossier, malgré les rapports répétés à charge de la Cour des comptes. L’enjeu est de taille puisque les 200 heures de langue offertes par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) à 26 000 nouveaux venus en 2016 n’ont pas permis à tous l’accès à un niveau suffisant, pour comprendre des consignes simples données en milieu professionnel. Dans son plan migration du 12 juillet dernier, Edouard Philippe préconisait précisément un doublement de ces 200 heures, dans le cadre d’un parcours d’intégration plus global, dont il reste à définir et clarifier les jalons.

C’est cette notion de parcours qu’il convient aujourd’hui de réactiver. Pour mémoire, la France a un taux d’insertion plus faible que la Grèce, l’Italie ou l’Espagne pour ses migrants arrivés depuis moins de cinq ans (les dits primo-arrivants), ce qui ferait perdre au pays 0,6 % de PIB chaque année. Les savoir-faire des nouveaux venus doivent pouvoir être mieux pris en compte, avec le développement des équivalences (l’exemple des médecins syriens arrivés récemment ne pouvant exercer leur métier en France étant à éviter absolument). Aurélien Taché envisagerait de proposer d’élaborer une carte de France des besoins en main-d’œuvre, bassin par bassin, qui permettrait d’orienter les réfugiés vers une zone plutôt qu’une autre. Un logement, un emploi, une formation deviendrait le nouveau triptyque de la politique d’intégration.

Sans préjuger de ce que le gouvernement retiendra ou pas, il pourrait, par ailleurs, être proposé par le député que les demandeurs d’asile – notamment lorsqu’ils sont issus des nationalités auxquelles la France accorde à plus de 50 % sa protection – puissent avoir le droit de travailler avant que leur dossier de demande ne soit étudié, postulant qu’une intégration réussie est une intégration précoce.

A noter que sera organisée une réunion de travail des techniciens de France urbaine (DG/DGA) le 25 janvier prochain, afin de procéder à un recueil le plus large des expériences locales. Dans cette suite et si nécessaire, l’Association formulera des préconisations/recommandations au gouvernement, dans le cadre du projet de loi Asile et immigration qui devrait être déposé d’ici mars sur la table du conseil des ministres.

Contact :
Emmanuel Heyraud

 

Date: 
Mercredi, 20 décembre, 2017