Act'Urbaines
Cohésion sociale et politique de la ville
Education
International
27 avril 2017

Forum mondial sur les violences urbaines, pour l’éducation et la vie en société

« Notre génération a la responsabilité de réduire les violences et d’élever les consciences ». C’est par ces mots que la maire de Madrid, Manuela Carmena, a ouvert, le 19 avril, en présence du Roi Felipe d’Espagne, le premier forum mondial sur les violences urbaines, pour l’éducation et pour la vie en société. 

Conçu comme un lieu de rencontre entre des dirigeants locaux, des organismes et réseaux internationaux, le monde académique, des ONG et la société civile, ce forum visait à lancer un processus conjoint de débat, de réflexion et de construction de solutions communes pour réduire les expressions de violence. Plus de 2 500 participants ont répondu à l’appel parmi lesquels, côté français, la maire de Paris, Anne Hidalgo partenaire du Forum, le maire de Strasbourg, Roland Ries, le président de Plaine commune, Patrick Braouezec ainsi que des élus et représentants des villes de Clermont-Ferrand, Grenoble, Roubaix et Grigny.

Si le Forum s’adressait principalement aux maires, une large place était également faite aux citoyens et à tous les acteurs en mesure de contribuer à bâtir des villes en paix. Ainsi, différents types de violences ont été abordées au cours de séances plénières, de tables rondes  ou d’ateliers dans le but de faciliter l’échange de connaissances : terrorisme, racisme et xénophobie, gangs et bandes de jeunes, genre, sport, écoles, réseaux sociaux et nouvelles technologies, moyens de communication, etc.).

Pourquoi ce forum ?

Comme l’a rappelé la maire de Madrid, les villes ont souffert des effets de la mondialisation. Si elles sont devenues des espaces stratégiques pour la création de richesses, elles concentrent également des difficultés notamment sociales avec de nombreux individus  exclus de ces fonctions économiques, dont le rôle n’est plus nécessaire, ni en tant que salariés, ni en tant que consommateurs. On parle alors d’«échec des villes», de «jungles urbaines», d’«urbanisation de la guerre» et d’«urbicide». De fait, se produisent des processus de «décitoyenneté». Il s’agit de défis pour les nouvelles politiques municipales. Cette manifestation sur les violences urbaines a été envisagée comme une manière d’élaborer les bases sur lesquelles travailler pour lutter contre les violences dans les villes en appréhendant les différentes formes de violences urbaines, en débattant sur leurs mécanismes et les façons de les prévenir, les combattre et, dans la mesure du possible, de les éradiquer.  En diffusant des idées et des bonnes pratiques, le premier forum sur les violences urbaines visait à initier un mouvement de transformation de la culture des violences en cultures de paix.

Les villes : acteurs clés de la lutte contre les violences urbaines

Si les villes sont le principal espace de rencontre, d’échange et d’interaction entre les personnes, les groupes, les entreprises, les idées et les valeurs, elles sont également des espaces où se développent des inégalités et différentes formes de violences.

L’ensemble des élus présents se sont accordés à considérer que les autorités locales disposent d’un cadre d’action qui peut contribuer à prévenir, transformer et réduire les violences. De nombreux intervenants se sont succédé pour rappeler que le futur de l’humanité passe dans une grande mesure par les villes. L’approbation récente du Nouvel agenda urbain et des Objectifs de développement durable* le prouve.

Dans son discours en ouverture du forum, la maire de Paris est revenue sur le rôle déterminant des élus locaux pour expérimenter et partager les solutions mises en place sur les territoires. Elle rappelle à ce titre que la mobilisation des 1000 maires pour le climat, lors de la COP21, à Paris, est possible sur le thème des violences urbaines.

De quelles violences parle-t-on ?

Comme cela fût rappelé aux participants, les violences se divisent en trois catégories interdépendantes et  qui s’alimentent entre elles: violences directes, violences structurelles et violences culturelles.

La violence structurelle entraîne des déséquilibres sociaux générant la marginalisation, la misère, l’exclusion et l’expulsion de la vie quotidienne de personnes, groupes humains et quartiers entiers. La violence culturelle est formée par des idéologies, des croyances et des univers symboliques et elle justifie la violence structurelle et même la violence directe. Cette dernière est alimentée par les précédentes. Transformer des cultures génératrices de violence en des cultures de paix est une tâche essentielle pour les mairies.

Des solutions et des réflexions à partager

  • Parmi les expériences exposées, la ville de Barcelone  a présenté, au cours de l’atelier sur les violences racistes et xénophobes, le « Réseau anti-rumeur ». L'idée est très simple : fournir des arguments aux citoyens pour réfuter ou résister aux idées reçues sur l'immigration. Partant du constat que chaque personne  a des préjugés et aussi une responsabilité dans la construction du vivre-ensemble, la ville de Barcelone a mis en place, en 2010, un travail de déconstruction des préjugés qui s’adresse à l’ensemble des individus à travers un travail de sensibilisation et d’information à grande échelle. Les résultats encourageants de cette expérience ont conduit le Conseil de l’Europe à répertorier cette initiative parmi les bonnes pratiques participant à la construction de la ville. Diffusé dans de nombreuses villes d’Espagne et à l’étranger, le réseau anti-rumeur continue de faire des émules.

« Les immigré-e-s disposent de la totalité des bourses de cantines, paralysent les services médicaux, accaparent tout le logement public disponible, ne respectent jamais l’horaire légal d’ouverture des commerces… » Le réseau anti-rumeurs se charge de combattre ces stéréotypes en utilisant des données objectives et en les diffusant à travers un réseau d'activistes. Le réseau se compose principalement d’organisations et de citoyens qui reçoivent volontairement l’information et se chargent de la diffuser. Dans le cas de Barcelone, le réseau dispose actuellement de 114 organisations, depuis des associations de voisinage jusqu’aux associations de parents d’élèves.

Face au succès de cette initiative, de nombreuses villes espagnoles et européennes se sont intéressées à la stratégie développée à Barcelone. La crise économique a généralisé les conflits interculturels. Les villes, où la coexistence entre différents groupes ethniques est quotidiennement mise à l’épreuve, deviennent de plus en plus sensibles à ce thème, ce qui explique la diffusion de cette « technologie sociale » pour reprendre les mots de Miguel Esteban, commissaire à l’immigration à la Mairie de Barcelone.

Pour plus d'informations, consultez la page web du réseau anti rumeurs

  • Les ateliers consacrés aux gangs et aux violences des bandes de jeunes ont été l’occasion de revenir sur l’expérience de plusieurs villes colombiennes notamment Cali et Medellin et sur le rôle irremplaçable des brigades de mères pour pacifier certaines zones. En complément des actions culturelles et éducatives ciblées selon l’âge des populations, les rivalités territoriales, qui, des années durant ont fait des milliers de morts, ont en partie pu être surmontées grâce à ces brigades, les mères étant considérées comme les seules  échappant aux frontières territoriales imposées par les chefs de gangs.
     
  • La séance plénière consacrée aux violences liées au terrorisme, en présence notamment des maires de Madrid, Montréal, Bruxelles, Tripoli (Liban)  a fait l’objet d’échanges très riches, notamment avec la salle. L’occasion de revenir sur l’ensemble des causes, complexes, parfois contradictoires, à l’origine du terrorisme et de la radicalité : facteurs géopolitiques, historiques, identitaires, sociaux, économiques, religieux. Les intervenants ont tous, à leur manière, rappelé la prudence nécessaire lorsque l’on aborde ces questions en évitant l’écueil des solutions ou des discours simplistes.
     
  • Enfin, la table ronde sur les violences liées aux inégalités urbaines et à l’espace public a permis de rappeler la forte mobilisation actuelle de la société civile dans de nombreuses villes espagnoles, notamment à Madrid, contre les expulsions forcées actuellement en cours.  Des dizaines de milliers de personnes ayant acheté leur logement à prix d’or avant la crise se retrouvent aujourd’hui expulsés, sans recours, incapables de rembourser leurs traites ; Des représentants de la société civile ont souligné la nature violente de cette politique d’expulsion aggravée selon eux par la vente forcée de ces logements à des fonds spéculatifs étrangers. La mobilisation actuelle vise à faire  adopter une loi protégeant les individus en leur garantissant un droit au logement, comme le permet théoriquement la constitution espagnole.

 


* OBJECTIFS DE DEVELOPPEMENT DURABLE 2015-2030, ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS-UNIES: Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables (OBJECTIF 11) ; et Promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et ouvertes à tous aux fins du développement durable, assurer l’accès de tous à la justice et mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et ouvertes à tous (OBJECTIF 16).

Date: 
Jeudi, 27 avril, 2017