Act'Urbaines
Education
29 mars 2018

Fin de la récréation avec les assises de la maternelle

Ouvertes en grandes pompes au Conservatoire National des Arts et Métiers par Emmanuel Macron, les assises de la maternelle ont été l’occasion pour le Président de la République de faire une nouvelle annonce dans le champ de la petite enfance : l’abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire de six à trois ans.

Attendue par les nombreux participants, cette annonce a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par les chercheurs et praticiens de la petite enfance présents dans la salle puisque les études convergent pour montrer que la stimulation cognitive précoce, entre 0 et 5 ans, favorise la réussite scolaire, le niveau d’études et l’insertion professionnelle.

Le Président a ainsi mis en évidence que la plasticité du cerveau entre 3 et 6 ans est particulièrement propice aux apprentissages, or c’est dans ces âges là que se creusent les difficultés, et 80% des décrocheurs scolaires à 16 ans sont déjà en difficulté en maternelle. Pour prévenir ce décrochage, il faut construire le moment d’acquisition du langage le plus tôt possible.

Boris Cyrulnik, fort de sa réputation de neuro-psychiatre et de directeur de l’institut petite enfance (et de ses nombreuses publications sur le thème de la résilience et de la théorie de l’attachement), est venu présider aux destinées de ces assises en mettant en exergue les changements importants qu’ont connu les sociétés humaines dans les années récentes et l’impact de ces changements dans le développement affectif et intellectuel des tout petits. En effet, ses études lui ont permis de montrer que depuis une à deux générations les enfants bénéficiaient d’une vitesse de maturation supérieure aux générations précédentes, tant dans leur développement physique (ils grandissent plus vite) que dans leurs processus d’apprentissage. En cause selon Boris Cyrulnik, les variations écologiques, qui ont entraîné une variation de la taille des enfants au même âge à chaque fois qu’on a constaté un changement de climat.

Le chercheur a beaucoup insisté, et les interventions de nombreux intervenants tout au long des deux journées qu’ont duré les assises avec lui, sur l’importance fondamentale du rôle des ATSEM, alors qu’elles sont trop souvent considérées comme de simples dames de service.

Au-delà du contenu des assises, qui marquent le début d’une réflexion plus profonde et engagée sur une plus longue durée, l’annonce de l’abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire a provoqué des craintes parmi les adhérents de France urbaine. En effet, ces derniers craignent que cette école devenue obligatoire dès trois ans n’entraine que les collectivités aient à payer, comme elles le font déjà pour les écoles élémentaires privées, le forfait communal pour les écoles maternelles privées. Nombre de villes le font déjà, mais pas toutes, et le surcoût que cela pourrait induire reste à calculer. Dans un communiqué de presse publié le 27 mars, France urbaine relève qu’outre le surcoût lui-même, vraisemblablement très compliqué à porter pour les villes, la nouvelle contractualisation liant l’Etat et les collectivités fait interdiction à ces dernières de dépasser une trajectoire d’augmentation de leurs dépenses de fonctionnement de 1,2 % sur la durée du mandat. Ceci implique que même si l’Etat devait compenser le surcoût, les collectivités ne pourraient assumer les dépenses complémentaires que cela impliquerait puisque leurs dépenses de fonctionnement sont dorénavant plafonnées.

La commission Education, réunie le lendemain (voir le compte-rendu par ailleurs), lance une étude plus précise du coût et des problèmes juridiques que cela pourrait poser et va solliciter une rencontre avec Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale, pour tenter d’y voir plus clair.

Contact : David Constans-Martigny

Date: 
Jeudi, 29 mars, 2018