Act'Urbaines
Culture et attractivité du territoire
17 novembre 2016

Essai de définition des droits culturels au Sénat

« Un enjeu majeur incontournable de la paix sociale reposant à la fois sur le respect de la diversité culturelle et des valeurs universelles ». Voici un début de définition proposé par Patrice Meyer-Bisch, philosophe et grand tenant de la notion des droits culturels depuis qu’il en a énoncé les principes dans une déclaration dite de « Fribourg », lors d’un colloque au Sénat le 15 novembre 2016.

Sylvie Robert, sénatrice d’Ille et Vilaine, adjointe au maire de Rennes et Marie-Christine Blandin, sénatrice du Nord (Hauts-de-France), souhaitaient en effet interroger les acteurs culturels sur les implications de l’introduction de ces droits dans la loi (à deux reprises, dans la loi NOTRe, en août 2015, puis dans la loi « relative à la Liberté de création, à l’architecture et au patrimoine », en juillet 2016).

La question méritait effectivement un examen approfondi, tant la notion reste floue et les interprétations par les uns et les autres divergentes : de la démocratisation culturelle et de l’égalité d’accès à la culture pour tous, pour Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, qui était venue ouvrir la journée, en passant par la diversité culturelle ou une meilleure manière de s’identifier soi-même en sachant mieux identifier son environnement pour Patrice Meyer-Bisch, encore, les contours du concept semblent difficile à définir.

Les droits culturels impliquent-ils ainsi une opposabilité, donnant la possibilité à une partie de la population de faire pression sur les programmateurs, voire sur les artistes eux-mêmes, au nom du respect de leur culture ? Peut-on à présent demander au juge administratif de forcer le maire à consacrer une part de son budget à des événements qui jusqu’à présent ne relevaient que du strict cadre familial ou communautaire ? A l’inverse, ces droits permettent-ils de sortir la culture du champ bourdieusien de la culture légitime, dominante, celle qu’on enseigne dans les écoles et les conservatoires, qui ne prend que lointainement en compte les aspirations et les évolutions de la société française et implique en regard des sous-cultures ? Aucune réponse à ces questions à ce stade.

Les conceptions varient dès lors grandement, et les divers intervenants ont préféré décrire la manière dont ils mettent en œuvre le concept plutôt que d’en tenter une définition qui aurait prêté à confusion : Benoit Careil, adjoint à la culture de la maire de Rennes, les décline par la biais de la co-construction de la politique culturelle de la ville au sein des états généraux de la culture et de l’ouverture d’une structure permanente de dialogue avec les habitants. Madeleine Louarn, metteure en scène et présidente du Syndeac, propose, quant à elle, une écriture contemporaine mêlant danse et théâtre avec des acteurs handicapés mentaux.

C’est peut-être finalement Emmanuel Wallon, professeur de sociologie politique à l’Université Paris Ouest Nanterre, qui aura le mieux résumé la situation en proposant un nouveau droit au sein des droits culturels, celui «  d’en avoir une interprétation propre »

Date: 
Jeudi, 17 novembre, 2016