A la Une
04 mai 2017

Emploi et territoires : de nombreux enseignements dans le 5ème rapport du CGET

Le 25 avril 2017, France urbaine a assisté à une séance de travail relative aux enjeux de la réforme territoriale sur l’emploi, organisée par le Club de prospective territoriale de « France stratégie », en partenariat avec le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) et l’Observatoire des territoires, créé en 2005, en poursuivant un double objectif : fournir une information plus complète aux acteurs territoriaux et au grand public et profiter des opportunités offertes  par l’avènement d’Internet et la diffusion de l’information géographique.

Le 5ème rapport, élaboré en décembre dernier, du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), intitulé « Emploi et territoires – rapport de l’Observatoire des territoires 2016 », appuyé sur un outil numérique très performant (voir ci-après la présentation du dispositif interactif de l’Observatoire), présente, en trois parties, les disparités territoriales françaises en matière d’emploi et de chômage.

Il commence par dresser le portrait de leurs évolutions pendant près de quarante années de mutations économiques (1975 – 2012), qui se caractérisent par un recul prononcé des emplois agricoles et industriels et une forte croissance des emplois tertiaires : 4,3 millions d’emplois industriels et agricoles ont disparu sur la période, tandis que 9,7 millions d’emplois furent créés dans le secteur tertiaire productif et dans la sphère publique. Cette tertiarisation des emplois s’est développée principalement dans les zones anciennement couvertes par des emplois agricoles (à l’ouest du pays principalement), pendant que les zones d’emploi industriel (le nord-est surtout) se sont orientées vers l’emploi public.

Sans surprise, le rapport met en exergue le renforcement sur cette période du contraste urbain/rural, entre des activités intellectuelles qui se concentrent dans les grands pôles urbains et des activités de production matérielle en déclin et diffuses dans les espaces ruraux. Les grandes aires urbaines connaissent ainsi la plus forte croissance de l’emploi : 81,5 % des emplois s’y concentraient en 2012 contre 78 % en 1975. Les couronnes des grands pôles sont dans la période récente (entre 1999 et 2012) les lieux d’accueil des plus forts taux de création d’emplois (+37 % par an). Ce constat est toutefois à nuancer puisqu’une étude analytique de cette croissance montre que seules les très grandes villes de l’ouest et du sud ont connu une croissance supérieure à la moyenne depuis 1975.

L’étude effectuée sur les marchés locaux du travail démontre une interdépendance croissante des espaces. A la différence de la géographie de la croissance de l’emploi qui n’a pas beaucoup varié depuis quarante ans (même si elle s’est resserrée sur les littoraux ouest et sud), celle du chômage n’a pas bougé depuis les années 1990 seulement. Les disparités sont, là, très marquées, puisque l’on constate des écarts s’échelonnant de 4,8 % dans les Yvelines à plus de 34 % en Guyane. Ces taux de chômage n’ont toutefois pas partout la même signification et masquent des dynamiques locales différentes : selon que sur la zone d’emploi le chômage est faible ou fort et qu’on le croise avec la croissance élevée ou faible du nombre d’emplois, on voit apparaître des territoires extrêmement dynamiques (Nantes, Orléans, Rennes, la vallée du Rhône ou la côte Basque, par exemple, ont ainsi un chômage faible et une forte croissance d’emplois) et des territoires en déprise économique (c’est le cas des territoires situés au sud de Lille, ou entre Paris et Strasbourg, par exemple, qui concentrent fort chômage et faible croissance des emplois). D’autres territoires, tels la bande reliant Perpignan à Nice, ou encore le nord de Bordeaux, connaissent, quant à eux, de manière atypique un fort chômage que croise pourtant une forte croissance des emplois.

Le rapport conclut sur l’emploi dans les départements d’outre-mer pour en constater la situation atypique et dégradée, liée à des contraintes bien spécifiques : les récentes émeutes qu’a connues la Guyane ont, pour une part, leur origine dans sa forte dépendance aux importations ainsi que dans les coûts de production locaux élevés. La démographie globalement très jeune de ces territoires que vient impacter un marché du travail très étroit implique un taux de chômage nettement plus élevé qu’en métropole (le taux d’emploi des 15-64 ans est particulièrement préoccupant, puisque moins de la moitié de cette population, d’âge actif, occupe un emploi), et qu’il s’ensuit une “déperdition“ importante des 20-34 ans qui rejoigne la métropole.

Le rapport fait donc le constat d’une grande pérennité des contrastes géographiques, doublée d’une polarisation urbaine qui s’accentue. Il invite à repenser la combinaison des politiques de développement économique, de logement, de transport, d’accès aux services publics, afin de mettre les acteurs locaux en capacité de créer de l’emploi localement.

Un outil de cartographie personnalisable à la disposition du public et des collectivités

Outre son 5ème Rapport relatif à l’emploi et aux territoires, l’Observatoire des territoires a présenté le nouvel outil d’ingénierie territoriale qu’il a développé, permettant aux collectivités et au public de réaliser sa propre cartographie interactive à partir des données fournies.

Pour ce faire, CGET et Observatoire ont recensé plus de 500 indicateurs de diverses natures, relatifs au temps de transport quotidien,  au taux de mortalité, à l’emploi, aux données fiscales, au profil sociologique des habitants, aux différents zonages… L’outil de cartographie interactive permet de produire des cartes d’autant plus précises qu’il est possible de combiner plusieurs indicateurs et que ces derniers sont régulièrement actualisés. Il permet également de comparer des indicateurs entre eux, voire de calculer un nouvel indicateur à partir des données mises à disposition. Enfin, il permet de réaliser ses propres agrégations de données avec la table de composition communale de l'ensemble des zonages diffusés sur le site.

L’Observatoire des territoires a également développé, dans ce cadre, un assistant « zonage », permettant une entrée par territoires afin de déterminer quels zonages concernent un territoire et de comparer, superposer ou analyser les zonages entre eux. Le recours à cet outil est à même de donner aux collectivités les éléments nécessaires pour mieux se connaître et mieux appréhender leur territoire afin de développer les politiques publiques les plus efficientes possibles. Il leur donne également la possibilité de comparer leur propre territoire aux autres territoires métropolitains et ultramarins, sur la base d’indicateurs choisis.

Date: 
Jeudi, 4 mai, 2017