Act'Urbaines
Culture et attractivité du territoire
26 juillet 2018

Demandez le programme : la commission culture s’est réunie à Arles

Rassemblée à Arles le 12 juillet 2018 avant l’annonce officielle du lancement de la capitale française de la culture et la présentation définitive de l’étude sur la généralisation de l’éducation artistique et culturelle par les élèves administrateurs de l’INET, la commission culture de France urbaine s’est penchée sur la mission permanente sur les festivals confiée par la Ministre de la culture Françoise Nyssen à Serge Kancel, inspecteur général des affaires culturelles, et a écouté les conclusions d’une étude menée en partenariat avec l’association des DAC des grandes villes et agglomérations et Sciences Po Grenoble.

 

Intervention de M. Serge Kancel, IGAC

Référent pour refonder et redynamiser la politique des festivals, Serge Kancel s’est vu confier une mission permanente et transversale. Cette mission est inédite : les grands festivals de spectacle vivant sont autant concernés que les salons du livre et tous les lieux où dans un moment resserré se déroule un événement culturel. Un rapport à la Ministre est prévu deux fois par an. Le premier rendu a eu lieu pendant le printemps de Bourges où la ministre a annoncé que le ministère allait proposer un panorama de tous les festivals de France : 7 à 8 000 festivals tous secteurs confondus. 3 à 4 000 seront mis en ligne au sein d’un site internet dédié autour du 20 juillet. En plus d'informer le public et les touristes sur les festivals proposés dans leur région, cet outil d'observation, nommé « panorama des festivals », devrait permettre d'étudier l'évolution du paysage d'année en année, la pérennité des festivals, les créations et les disparitions. Il servira aussi d’outil de pilotage et de suivi pour les politiques locales et nationales et l’attribution de subventions.

Ce panorama est ouvert à changement et les organisateurs pourront l’enrichir au fur et à mesure en écrivant à contact-panorama-festivals@culture.gouv.fr. Le fichier base sera en outre complètement ouvert à qui souhaite le voir.

 

Une circulaire va être rédigée pour les DRAC sur les critères d’accompagnement des festivals. La dernière circulaire, de 2003, indiquait que l’Etat devait sélectionner son engagement autour des festivals à rayonnement national, ou ceux qui ont un caractère structurant sur un territoire. Les DRAC ont pris cette directive au pied de la lettre et ont limité leur aide de manière très drastique. Certaines ont malgré tout accompagné sur le programme 224 « action en direction des publics » pour aider des festivals qui ne correspondaient pas à la directive de 2003. Une enquête est en cours pour identifier ces festivals. A première vue les DRAC aideraient 3 à 400 festivals en France, soit un rapport de un à dix.

La ministre a déjà esquissé une nouvelle matrice d’accompagnement :
 - La qualité ou l’excellence de la programmation, pour les festivals prestigieux ou pointus
- Les festivals qui vont vers l’émergence et la transdisciplinarité
- Les festivals structurants par rapport à une filière donnée pour la professionnalisation
- Une action de développement des publics (politique tarifaire modérée, en plus d’actions en direction des publics empêchés, contraints, des jeunes… tout au long de l’année)
- Une action de dynamisation d’un territoire, conjointe avec les structures qui travaillent à l’année
- La mise en valeur d’un site ou d’un monument (ou l’inverse)

Un 7ème critère est aussi mis en avant : la responsabilité sociale, sociétale et environnementale.

La ministre voudrait aussi préserver les festivals par le biais d’une charte partagée par les associations d’élus. En effet, un certain nombre de facteurs fragilisent les festivals : les coûts des plateaux artistiques, la sécurisation des festivals, la dépendance à la subvention publique, notamment territoriale, certains festivals vieillissent et doivent s’adapter, les jeunes publics vont vers des festivals organisés par des très grands groupes investisseurs qui concentrent leur action et cannibalisent à quelques groupes leurs artistes et leurs lieux. Cette concurrence fait monter les prix. La ministre est très attentive à ce sujet et une mission de l’inspection va être lancée pour examiner le sujet de la concentration à la rentrée.

 

Présentation de l’étude sur les politiques culturelles à l’heure de l’intercommunalité et des métropoles

France urbaine et l’association des directeurs des affaires culturelles des grandes villes et agglomérations de France (ADACGVAF) se sont associées pour réfléchir à ce sujet dont l’intérêt est grandissant sur le territoire national. Les deux associations ont fait appel à l’institut d’études politiques de Grenoble pour qu’une étude en détermine les principaux mouvements. Menée par deux étudiants et suivie par un maître de conférence, l’étude a montré une très grande diversité de situations selon les villes qui ont répondu à l’enquête, et s’est appuyée sur la part des dépenses culturelles de la Ville centre (ou « Ville siège ») comparée à l’intercommunalité. Ces informations ont été couplées avec d’autres indicateurs tels les évolutions tendancielles du budget culturel de la Ville et de l’intercommunalité sur les trois dernières années, la part du personnel culturel de la Ville centre par rapport à l’intercommunalité et la définition de l’intérêt communautaire.

 

L’étude distingue ainsi quatre catégories de collectivités :

  • Les émergents : ces EPCI ont des projets de transferts d’équipements en cours mais peuvent aussi consacrer des investissements importants dans la rénovation ou la création de nouveaux équipements. Les Villes centres ont des volumes de dépenses culturelles encore élevés comparés aux EPCI. Ces EPCI ont des compétences qui se limitent pour l’instant strictement à ce qui est prévu par la loi : « construction, aménagement, entretien et fonctionnement d’équipements culturels et sportifs {...} ». Ces EPCI ont un budget fonctionnement et investissement tendanciellement en hausse sur les trois dernières années.
  • Les focalisés : Ces EPCI ont une action qui se limite à la gestion d’équipements culturels métropolitains de manière directe ou indirecte. Ils se sont vus transférer la gestion d’un ou de quelques équipements qui étaient déjà existants. Une focalisation sur un ou quelques équipements permet à ces EPCI de les développer et d’en faire un pôle d’excellence ou une structure renommée. Les dépenses culturelles sont principalement inscrites au budget de la Ville centre. Les dépenses culturelles représentent 0 à 4% du budget global des EPCI de cette catégorie et sont uniquement concentrées sur les équipements.
  • Les équilibrés : Ils gèrent plusieurs équipements dans au moins deux champs différents : bibliothèque, SMAC, musée, conservatoire ou école d’art, équipement patrimonial, théâtre, ... En plus de la compétence optionnelle ou obligatoire, une compétence facultative peut être définie ou en cours de définition. L’intérêt communautaire est généralement bien détaillé pour le volet culturel. La répartition de leur dépense est équilibrée entre le fonctionnement et l’investissement.
  • Les engagés : Ces EPCI gèrent de nombreux équipements de toutes sortes et ont donc des dépenses de fonctionnement élevées. La part de leur investissement est plus faible, mais non négligeable. Ces EPCI ont des compétences à la fois obligatoires ou optionnelles (en fonction du statut de l’EPCI) et facultatives dans le domaine de la culture.

Partant de ces profils, l’étude développe une analyse autour de la transversalité existante dans la collectivité, favorisée par la mutualisation des services entre ville-centre et intercommunalité, notamment autour du développement économique, du patrimoine et du tourisme. Elle met en évidence les instances et les dynamiques de collaboration entre et avec les communes et les relations avec les échelons dits « supérieurs », le département, la région et l’Etat, pour montrer que de manière sûrement assez contrintuitive les premiers partenaires des intercommunalités seraient… les départements.

Par ailleurs, l’étude montre la force du portage politique, qu’il soit formalisé par le biais d’un projet politique ou incarné par un élu ou une équipe engagés et fait émerger l’injonction paradoxale accordée à la culture, entre rayonnement et proximité.

La prochaine réunion de la commission culture se tiendra jeudi 6 septembre à Rennes, en amont de l’université d’été de l’ANDEA.

Date: 
Jeudi, 26 juillet, 2018