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Cohésion sociale et politique de la ville
20 avril 2017

La commission « Politique de la ville » a auditionné les représentants des principaux candidats à la présidentielle

La commission dédiée à la Politique de la ville et à la cohésion sociale, commune à France urbaine, l’Association des Maires de France et l’Association des Maires Ville & Banlieue de France, présidée par Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, président de Toulouse Métropole, président de France urbaine, a auditionné, le 19 avril, les représentants des principaux candidats à l’élection présidentielle. Les thèmes abordés, contenus dans quatre questionnaires, portaient sur les principaux enjeux de la politique de la ville, le logement et la rénovation urbaine, l’éducation et l’emploi.

Les représentants des candidats étaient les suivants : Jean-Jacques Bridey, député-maire de Fresnes pour Emmanuel Macron ; Philippe Dallier, sénateur-maire de Pavillons-sous-Bois pour François Fillon ; Daniel Goldberg, député de Seine-Saint-Denis, pour Benoit Hamon ; Jeannick Le Lagadec, adjointe au maire de Champigny-sur-Marne, conseillère départementale déléguée du Val-de-Marne, pour Jean-Luc Mélenchon ; Mikaël Sala, secrétaire départemental du Front National du Val d’Oise pour Marine Le Pen.

A noter que, par souci d’égalité de traitement, les questionnaires avaient été adressés, par ailleurs, aux autres candidats : parmi eux, deux y ont, à ce jour, répondu : Jean Lassalle et Philippe Poutou.

La séance, qui a réuni de nombreux participants (élus, techniciens, collaborateurs, experts, journalistes) a été l’occasion de présenter les points de vue et analyses de chacun des représentants des candidats. Les débats ont été nombreux et riches avec la salle, en particulier sur le financement des programmes ANRU (en cours et à venir) et les conditions d’application de la loi SRU, sur les programmes de réussite éducative et d’accompagnement individualisé (avec la possibilité évoquée par les représentants de François Fillon et Emmanuel Macron de dédoubler les classes de CP/CE1, dans les quartiers les plus fragiles avec de forts taux d’échec scolaire), sur les défis de l’intercommunalité et de la proximité, sur le rôle de l’Etat dans les politiques de solidarité et de péréquation financière.

Si peu de réponses précises ont été apportées dans l’ensemble, les programmes évoqués, à l’exception de celui de Marine Le Pen, prévoient néanmoins la poursuite du Programme national de rénovation urbaine, porté par l’ANRU depuis 2003. « Il faut continuer et amplifier le travail de réparation sociale et urbaine des quartiers », a déclaré Jeannick Le Lagadec, proposant le renforcement du soutien aux associations, via notamment le dispositif des adultes relais. A noter que programme de Jean-Luc Mélenchon prévoit la réforme de l’ANRU qui a vocation, selon lui, à être entièrement financée par l’Etat (en lieu et place d’Action logement aujourd’hui).

« Des choses assez formidables ont été réalisées par l’ANRU. On n’entend pas abandonner la politique de rénovation urbaine. Les engagements pris seront tenus », a souligné Philippe Dallier, au nom de François Fillon. Le candidat Emmanuel Macron, voudrait, quant à lui, « remonter les crédits de l’ANRU à dix milliards d’euros », a précisé son représentant, Jean-Jacques Bridey.

A l’opposé, le programme du Front National prévoit de « rompre avec la politique de la ville qui a consisté à acheter la paix sociale à grands coups de subventions aux associations de banlieue », a déclaré Mikaël Sala. Ce dernier a rappelé l’engagement de Marine le Pen de mener une politique « d’attribution de logements sociaux prioritairement aux Français ». « Il faut consacrer 50 % du temps à l'école à l'apprentissage du français, afin de faire baisser le chômage dans les quartiers », a-t-il également déclaré, en appelant à une politique d’assimilation à l’endroit des populations immigrées et/ou issues de l’immigration.

Daniel Goldberg a appelé, au nom de Benoit Hamon, à « avoir une vision plus large de la politique de la ville », prenant en compte la zone urbaine dans son ensemble et non plus la commune. Evoquant la nécessité de construire des logements en très grand nombre pour répondre aux besoins exponentiels de la population, il a appelé à « un Etat stratège ». « Il faut que l’Etat reconnaisse qu'il n'est plus un acteur de terrain et que les politiques sont décidées au niveau des collectivités locales », a-t-il poursuivi. Et, pour permettre aux communes et EPCI d’anticiper en matière d’habitat, dans le cadre de leur programme local de l’habitat (PLH), le candidat socialiste prévoit une loi de programmation dédiée à la fiscalité foncière, pour la période 2018-2023.

Il fut aussi question d’emploi et de développement économique. Pour Jean-Luc Mélenchon, il importe de lutter contre la discrimination à l’emploi au travers des CV anonymes, a expliqué sa représentante, évoquant la « reconstitution de filières professionnelles », débouchant sur des “bac pro“. Voulant recentrer la politique de la ville sur les personnes plutôt que sur les territoires, Emmanuel Macron propose de transformer les zones franches existantes (aujourd’hui « Territoires entrepreneurs ») en emplois francs. « Les aides seraient données aux entreprises qui embauchent les habitants de ces quartiers, quel que soit le lieu où se situe l’entreprise », a expliqué Jean-Jacques Bridey : pour un CDI, l’aide s’élèverait à 5 000 euros par an pendant trois ans.

« Notre programme prévoit 40 milliards d’euros de baisse sur les charges des entreprises », a souligné Philippe Dallier, au nom de François Fillon. Et d’ajouter : « c’est comme cela que l’on relancera l’emploi. On ne réglera rien via les contrats aidés ». Interpellé sur le sujet, depuis la salle, sur les personnes très éloignées de l’emploi, le représentant du candidat « Les Républicains » a indiqué qu’il ne « proposait pas de jeter le bébé avec l’eau du bain » mais d’arrêter la « création de plus en plus massive de contrats aidés, car on n’arrive pas à relancer l’économie ».

Plusieurs représentants de candidats ont, en outre, appelé à conforter le rôle de la commune, s'interrogeant sur l'implication diverse des intercommunalités dans la politique de la ville, tout particulièrement en Ile-de-France, au sein de la Métropole du Grand Paris (MGP).

Dans sa conclusion, le président, Jean-Luc Moudenc, a regretté que la politique de la ville ne soit pas davantage abordée dans la campagne présidentielle, malgré l’importance du sujet pour la cohésion sociale et nationale. Il a donné rendez-vous au mercredi 28 juin : il y est prévu de recevoir le futur ministre, ou secrétaire d’Etat, en charge de la politique de la ville, au sein du prochain gouvernement.

Date: 
Jeudi, 20 avril, 2017