Act'Urbaines
Enseignement supérieur et recherche
02 juin 2016

« Campus en mouvement » : les présidents d’université en réunion à Orléans

Organisé sur le campus de l’université d’Orléans, du 25 au 27 mai 2016, sur le thème « Campus en mouvement », le colloque annuel de la Conférence des présidents d’université (CPU) a réuni de nombreux présidents d’universités, des universitaires enseignants et chercheurs, des personnels administratifs, ainsi que ceux qui ont en charge la politique d’enseignement supérieur et de recherche (ESR) dans les collectivités, l’Etat, la Caisse des dépôts et les associations. La manifestation a offert de nombreux espaces de réflexion afin d’échanger sur les différentes problématiques concernant la vie de campus, la communauté universitaire ou encore le territoire dans son ensemble.

Lors de la première table ronde, intitulée « Regards croisés sur la vie de campus », Charles-Eric Lemaignen, président de la communauté d’agglomération d’Orléans, président de l’AdCF, a affirmé la nécessité pour les collectivités locales d’investir dans les projets de campus. Pour cela, il est essentiel que les collectivités soient impliquées dans les processus de concertation afin que les projets soient co-construits. La gouvernance établie en France entre l’université autonome, l’Etat, la région et la collectivité locale doit être modifiée afin que cette dernière, actrice des politiques d’enseignement supérieur, porte une voix qui pèse dans le débat.

Des travaux dans six ateliers

Les six ateliers ont chacun laissé apparaître de nombreuses questions transverses, soulignant quelques éléments généraux : l’importance du rôle des services universitaires, la vie étudiante et la vie de campus comme deux sujets intrinsèquement reliés, un décloisonnement général des rôles occupés par les différents acteurs au sein du campus, une implication des étudiants qui doit dépasser le cadre habituel en prenant en compte l’ensemble de la ville, la question du bien social comme sujet primordial.

L’atelier « Campus et territoire » a souligné l’importance de créer des espaces de concertation plus ou moins institutionnalisés afin que les divers acteurs de la vie de campus puissent échanger. Une ingéniérie de projet s’avère nécessaire, car les schémas directeurs de la vie de campus n’ont de sens que s’ils sont fédérateurs. Enfin, il a été affirmé que l’ouverture des campus ne devait pas se faire au détriment de leur sécurité.

Les débats autour du thème « Campus citoyen » ont démontré à quel point la valorisation de l’engagement étudiant, domaine dans lequel les grandes écoles excellent, était fondamental. De même, une insuffisante communication en direction des étudiants a, de nombreuses fois, été évoquée et la proposition de nommer des “community managers“ afin de faciliter les échanges avec les étudiants a été accueillie très favorablement. En effet, l’engagement étudiant dans la vie de campus a des vertus sur la réussite universitaire, puisque l’étudiant est amené à passer plus de temps sur le campus en général et fréquente ainsi plus régulièrement les lieux d’étude qui sont mis à sa disposition.

L’importance des lieux d’échange au sein du campus a, à nouveau, été soulignée lors de l’atelier « Vivre ensemble ». Les lieux de passage ou de restauration occupent une importance cruciale dans la vie de campus afin que les différentes populations se croisent, se rencontrent et échangent. Il est désormais nécessaire de considérer les étudiants comme co-constructeurs du campus. Pour cela, le rôle des étudiants-relais apparaît primordial.

L’atelier « Gouvernance et acteurs du campus » a été marqué par la présence de nombreux représentants étudiants. Le débat visait à définir la place à donner aux différents acteurs sur le campus. Pour cela, la nécessité de mettre en place une étude qualitative évaluant les usages a été mise en avant. Il est aussi nécessaire de considérer la vie de campus comme vie politique : les étudiants se développent sur le campus, échangent et éprouvent la volonté de participer aux processus de réflexion et de décision de l’université. La participation de tous les acteurs aux problématiques du campus a été unanimement reconnue comme essentielle. L’espace d’échange a longtemps été concentré sur le titre du vice-président étudiant qui fait partie à part entière du conseil d’administration de l’établissement. Ce titre, et plus particulièrement sa compatibilité avec le bon suivi de la formation de l’étudiant, a été questionnée à plusieurs reprises. Il est finalement apparu qu’un emploi du temps aménagé rendait aisément compatible ces deux activités.

Par ailleurs, de nombreuses références aux schémas d’amélioration de la vie étudiante ont été faites, qui mettent en relief la nécessité d’élaborer une stratégie impliquant tous types d’acteurs : étudiants, collectivités locales, CROUS, COMUE. L’atelier a conclu sur l’évolution de la posture étudiante et le désir croissant d’être intégrés dans les espaces de réflexion et de décision de l’université. Ce qui laisse poindre une nouvelle question : jusqu’où la démocratie participative peut elle aller ?

Les discussions autour du thème « Campus du futur » ont présenté le campus de demain, dédié à la formation et à la recherche, mais intégrant de nombreuses fonctionnalités au cours de son évolution. Là encore, ce campus du futur a été présenté comme devant impliquer le plus grand nombre d’acteurs possible afin de co-construire et co-gérer les problématiques.

Par ailleurs, il a été rappelé que « le campus dans la ville » est indissociable de « la ville dans le campus », qui se doit d’être sociale, technologique, durable, mais pas technocentrée. Ici, la place de l’homme est essentielle. Comme l’a expliqué Gilles Baillat, ancien président de l’université de Reims Métropole : « l’université n’est pas un bâtiment mais un mode de vie ».

L’atelier « Quels modèles économiques pour la vie de campus ? » visait à trouver des solutions quant au financement de la vie de campus à l’époque des contraintes budgétaires. Il apparaît plus facile de financer la recherche par les entreprises que la vie de campus par ces mêmes acteurs. Cependant, un couplage logique peut être effectué avec les alumni (associations d’anciens élèves). De même, de nouveaux types de financements se font connaître : le “crowdfunding“, les modèles démonétisés d’échange, ou encore le développement de la marque « université ».

Dix propositions formulées

A l’issue de ces trois jours d’échange entre les acteurs des universités, dix propositions ont été formulées et seront ultérieurement discutées, retravaillées et votées lors de la prochaine assemblée plénière de la CPU qui aura lieu dans quelques semaines :

- le rassemblement de tous les acteurs de la vie de campus ;

- la création d’une mission territoire/université dans chaque établissement ;

- le développement de la présence des entreprises sur les campus et de la créativité des étudiants ;

- la transformation de l’université comme lieu de fête, de visites et de fierté ;

- la transformation des campus en lieux ouverts et vivant à toute période de l’année ;

- l’encouragement de l’engagement des personnels dans la vie de campus ;

- l’encouragement de l’engagement étudiant et de la formation professionnelle ;

- le développement des services universitaires visant le lien social et la vie de campus ;

- la transformation des campus en démonstrateurs de dispositifs innovants en matière d’accompagnement des transitions énergétique, économique et sociale ;

- la promotion de nouveaux modes de financement des campus.

Moments importants dans le déroulé du colloque, la ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Najat Vallaud-Belkacem et le secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Thierry Mandon, sont venus rassurer les universitaires que les annonces de coupes budgétaires avaient émus.

Date: 
Jeudi, 2 juin, 2016