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Enseignement supérieur et recherche
Numérique et innovation

Un séminaire sur le numérique, moteur du rapprochement des collectivités et des établissements ESR

05/02/2020

Le collectif ESR* a organisé un séminaire dont l’objectif était de comprendre en quoi le numérique est un levier de coopérations renforcées entre villes et universités.

En partenariat avec le média spécialisé News Tank Cities et dans les locaux de l’Institut Catholique de Paris, le collectif ESR a réuni, le 4 février 2020, universitaires, agents des collectivités et membres du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche pour tenter d’identifier en quoi le numérique pouvait être un levier de coopérations renforcées entre villes et universités, en faisant fonctionner de façon plus efficace la relation nécessaire entre la collectivité, les entreprises, les labos de recherche, au service de l’innovation.

Deux tables rondes et deux angles différents

La première table ronde, intitulée « l’intelligence par la mobilisation de l’ESR sur les grands défis urbains que doivent affronter les agglomérations », a eu pour objectif d’examiner comment les établissements d’ESR se mettent au service des collectivités en matière de recherche et d’innovation, permettant de développer de nouveaux usages de et dans la ville.
La deuxième table ronde, intitulée « l’intelligence collective sous forme de réseaux universitaires territoriaux », a voulu appréhender la manière dont se forment les alliances entre les centres urbains, les territoires qui les entourent et les institutions universitaires.

C’est Olivier Faron, administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), qui a ouvert les débats. Il a indiqué que pour ce qui concerne la formation à distance, et à la lumière de trois cohortes, le dispositif le plus efficace mâtinait numérique et présentiel. La recherche ne se fait pas non plus en circuit court : les coopérations les plus pertinentes ne se font pas forcément avec le laboratoire le plus proche, et le numérique permet ainsi de casser les découpages administratifs (ce que les campus connectés permettront de faire).

Les débats lors des tables rondes ont montré que la connaissance de son territoire, de ses actions, de ses atouts, de ses potentialités étaient des préalables indispensables à toute coopération. L’apport du numérique peut donc être d’abord le recueil des données sur le territoire, leur rapprochement avec d’autres données, leur contextualisation. Le numérique permet ainsi la valorisation, par la visualisation de ces données : la création de cartographies sont aujourd’hui indispensables pour comprendre vite ce qui est complexe.

Le numérique est aussi un facteur puissant d’inclusion, sociale de publics éloignés, ou nationale d’écosystèmes locaux excentrés des métropoles. Il permet de rendre possible des parcours de réussite, avec une multiplication de dispositif (campus connectés, cœur de territoire, autres). Même si l’apport du numérique ne peut pas se résumer à l’enseignement à distance : il rend possible l’innovation pour des territoires où il n’y a pas de chercheurs, où on ne sait pas ce qu’on peut demander à la recherche.

La recherche appliquée, partenariale, est ainsi au cœur de l’action publique augmentée par le numérique. Toutefois, vue d’un grand nombre de laboratoires universitaires, la recherche appliquée n’est pas ou peu « Shangaïzable » : c’est un inconvénient pour la carrière des chercheurs et donc un obstacle à l’engagement des jeunes chercheurs. Les CIFRE répondent partiellement au problème mais on sait que dans la majorité des cas ces doctorants doivent renoncer à enseigner.

La question de la valorisation de la recherche dans l’action publique se pose aussi (pas seulement pour les sciences humaines et sociales), avec la question du livrable pour l’action publique (équivalent du brevet, industrialisation/commercialisation). Par ailleurs des territoriaux peuvent faire de la recherche : on parle souvent de  territorialisation de la recherche (qui fait d’ailleurs l’objet d’un groupe de travail dans l’écriture de la loi de programmation pluriannuelle pour la recherche), mais il y a aussi un sujet d’universitarisation des territoriaux. Peut-être faudrait-il inventer un statut de territoriaux-universitaire,  comme il existe des hospitalo-universitaires ?

Le sujet de l’implication citoyenne des usagers, au-delà de la simple concertation, impose aussi le numérique, et des exemples d’outils tels que Fab Living Lab, le COTEN à Nancy, Nantes capitale européenne de l’innovation ont permis de le démontrer. Un état des lieux rapide montre qu’il existe un besoin de nouvelles méthodologies, sur lequel le numérique pourra aider, mais il faut aussi des lieux : on revient à cette nécessité de mixité entre les outils numériques et la rencontre physique.

Les campus connectés peuvent ainsi être un élément de dynamisation d’un territoire, mais cela entraîne de croiser des dispositifs, de créer des liens avec le développement économique, par exemple avec l’entrepreneuriat étudiant, et plus largement d’impliquer les employeurs locaux dans l’offre de formation à développer sur ces campus. La question de la co-construction de la gouvernance et des orientations stratégiques, notamment à travers les schémas, s’est posée, pour montrer que les territoires sur lesquels ont été engagées de telles démarches semblent avoir mieux saisi  les opportunités présentées par les appels à projet du Plan d’investissement d’avenir. Ces schémas restent toutefois limités à l’échelle de la métropole, ou de l’agglomération, sans englober les territoires avoisinants : c’est un des principaux sujets qui va animer les travaux du bloc local, à travers le chantier de " l’alliance des territoires".

* (France urbaine, l’AVUF, l’AdCF et la FNAU, avec le soutien de la Banque des territoires)