Share
Stratégies alimentaires territoriales
Covid-19

Stratégies alimentaires territoriales : les grandes villes font preuve d’ingéniosité pour soutenir un secteur sous tension

02/04/2020

Face à la pandémie de Covid-19, le secteur de l'alimentation est au cœur du dispositif de crise.

Besoin primaire de chaque individu, se nourrir est une activité indispensable, qui ne peut être interrompue ou mise en difficulté. Or comment garantir la sécurité et la qualité de l’approvisionnement alimentaire pour tous en période de crise sanitaire ?  
L’application de l’état d’urgence sanitaire a de nombreuses incidences sur la question alimentaire. Restriction des déplacements individuels, fermeture de marchés alimentaires, baisse de l’activité économique, problèmes de logistique, pénurie de main d’œuvre… les conséquences de la crise de Covid-19 sur le système alimentaire sont multiples. Elles appellent, dans les villes, à la mise en place d’initiatives et de solutions alternatives afin de garantir la sécurité et la qualité de l’approvisionnement alimentaire pour tous en milieu urbain, tout en faisant preuve de solidarité envers les producteurs locaux, situés dans les territoires péri-urbains et ruraux, mais aussi les publics vulnérables.

Pour faciliter l’échange de bonnes pratiques entre ses membres, France urbaine a fait circuler une première note recensant les initiatives mises en place dans les territoires, permettant de répondre à des situations d’urgence, notamment en direction des plus précaires. Ces initiatives constituent autant d’exemples qui permettent de dupliquer des dispositifs qui fonctionnent et ce, dans un contexte d’urgence.
L’enjeu consiste désormais à poursuivre ce travail de recensement pour répondre à la fois à un contexte inédit et  évolutif mais aussi mieux accompagner les territoires. C’est pourquoi France urbaine s’est associée à RESOLIS et l’association Terres en villes pour mener ce travail de recensement collectif.

Interdiction des marchés : la situation dans les grandes villes
 
Suite à la parution du décret du 23 mars, le gouvernement a décidé le principe de la fermeture des marchés tout en prévoyant, au cas par cas, la possibilité pour les maires d’adresser aux préfets des demandes de dérogations sous réserve, d’un strict respect des consignes d’hygiène et de sécurité.
L’enquête réalisée par France urbaine, en prévision du Conseil d’administration du 28 mars, a permis d’établir qu’il existait, parmi les 28 villes interrogées une grande hétérogénéité de situations quant à la possibilité de maintenir ou non les marchés, révélant des différences d’interprétation et d’application du décret selon les territoires. Si une majorité de villes s’est conformée à l’obligation de fermeture de l’ensemble des marchés, d’autres ont souhaité bénéficier de dérogations afin de répondre à un besoin spécifique local, notamment lorsque les alternatives d’approvisionnement sont faibles.
 
Dans un courrier adressé le 30 mars au Premier ministre, France urbaine a rappelé que les consignes sanitaires doivent être les mêmes pour tous les types de commerce alimentaire (supermarchés, commerces de proximité, marchés ouverts) sur l’ensemble du territoire et doivent être respectées par tous. Il ne peut y avoir en la matière de différence de traitement selon la nature du commerce alimentaire.
 
De façon complémentaire, France urbaine a rappelé que la période actuelle nous oblige à une action coordonnée des services de l’Etat et des élus pour trouver les réponses les mieux adaptées à chaque situation locale (règles sanitaires, typologie de chaque territoire, distance kilométrique de la population avec les commerces alimentaires etc.) en s’appuyant, dans un esprit de confiance, sur la connaissance qu’ont les élus des territoires qu’ils administrent ainsi que sur leurs capacités à faire respecter les procédure de controles et d’hygiènes les plus strictes.
Un guide méthodologique, publié le 31 mars et élaboré par une quinzaine d'organisations professionnelles avec les ministères de l'Économie, de l'Agriculture et de la Santé a été transmis aux représentants de l'État afin de détailler précisément les conditions nécessaires à une réouverture. Certains préfets sont d’ores et déjà revenus sur leurs décisions, entraînant ainsi la réouverture d’un quart des marchés en France.
 
Production, approvisionnement et distribution : l’urgence de préserver tous les maillons de la chaîne alimentaire
 
La crise du Covid-19 crée de fortes tensions sur l’ensemble de la chaîne alimentaire et appelle à une adaptation permanente pour répondre aux différentes problématiques posées par la pandémie. Parmi les problématiques relevées :

  • La gestion des stocks de marchandises, de façon à approvisionner de façon fluide et continue les commerces alimentaires, et notamment les grandes et moyennes surfaces ;
  • La fermeture des marchés, risquant de reporter l’offre alimentaire vers les grandes et moyennes surfaces déjà saturées, tout en mettant en difficulté les producteurs locaux qui ne peuvent plus écouler leurs marchandises ;
  • La nécessité mise en place des solutions de livraisons alternatives, de Drive et de livraisons à domicile dans un contexte où les délais d’attentes pour les livraisons classiques ont fortement augmenté (deux semaines en moyenne) ;
  • L’urgence de pallier le manque de main d’œuvre dans le domaine agricole, les travailleurs saisonniers, pour la plupart étrangers, ne pouvant plus désormais entrer sur le territoire.

 
Pour répondre au mieux et le plus efficacement dans un secteur mis sous tension, plusieurs initiatives ont été mises en place par les villes, qui agissent en activant différents leviers.
 

  • Des solutions alternatives de distribution : pour remplacer les marchés, de nombreuses villes ont mis en place des solutions alternatives comme la livraison de paniers ou l’organisation de point de retrait/Drive.  Des points fixes permettent aux citoyens de venir chercher des produits commandés sur internet avec l'organisation de créneaux horaires de récupération pour éviter les attroupements. D’autres villes ont pu s’appuyer sur leur marché d’intérêt national (MIN). Les MIN jouent un rôle capital dans la chaîne alimentaire, en facilitant la vente des productions agricoles locales de qualité. Ce sont des lieux où peuvent aussi s’organiser des actions collectives (stockage, distribution, voire transformation des produits) sans nuire aux initiatives plus ciblées de circuits courts entre producteurs et consommateurs. 
  • Un soutien aux circuits courts : mise à disposition de lieux de vente pour les producteurs, accompagnement des commerces de producteurs sur les mesures barrières, recensement des produits invendus auprès des producteurs afin de les mettre en relation avec de nouvelles structures ou des points de vente individuels et collectifs et/ou en direction d’associations caritatives, soutien au recrutement de salariés agricoles… de nombreuses initiatives voient le jour pour soutenir les circuits de proximité.
  • La préservation des Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (AMAP) pendant la période de crise : Le statut des AMAP et leur maintien en période de crise a suscité de nombreuses interrogations parmi les membres de France urbaine avec deux demandes principales :
    - Laisser la possibilité aux personnes d’aller chercher leurs paniers, même si le point de retrait est situé à plus de 500 mètres de leur lieu d’habitation sans les verbaliser (pour ce faire, mettre à jour les réponses aux questions sur le Covid-19 pour les déplacements) ;
    - Avec la fermeture de certains lieux habituels de distribution, leur donner la possibilité de disposer d’un lieu sur la voie publique /un espace public pour assurer l’aide alimentaire. Il est apparu que dans la mesure où des autorisations d’occupation temporaire (AOT) sont délivrées par la mairie, donc contrôlables par les forces de l'ordre, et que les AMAP ne vendent pas leur production à des clients autres que ceux qui ont réservé les paniers à l'avance, ils peuvent poursuivre leur activité sous réserve de bien faire respecter les gestes-barrières. Il s’agit là d’un dispositif efficace pour soutenir les circuits-courts tout en permettant aux consommateurs de disposer de produits locaux de qualité en période crise. 
  • L’accompagnement des personnes précaires : Maintenir les distributions alimentaires en direction des personnes vulnérables, en lien avec les acteurs locaux (associations caritatives, épiceries solidaires, banques alimentaires...) constitue une priorité dans toutes les grandes villes. Dans ce domaine, les initiatives sont nombreuses : portage de repas à domicile, mise en place de lieux de distribution alimentaire supplémentaires, aide à l’obtention d’aides financières pour l’achat d’aliments et de produits de première nécessité, mise à disposition d’agents municipaux et intercommunaux volontaires pour le soutien à l’aide alimentaire...  
  • L’accueil des enfants des personnels du domaine de l’alimentation : France urbaine appelle à considérer, au titre des publics prioritaires, les enfants des personnes en charge du maintien de la chaine alimentaire, à l’instar des enfants des personnels soignants, pour ce qui concerne l’accueil dans les écoles et les établissements de petite-enfance.

 
Amplifier la démarche de recensement pour mieux accompagner les territoires
 
Les initiatives prises par les villes et les intercommunalités pour répondre au contexte d’urgence constituent autant d’exemples pouvant inspirer d’autres villes et apporter ainsi un soutien essentiel.  L’enjeu consiste désormais à poursuivre ce travail de recensement des initiatives qui se multiplient pour répondre à des contextes très évolutifs afin d’accompagner au mieux tous les territoires.

C’est pourquoi France urbaine, en partenariat avec RESOLIS et en collaboration avec Terres en villes, a sollicité ses membres pour recenser les initiatives prises dans 7 domaines :

  1. Interaction avec les producteurs locaux pour éviter la perte de leurs productions et valoriser les produits locaux ;
  2. Organisation de circuits de proximité et mise à disposition de lieux sécurisés de stockage ou d’échanges ;
  3. Organisation d’une logistique de mise à disposition des produits alimentaires, question des livraisons sécurisées ;
  4. Interactions avec la grande et moyenne distribution ;
  5. Soutien aux publics précaires ou fragilisés ;
  6. Actions de communication et de sensibilisation (en direction des consommateurs, des producteurs, des autres acteurs des chaines alimentaires) ;
  7. Interaction avec les autres collectivités et manifestation d’une « Alliance des territoires », le cas échéant en lien avec les acteurs des territoires correspondants ;
  8. Autres domaines importants.

 
France urbaine, RESOLIS et Terres en villes partageront les résultats de cette enquête avec leurs différents partenaires afin de faciliter l’échange d’expériences et de bonnes pratiques entre les acteurs des territoires.