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Enseignement supérieur et recherche

Réseau des collectivités ESR : retour sur six années de rapprochement des collectivités et des universités

31/01/2019
Lors d’une conférence de presse organisée le 30 janvier 2019, Catherine Vautrin, présidente de la communauté urbaine du Grand Reims et présidente de la commission enseignement supérieur et recherche (ESR) de France urbaine, est revenue sur les travaux que mènent les associations réunies au sein du réseau des collectivités ESR : France urbaine, l’AdCF, la FNAU et l’AVUF, parfois Villes de France, en partenariat avec la conférence des présidents d’université (CPU) et le soutien de la Banque des territoires.

 

En effet, depuis six ans et la préparation de la loi Fioraso, puis des lois MAPTAM et NOTRE, les cinq associations de collectivités les plus concernées par l’enseignement supérieur et la recherche (AdCF, AVUF, France urbaine, FNAU et Villes de France) ont souhaité travailler ensemble pour apporter de l’expertise, des outils documentaires ou méthodologiques, des temps de réflexion ou d’analyse, et surtout des idées nouvelles à leurs réseaux respectifs, dans l’idée de faire reconnaître le  rôle utile  des collectivités urbaines dans l’évolution du paysage universitaire français et de faire émerger des collaborations inédites avec les acteurs de l’ESR.

Une série de travaux ont été menés entre 2013 et 2017, qui ont abouti à 5 séminaires dont la synthèse a fait l’objet d’une publication en 2018. Cette dynamique a été renouvelée par un nouveau conventionnement avec la Banque des territoires, et le collectif ESR a axé ses travaux en 2018 et 2019 sur les champs suivants :

  • Le logement étudiant
  • Le développement économique, notamment par la formation professionnelle
  • Le programme Action Cœur de Ville
  • La transition énergétique
1 - Le logement étudiant
Associant les ministères de l’Enseignement Supérieur et de la Cohésion des Territoires et les services de l’Etat (INSEE, CNAF), les acteurs du logement (Crous, Aires, ANIL, USH) et de l’enseignement supérieur (OVE et réseau sup), des collectivités territoriales et des agences d’urbanisme, le réseau a mis en place une méthodologie pour initier des observatoires territoriaux du logement des étudiants.
Outils d’aide à la décision, ces observatoires ont pour ambition de permettre de :
  • comprendre l’évolution des besoins et de l’offre et leur articulation avec ceux de l’enseignement supérieur et du territoire et les marchés du logement ;
  • faire dialoguer des acteurs aux objectifs divers ;
  • intégrer la problématique dans les politiques locales de l’habitat.

Ces observatoires territoriaux ont donc pour but de réunir les collectivités territoriales, les établissements et les acteurs du logement des étudiants et de l’enseignement supérieur, afin d’avoir une connaissance et une réflexion globale autour de cette problématique.
Ces observatoires territoriaux ont également vocation à s’inscrire dans la dynamique du plan 60 000 logements étudiants lancé par le gouvernement. Ce plan est accompagné d’un observatoire national du logement des étudiants. En dialogue avec les ministères de la cohésion des territoires et de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, cet observatoire s’articulera avec les observatoires locaux sur la base d’un ensemble d’indicateurs commun et d’une mutualisation de la base de données des résidences dédiées géo-référencée. Deux phases de labellisation sont prévues en janvier et mars 2019.
 

2 – Développement économique (notamment la formation professionnelle)
L’ESR est naturellement un levier du développement économique des territoires. D’abord directement par l’impact des ressources « injectées » sur les territoires à travers les salaires des enseignants et du personnel administratif des établissements, les moyens financiers des étudiants accueillis, les moyens de fonctionnement (contrats/ consommation) des établissements – cet aspect fera l’objet d’un séminaire à Roanne les 5 et 6 juin prochain.
Mais aussi par l’apport « indirect » de l’ESR : sa capacité à irriguer un territoire par le mode consommation (culturel, sportif, festif) des populations étudiantes et enseignantes, par les mouvements  de rayonnement de ces établissements (rayonnement régional, national et souvent international), par l’adaptation des formations initiales aux attentes des bassins d’emploi, par les connexions à  créer entre les labos des établissements d’enseignement supérieur et de recherche et les PME/PMI des territoires, ou encore par une forme de fertilisation croisée sur certains  enjeux partagés, à l’exemple des transitions énergétique et écologiques (les bâtiments, l’inscription des campus dans la ville, la mobilité, etc).

L’enjeu de la formation professionnelle sur ces aspects est central. Dans nombre bassins d’emploi, les entreprises peinent à recruter car elles ne trouvent pas les profils correspondants à leurs besoins, des qualifications parfois rares – comme en informatique ou les métiers du numérique- mais aussi, très souvent, assez traditionnelles : soudeur, chaudronnier, etc. Ce déficit qui bride la croissance potentielle, est très sensible dans l’industrie.

Parallèlement le gouvernement a fait de la formation professionnelle un enjeu central du quinquennat par une réforme entrée en vigueur le 1er janvier, dont les effets ne se feront sentir que progressivement car elle pousse tous les acteurs doivent se repositionner. Les Universités et les Grands Ecoles, qui s’interrogent sur leurs activités et leur financement peuvent trouver dans la formation professionnelle une solution crédible à des problèmes structurels. C’est dans ce paysage le réseau des collectivités ESR a organisé un colloque  sur l’offre de formation professionnelle, et que des travaux conduiront d’être menés dans une recherche de collaboration avec les régions.

3 - Le programme Action Cœur de Ville
A l’automne 2018 le gouvernement a signé le convention cadre du contrat « Action cœur de Ville » avec 222 villes (et intercommunalités). Face à la désertification commerciale  et démographique des centres-villes des villes petites et moyennes, devant la paupérisation rapide de certains de ces centres-villes, le gouvernement a lancé un plan doté de 5 mds d’€ sur 5 ans  (dont 1,7 Mds D’€ de la caisse des dépôts, 1,5 Mds d’ « action logement », 1,2 Mds de l’ANAH). Ces sommes doivent être augmentées des financements des villes et des agglos concernées et des autres partenaires qui seront éventuellement impliqués. Un effort important est prévu sur l’ingénierie pour aider les territoires à faire émerger des projets qui leur soient propres quand ils sont prêts (« mûrs »). Les associations du collectif ESR ont regretté que l’ESR n’ait pas été identifié comme un levier pour redonner vie à une centralité en déclin ; elles ont en conséquence lancé une étude sur la place de l’ESR dans les 222 villes du plan ACV. Le rapport final de cette étude doit donner à voir des opérations exemplaires qui relèvent de l’ESR (logement étudiant, déménagement/ création  de bâtiments, équipements universitaires mixtes, mobilités, transition énergétique, etc.) et préconiser quelques bonnes pratiques structurantes. Cette étude sortira en mars 2019.


4 - La transition énergétique
La transition énergétique est un impératif pour tous : pour réduire les dépenses des collectivités et des universités, pour améliorer la balance commerciale de la France et pour lutter contre le changement climatique. Or peu de collectivités tirent pleinement parti des compétences universitaires ou des écoles d’ingénieurs de leur territoire pour co-construire leurs transitions énergétiques, et peu de villes et de métropoles mettent à disposition des  établissements d’enseignement supérieur les expertises et instruments qu’elles développent.
Le collectif ESR a initié en novembre 2018 un travail de recensement de territoires « exemplaires » ou ayant mené des actions significatives de collaboration Collectivité - établissement d'ESR dans ces domaines, ou bien des démarches unilatérales présentant un fort potentiel de transférabilité.

Ce recensement a permis de faire émerger 12 exemples inspirants, portant sur des sujets aussi divers que :

  • la rénovation énergétique des bâtiments (comme à Grenoble et Perpignan)
  • la production de chaleur partagée (comme à Nantes avec une structure commune dédiée)
  • l’organisation des schémas de transports ou plans de mobilité (Brest, Clermont-Ferrand, Rennes ou Nancy)
  • la maîtrise des usages (Lille)
  • la récupération de chaleur perdue (à nouveau Grenoble)
  • et des démarches totalement systémiques associant la collectivité et l’université (comme à Rouen et sa COP 21 locale ou encore Nancy avec son COTEN).
Un séminaire a été organisé le 31 janvier 2019 pour partager les conclusions de ce recensement, analyser les facteurs de réussite, les freins ainsi que les obstacles à lever, afin de mieux appréhender les bénéfices réciproques et surtout de renforcer les coopérations en faveur de la transition énergétique.