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Stratégies alimentaires territoriales
Europe et international

L'Europe doit reconnaître l'alimentation comme secteur stratégique

16/10/2020

Les territoires jouent un rôle central dans la transition et la résilience alimentaires. Leur capacité d’action doit être renforcée par une révision des approches de l’Etat et de l’Europe.

Transition, résilience, souveraineté alimentaire : les difficultés rencontrées par les chaînes logistiques traditionnelles pendant le confinement ont attribué une place centrale à ces notions dans le cadre des politiques publiques de l'ère Covid. France urbaine promeut depuis des années une alimentation territoriale plus durable, et compte renforcer son action dans ce domaine. Son conseiller en charge des stratégies alimentaires territoriales, Kader Makhlouf, a expliqué à La Tribune les principaux enjeux des mois à venir pour les territoires.

La crise liée au Covid a remis l'ac­cent sur la né­ces­sité de ren­for­cer la sou­ve­rai­neté ali­men­taire na­tio­nale. Quel rôle peuvent jouer les ter­ri­toires ?

KADER MAK­HLOUF - La crise l'a prouvé : les grandes villes oc­cupent une place es­sen­tielle dans le sys­tème ali­men­taire, qui doit être confor­tée da­van­tage. Elles sont les pre­miers pôles de consom­ma­tion. Elles ont donc une vi­sion glo­bale de l'ali­men­ta­tion, dans toutes ses étapes, de la pro­duc­tion au re­cy­clage des dé­chets, en pas­sant par l'ap­pro­vi­sion­ne­ment et, jus­te­ment, par la consom­ma­tion. Elles re­pré­sentent éga­le­ment un ac­teur cen­tral dans la lutte contre la pré­ca­rité ali­men­taire, qui est en train de s'ag­gra­ver, puisque c'est dans les ter­ri­toires ur­bains que vivent deux tiers des per­sonnes les plus pauvres en France. Et elles consti­tuent un maillon cen­tral de la re­la­tion entre es­paces ur­bains, péri-ur­bains et ru­raux. La tran­si­tion ali­men­taire ne peut donc pas se faire sans les villes.

De nom­breux fac­teurs de la ré­si­lience lo­cale dé­pendent néan­moins de ré­gle­men­ta­tions en dis­cus­sion au ni­veau na­tio­nal, voire eu­ro­péen. Quels sont les prin­ci­paux ren­dez-vous que les ins­tances lo­cales doivent avoir à l'es­prit ?

Beau­coup de le­viers peuvent être mo­bi­li­sés et sont déjà uti­li­sés à l'échelle lo­cale : en ma­tière de res­tau­ra­tion sco­laire, de fon­cier agri­cole, d'ac­tions d'édu­ca­tion et de sen­si­bi­li­sa­tion, de lutte contre la pré­ca­rité… Mais si on veut aller plus loin et ac­cé­lé­rer le mou­ve­ment, c'est vrai que l'ac­tion lo­cale dé­pend aussi de ce qui peut être fait, ou par l'Etat, voire par l'Union eu­ro­péenne. Au ni­veau na­tio­nal, les échéances à suivre avec at­ten­tion sont nom­breuses : la tra­duc­tion lé­gis­la­tive des nom­breuses me­sures en ma­tière d'ali­men­ta­tion de la Conven­tion eu­ro­péenne pour le cli­mat ; la re­dé­fi­ni­tion de cer­tains fi­nan­ce­ments pu­blics, très im­por­tants pour sou­te­nir les stra­té­gies ali­men­taires ter­ri­to­riales ; l'af­fi­ne­ment du plan de re­lance fran­çais ; la né­go­cia­tion en cours entre l'Union eu­ro­péenne, l'Etat et les ré­gions sur les fonds struc­tu­rels eu­ro­péens pour la pé­riode 2021-2027 ; ainsi que le débat sur la nou­velle Po­li­tique agri­cole com­mune (PAC).
 

Propos reccueillis par Giulietta Gamberini/ La Tribune