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Alliance des territoires
Cohésion territoriale

Les nouvelles relations villes-campagnes au sein de la transition socio-écologique : panorama de la situation française

23/12/2019

Retrouvez le second numéro de la publication commune "En Bref villes et campagnes coopèrent" de Sol et Civilisation, la Caisse des Dépôts, France urbaine et la Fondation Avril.

Depuis le XXIe siècle, la décentralisation de certaines politiques publiques, l’incitation au déploiement local de projets alimentaires et agricoles, ou de production d’énergies renouvelables et plus largement la mise à l’agenda des enjeux climatiques et énergétiques dans un objectif de transition socio-écologique ont créé un contexte favorable à la montée en puissance des acteurs locaux. Leur capacité d’action était en effet jusqu’ici très limitée au sein du régime socio-écologique industriel du fait de la complexification des marchés et de la multiplication des intermédiaires et des acteurs agissant à des échelles très variées.

Plus généralement, c’est la transformation du métabolisme territorial – soit l’ensemble des flux d’énergie et de matières mis en jeu par le fonctionnement d’une société inscrite dans un territoire - qui est mise à l’agenda. Dans ce cadre, le rôle des villes -que l’on place derrière ce terme le pouvoir local ou le territoire urbain- est sans cesse réaffirmé, ce qui questionne leur autonomie tant décisionnelle que physique. En effet, si elles gagnent sur le premier tableau, elles restent très dépendantes de sources extérieures d’approvisionnement et les gisements urbains sont loin de pouvoir couvrir la demande, quand bien même celle-ci serait contenue, l’externalisation du métabolisme étant consubstantielle à la ville. Par conséquent, la maîtrise des flux d’énergie et de matières urbains peut passer par la (re)création de liens entre les villes et les territoires susceptibles de les approvisionner, notamment les campagnes. Il s’agit aussi en cela de prendre en compte les nombreuses relations existantes entre ces différents types de flux de matières et d’énergie (voir le water-food-energy-nexus) rendus invisibles par la démarche sectorielle inhérente au sein du régime socio-écologique industriel. La production agricole et alimentaire, et la gestion des déchets organiques sont singulièrement liés. Les déchets organiques sont particulièrement riches en azote et phosphore - deux éléments nécessaires à la production des denrées alimentaires - ; si les villes décident de les garder en propre pour satisfaire leurs besoins, par exemple en les incinérant pour produire de la chaleur, le retour à la terre de ces éléments n’aura pas lieu. Pour autant ce bouclage est crucial : la non-organisation du retour à la terre de ces déchets organiques participe à l’appauvrissement des sols, aujourd’hui compensé par les engrais industriels. Toutefois, ce système atteint ses limites avec l’épuisement des mines de phosphate et les impacts environnementaux des intrants agricoles. Pour autant ce bouclage est crucial : la non-organisation du retour à la terre de ces déchets organiques participe à l’appauvrissement des sols, aujourd’hui compensé par les engrais industriels. Toutefois, ce système atteint ses limites avec l’épuisement des mines de phosphate et les impacts environnementaux des intrants agricoles. 

Au regard de nos observations empiriques sur ces relations et de la revue de la bibliographie les abordant, nous posons l’hypothèse qu’elles peuvent s’incarner principalement de deux façons : au prisme d’une sécurisation des ressources des campagnes par les villes ou bien d’un mutualisme villes-campagnes. Le premier se traduirait par le développement de prérogatives extraterritoriales des villes sur les campagnes pour sécuriser l’accès aux ressources extra-urbaines ; les campagnes seraient alors des territoires servants des villes. Une autre voie serait celle du mutualisme villes-campagnes qu’incarnerait la co-mobilisation des ressources des villes et des campagnes pour répondre à leurs besoins et qui conduirait à dépasser le point de vue urbano-centré : villes et campagnes pourraient agir de manière coordonnée sur la transformation du métabolisme territorial. Cette perspective du mutualisme est très largement relayée par les acteurs publics nationaux, régionaux et locaux mais aussi diverses associations comme le CLER, le réseau pour la transition énergétique. Les nombreux séminaires et journées d’études sur ces liens, ainsi que l’expérimentation en 2015 des contrats de réciprocité ville-campagne, et plus récemment l’alliance des territoires prévue dans le volet coopération du pacte Etat-Métropole en témoignent.

Aujourd’hui, la connaissance de ces relations entre villes et campagnes (abrégé par la suite en « relations villes-campagnes »), et plus particulièrement leur incarnation au prisme d’un mutualisme ou d’une sécurisation des ressources, reste lacunaire et spécifique.

Ce deuxième numéro « en bref villes et campagnes coopèrent » vise à apporter des éléments de connaissance de cette situation en dressant un panorama des relations villes-campagnes existantes en France dans le cadre de la transition socio-écologique. Les résultats présentés dans cet article sont issus d’un recensement réalisé à l’échelle de la France métropolitaine. La première partie présente ce travail et donne quelques chiffres clés sur le développement des nouvelles relations villes-campagnes. La seconde partie les présente plus en détail à travers une typologie que nous avons définie, en insistant sur le rôle des collectivités locales et sur la manière dont les acteurs les conçoivent (mutualisme ou sécurisation urbaine des ressources ?) et agissent sur le fonctionnement du métabolisme territorial.
 

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