Share
Europe et international

#JNFUToulouse2019 - Retour sur l'atelier «Action internationale des grandes villes : Evolutions, enjeux et perspectives »

24/04/2019

Revivez l’atelier «Action internationale des grandes villes : Evolutions, enjeux et perspectives », proposé dans le cadre des Journées Nationales de France urbaine, les 28 et 29 mars derniers.

Comment les grandes villes appréhendent-elles aujourd’hui les questions internationales ? Près de 50 ans après la mise en place des premiers projets de coopération décentralisée, l’action internationale des villes et des métropoles a connu de nombreuses évolutions en passant de la notion de jumelage des villes à un ensemble de coopérations qui recouvre de nombreux champs : aide au développement, coopérations techniques, valorisation de l’expertise urbaine française à l’international,  promotion des savoir-faire, rayonnement  et attractivité etc. 

Comment l’action internationale des  grandes villes s’articule-t-elle avec l’action de l’Etat ? De quels moyens techniques et financiers disposent les villes pour agir à l’international ? Quelles stratégies d’influence et de rayonnement sont mises en place  dans les métropoles ? Dans quelle mesure les villes françaises peuvent-elle contribuer à la recherche de nouvelles solutions face aux grands défis contemporains que sont l’urbanisation, le dérèglement climatique ou encore la sécurité alimentaire ?

L’atelier organisé par France urbaine lors de ses Journées Nationales, à Toulouse, les 28 et 29 mars,  a permis d’aborder l’ensemble de ces enjeux en réunissant à la fois des représentants institutionnels : Christine Moro, Ambassadeur déléguée à l’action extérieure des collectivités territoriales (DAECT), Hervé Boisguillaume, Directeur de projet Ville durable chez Vivapolis ainsi que des élus de grandes villes et métropoles (Michèle Lutz, Maire de Mulhouse, et Jean-Claude Dardelet, Vice-président en charge des affaires internationales à Toulouse Métropole).  

Madame Christine Moro a, dans un premier temps, présenté les priorités d’intervention du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères avant de détailler les divers instruments financiers auxquels les collectivités territoriales sont éligibles pour mener des actions à l’international. 

Outre les appels à projets du MEAE, lesquels peuvent être généraux, thématiques ou bilatéraux, Madame Moro a rappelé que l’Agence française de développement accompagne également,  via la FICOLE, les projets de collectivités à l’internationale. Créée en 2014, la Facilité de financement des collectivités territoriales françaises permet à l’AFD de financer directement des projets initiés, puis mis en œuvre par les collectivités territoriales françaises. Cet outil, auquel de nombreuses grandes villes ont désormais recours, permet de financer des projets structurants dont le montant doit s’élever, au minimum, à 250 000 euros.

Si l’action internationale des collectivités suscite parfois des interrogations, Madame Moro a pu rappeler, chiffres à l’appui, que les grandes villes et les intercommunalités ont renforcé leur présence à l’international ces dernières années. Cet engagement est d’autant plus nécessaire que l’action des grandes villes à l’international permet de répondre en partie aux nombreux défis auxquels sont confrontées les villes. Le phénomène d’urbanisation massive, à l’échelle mondiale, appelle à trouver des solutions nouvelles pour améliorer la qualité de vie des habitants. Les transports, les services publics, la lutte contre le changement climatique ou encore l’alimentation sont autant de domaines sur lesquels les collectivités françaises ont développé des savoir-faire précieux. Loin de faire doublon, l’action des villes à l’international est complémentaire de celle de l’Etat.  En ce sens, l’implication et le soutien de la DAECT  aux collectivités est essentiel.

Si les possibilités d’intervention et les opportunités de financement sont nombreuses, les collectivités développent des stratégies différentes à l’international, en tenant compte des spécificités de chaque territoire.  De par sa position géographique, la ville de Mulhouse, idéalement située au cœur des trois frontières et reliée à l’Allemagne et à la Suisse par le Rhin, a naturellement privilégié les coopérations transfrontalières comme l’a rappelé Michèle Lutz, maire de Mulhouse.

Ainsi les villes de Bâle, Fribourg et Mulhouse ont mis en place des instances de coopération transfrontalière sur le territoire du Rhin supérieur dans l’objectif de développer une stratégie commune autour des axes suivants :

  • Développer ensemble l’industrie du futur en s’appuyant sur les activités industrielles historiques des trois territoires (Bâle dans le secteur de la  chimie pharmaceutique, Fribourg dans le domaine de la recherche et développement dans les sciences et techniques environnementales, Mulhouse dans le domaine de l’automobile)
  • Renforcer la coopération universitaire dans le cadre du campus européen dont les trois villes font partie
  • Renforcer les complémentarités notamment en matière d’emploi (besoins en Allemagne et en Suisse et chômage élevé sur notre territoire) en favorisant l’apprentissage de la langue du voisin et en adaptant les formations,  ou encore en matière de transports publics (harmonisations tarifaires et renforcement des dessertes ferroviaires)
 
Si la dimension transfrontalière est une caractéristique majeure de l’action internationale de Mulhouse, l’engagement de la ville va bien au-delà du continent européen tout en intégrant une multitude de thèmes de travail dans le cadre des coopérations existantes (Mahajanga, à Madagascar, El Khroub, en Algérie etc.).

Les questions relatives à la transition du système alimentaire constituent également un axe prioritaire de la ville de Mulhouse, signataire, aux côtés de 74 membres de France urbaine, de la déclaration « Pour une transition en faveur d’une alimentation durable, responsable et solidaire ».

En signant ce texte,  Michèle Lutz a rappelé que les actions et les projets en lien avec la transition alimentaire viennent clairement s’inscrire en cohérence avec les objectifs du millénaire pour le développement durable dont une cible prépondérante consiste à intégrer les principes du développement durable dans les politiques et les programmes nationaux, mais aussi à inverser la tendance actuelle de déperdition des ressources naturelles dont l’eau potable. L’action locale sur ces enjeux cruciaux est au cœur des partages d’expériences avec les partenaires du Sud.

Si l’action internationale balaye de nombreux champs, il n’est pas toujours aisé, dans un contexte de vive concurrence à l’international, de tirer son épingle du jeu. Interrogé sur la stratégie de différenciation de Toulouse à l’internationale, Jean-Claude Dardelet, Vice-président en charge du développement international, insiste d’abord sur les trois atouts mis en avant par la Métropole de Toulouse, à savoir : L’excellence académique, les centres de recherche et l’excellence industrielle notamment dans le domaine de l’aéronautique. Avec plus de 1500 accords signés avec 110 pays, les universités de la Métropole représentent pour Toulouse une porte d’entrée naturelle vers l’international.

Monsieur Dardelet a rappelé également que la Métropole a mis en place une stratégie tournée vers l’Europe, en mobilisant autant que faire se peut le recours aux fonds européens. La métropole ainsi multiplié par 3 les montants des fonds européens reçus par le territoire, notamment grâce aux appels à projets européens ;  Pour favoriser une meilleure prise en compte des enjeux européens et internationaux au sein de la collectivité tout en favorisant une lecture transversale des enjeux, Toulouse Métropole a nommé des référents Europe dans chaque service.

Afin de cesser les fonctionnements en tuyaux d’orgue, la Métropole de Toulouse a mis en place un « Club de rencontres » afin de favoriser les synergies entre l’ensemble des acteurs du territoire. Ce club, associant la région, la métropole, l’université, les acteurs économiques offre un cadre d’échanges régulier permettant de croiser les priorités, échanger de l’information et mutualiser les initiatives l’international.

Si l’Etat apporte un soutien, notamment financier, aux collectivités souhaitant s‘investir à l’international, via les appels à projets du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ou via l’agence française de Développement, d’aucuns rappellent qu’il est parfois difficile d’identifier les rôles et les missions des différents acteurs, notamment des opérateurs de l’Etat, mais aussi de répondre à l’ensemble des sollicitations reçues par les collectivités. 

Invité à présenter les différents événements organisés ces prochains mois sur le thème de la ville durable, Hervé Boisguillaume, Directeur de projet " ville durable - Vivapolis " à la direction des affaires européennes et internationales du  Ministère de la transition écologique et solidaire  et du Ministère de la cohésion des Territoires et des relations avec les collectivités territoriales a rappelé dans un premier temps le rôle  et les missions de Vivapolis.

Crée en 2014, Vivapolis fédère un réseau d’acteurs publics et privés impliqués dans la conception, la construction ou le fonctionnement de la ville durable à la française. Son ambition est de générer des synergies entre ses membres et valoriser leurs actions, en France et à l’étranger. Ces acteurs partagent une vision commune de la ville durable : celle-ci doit être séduisante pour les habitants, attractive d’un point de vue économique, et performante en matière environnementale.

Pour valoriser la ville durable à la française, Vivapolis a cité ses trois priorités :

  • l’innovation : identifier, faire connaître et accélérer la diffusion des projets innovants en matière de ville durable;
  • la valorisation : valoriser les actions et les bonnes pratiques des membres du réseau ;
  • l’action internationale : faire connaître et défendre les politiques publiques et le savoir-faire français en matière de ville durable à l’international lors de grandes manifestations internationales ou avec le club de promotion du savoir-faire français à l’export.
Ainsi, les acteurs membres du réseau Vivapolis sont invités à participer à des groupes de travail et à des actions opérationnelles dans une démarche collaborative. De cette manière, ils profitent de l’expertise du réseau, sont informés des initiatives, qu’elles soient locales ou internationales, et peuvent plus facilement identifier quels sont les sujets à développer. La mise en commun des connaissances et des informations permet une meilleure visibilité de l’action de chacun des acteurs, et donc d’éviter les doublons.

Le Sommet Afrique France 2020 qui se tiendra en décembre prochain ou encore le forum urbain mondial qui se déroulera en février 2020 seront autant d’occasions pour les villes françaises et l’ensemble des acteurs de la ville durable de valoriser les savoir-faire français à l’international.