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Solidarités
Post-Covid-19
Politique de la ville
Urbanisme et logement

Face au Covid-19, la solidarité des grandes villes ne faiblit pas

09/04/2020

Une nouvelle réunion « solidarités » s’est tenue le 6 avril. Au menu : conditions d’acheminement des masques et tests, gestion du FSL, programmation des contrats de ville…
 

Des masques et des tests qui se font attendre

Malgré un courrier adressé au Premier ministre, la question de l’acheminement des masques sur les territoires reste un sujet majeur, avec de nombreuses critiques adressées aux Agences régionales de santé (ARS) quant à leurs carences en termes d’organisation et de logistique. Il semble que les relations entre les préfets et les ARS mériteraient d’être repensées à l’issue de la crise.
Les tests sérologiques, annoncés dans les EHPAD et résidences autonomie comme systématiques et prioritaires pour les soignants, personnels et les résidents présentant des symptômes de contamination peinent à être réalisés. A noter la nécessité, outre les EHPAD et résidences autonomie particulièrement exposés, de prendre en considération la situation des résidences pour personnes handicapées.
 
Le Fonds de solidarité pour le logement fortement sollicité 

Face à la fragilisation d’une partie de la population, vivant notamment en territoires dits « politique de la ville », la mobilisation du Fonds de solidarité pour le logement (FSL) est indispensable. A Orléans, les commissions et instructions de dossiers ont été maintenues. Il a été décidé de prolonger les sous-locations : dès qu’elles arrivent à leur terme, le renouvellement est tacite pour éviter d’avoir à réunir une nouvelle commission. Bien entendu, les rencontres en face-à-face entre le travailleur social et le bénéficiaire sont rendues plus complexes, avec un afflux de dossiers prévisibles à l’issue du déconfinement et partant des augmentations de budget FSL à anticiper, dès à présent.
A ce stade, le FSL est la piste la plus fréquemment évoquée par le ministère du Logement et de la Ville pour compenser d’éventuels impayés dans le parc social. Un groupe de contact FSL a été récemment mis en place avec le ministère et l’ADF. France urbaine va demander à en faire partie, étant entendu que de nombreuses métropoles gèrent désormais ce Fonds, au titre des transferts de compétences.
Dans ce contexte dégradé, la coordination entre les CCAS, les CIAS et les bailleurs sociaux est essentielle. A Bordeaux Métropole, le service DSU a proposé aux bailleurs HLM de mettre à disposition une équipe du service civique pour faire du « phoning » et démultiplier les capacités à identifier les personnes vulnérables, ayant besoin d’accompagnement. C’est souvent en « mode canicule » que les différentes parties ont appris sur le terrain à travailler ensemble et la période réactive les pratiques de collaborations.

Programmation des contrats de ville : une gestion au cas par cas, selon les préfectures

Du fait des contraintes actuelles, les comités de pilotage et de programmation partenariaux des contrats de ville ne peuvent plus se tenir. Si des dispositions, récemment adoptées par voie d’ordonnance, permettent aux maires et présidents d’EPCI d’allouer des subventions aux associations sans délibérations des conseils municipaux et/ou communautaires, il n’en reste pas moins que des organismes s’inquiètent quant aux délais de versement des fonds publics.
Si à Orléans et Nancy, les préfectures et les Directions départementales de la cohésion sociale (DDCS) ont été réactives et diligentes pour l’attribution des subventions, sur d’autres territoires, en revanche, l’Etat se fait plus discret, comme à Strasbourg où les services ne se sont pas organisés pour le paiement en mode dématérialisation.
 A noter que des fonds de secours ont été souvent mis en place, à l’instar de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin. A Saint-Etienne, il a été décidé que les associations locataires du patrimoine immobilier de la métropole seront exonérées de loyers et charges.

La délicate régulation des aires d’accueil 

La question des grands rassemblements prévus cet été est au cœur des inquiétudes des élus et techniciens, avec la perspective redoutée d’une reprise de l’épidémie. La Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement (DIHAL) est en première ligne sur ce dossier sensible.
A Bordeaux Métropole, où le sujet est prégnant, un réseau de familles référentes a été mis en place dans chaque aire d’accueil. L’ARS locale a adressé à la collectivité des consignes strictes de suivi des aires des gens du voyage, en veillant à s’assurer que ces derniers ne se déplacent pas et qu’ils respectent à la lettre les règles du confinement. Toutefois, des populations ont quitté les aires dédiées sans être testées, alors que d’autres se sont installés de façon illicite. Le décès récent d’un pasteur a posé la question des rassemblements lors des obsèques.
Au Mans, la collectivité a décidé de ne plus faire payer les emplacements (à l’inverse des mouvements et fluides) : les aires sont actuellement occupées à 70%. Les mouvements de personnes sont plutôt rares. A Clermont-Ferrand, les aires restent ouvertes, avec des familles installées qui bougent globalement peu. Les mouvements et les fluides continuent à être payés. L’inquiétude est liée ici aux situations de familles en emplacement illégal, en errance sur le territoire.

Squats et bidonvilles : des collectivités en première ligne

A Bordeaux Métropole, 2 000 personnes vivent en squats ou dans des bidonvilles. Il  a été décidé de les raccorder à l’eau dès le début de la crise. L’Etat et l’ARS sont peu actifs sur le dossier, renvoyant la collectivité à ses responsabilités. Des colis alimentaires ont été mis en distribution dans les squats : la somme de 282 000 euros a été provisionnée par la métropole à cet effet. La collectivité travaille en coopération étroite avec Médecins du Monde, avec l’aide du GIP Médiation.
A Strasbourg, environ 500 personnes vivent dans deux squats, dont un sur le patrimoine de la ville. La collectivité a pu travailler avec l’Etat et le Service intégré de l’accueil et de l’orientation (SIAO) pour desserrer ces squats et en extraire les personnes vulnérables. A Grenoble, les élus de la métropole se sont engagés à accompagner la banque alimentaire, avec la prise en charge des frais fixes liés à la distribution et la coordination du redéploiement de moyens. Concernant l’hébergement des personnes quel que soit leur statut, l’Etat manque de souplesse et la collectivité se retrouve souvent seule à gérer les mises à l’abri, notamment des personnes sans-domicile fixe avec chiens.
A Saint-Denis (93), la ville, qui se vit comme ensemblier de bonnes volontés, a mis en place le raccordement à l’eau des campements et squats. Des maraudes alimentaires sont effectuées sur les campements, avec l’aide d’associations spécialisées. Force est de constater que la ville se retrouve fréquemment seule pour trouver des solutions opérationnelles.
A Metz, le Secours Catholique est en première ligne pour coordonner les différents acteurs. Des colis sont confectionnés chaque jour pour les personnes à la rue ou dans des hôtels, avec des maraudes régulières. La coopération locale se passe dans de bonnes conditions dans l’ensemble.